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Bulletin d'informationRecherche |
Les affaires grecques jusqu'à la « guerre des Alliés »Retour au sommaire du IVème siècle jusqu'à la mort d'Alexandre. Plan : • Introduction (Lysias, Contre Ératosthène, XII, 70-76 ; 92-100 ; Aristote, Constitution d'Athènes, XXXIV ; XXXV ; XXXIX ; Inscription historique grecque ; Xénophon, Helléniques, II, 4, 40-42 ; Platon, Lettre VII). • 402-401 (Xénophon, Helléniques, III, 1, 1-2). • 401 (Xénophon, Anabase, I, 8, 1-20 ; Helléniques, III, 2, 20). • 396, l'expédition d'Agésilas (Xénophon, Helléniques, III, 4, 25-27 ; 5, 1-2 ; Anonyme, Helléniques d'Oxyrinchos, XVIII-XX). • 395 (Xénophon, Helléniques, IV, 4, 1-2). • 390 (Xénophon, Helléniques, VI, 5, 11-17 ; 8, 37-39). • 390-389 (Xénophon, Helléniques, IV, 8, 25-30 ; V, 1, 25 ; Lysias, Contre Ergoclès, 1-17). • 386 (Lysias, Contre les marchands de blé, 12-14 ; Xénophon, Helléniques, V, 1, 28-31 ; 1, 236). • 385 (Xénophon, Helléniques, V, 2, 4-7). • 384 (Inscription historique grecque). • 382 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 20, 2-3 ; Xénophon, Helléniques, V, 3, 27). • 380 (Isocrate, Panégyrique, 115-132). • 379-378 (Xénophon, Helléniques, V, 4, 17 ; Anonyme, Helléniques d'Oxyrinchos, XI, 4 ; Platon, Banquet, 178 e). • 378 (Xénophon, Helléniques, V, 4, 20-21 ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 29, 5-8). • 378-377 (Inscription historique grecque ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV,30,1-5 ; 28, 4-5). • 376 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 34, 3-35, 2 ; Inscription historique grecque). • 375 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 36, 5 ; 37, 1-2 ; Xénophon, Helléniques, V, 4, 63-66). • 375-374 (Xénophon, Helléniques, VI, 2, 1 ; Isocrate, Sur la paix, 16). • 374. • 373-371 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 46, 4-6 ; 47, 7 ; Isocrate, Plataïque, 10-14 ; 19,20 ; Xénophon, Helléniques, VI, 2, 27-30 ; 2, 39 ; 3, 14). • 371 (Xénophon, Helléniques, VI, 3, 18 ; 4, 10-15 ; 4, 19-20 ; 4, 25 ; 4, 27 ; 4, 31 ; 5, 1-3 ; Polybe, XII, 6 b ; Aristote, Politique, 1270 a 16 ; Inscription historique grecque). • 370-369 (Xénophon, Helléniques, VI, 5, 27-31 ; Polyen, Stratagèmes, II, 3). • 369 (Pausanias, IV, 27, 3-8 ; Xénophon, Helléniques, VI, 5, 39 ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 70, 1). • 368 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 70, 2). • 368-367 (Inscriptions historiques grecques). • 367 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 72, 3-4 ; Xénophon, Helléniques, VII, 1, 32 ; 1, 36 ; 1, 40). • 366-365 (Isocrate, Sur l'échange, 107-110 ; 117-119 ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 78, 4-79, 2). • 365-363 (Xénophon, Helléniques, VII, 4, 35). • 364-362 (Inscription historique grecque). • 362 (Xénophon, Helléniques, VII, 4, 36-40 ; 5, 4-10 ; 5, 26-27 ; Polybe, IX, 8 ; 25). • 362-361 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 89, 1-2 ; Inscription historique grecque). • 361 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 95, 1-3 ; Inscription historique grecque). • 360-359. • 357-355 (Inscriptions historiques grecques). • 355-354 (Isocrate, Aéropagitique, 3-15). • Notes de bas de page
« Alors Lysandre avec sa flotte entra dans le port du Pirée, les exilés revinrent, et l'on commença à démolir les murailles au rythme des joueuses de flûte, dans un grand enthousiasme, tous pensant que ce jour marquait pour la Grèce le début de la liberté. »1
Les revers de la fin de la guerre du Péloponnèse eurent des conséquences sur la politique intérieure athénienne : entre 413 et 403 le parti oligarchique s'empare deux fois du pouvoir. Le premier mouvement révolutionnaire a été causé par le désastre de l'expédition de Sicile. Les oligarques s'établirent alors par surprise. Mais la flotte stationnée à Samos se déclara contre eux et ils se divisèrent quant à l'attitude à adopter à l'égard des Lacédémoniens. Ainsi Antiphon, Phrynichos, Pisandre et Callaischros voulaient maintenir le régime même au prix d'une alliance avec Sparte. D'autres, au contraire, comme Théramène et Aristocratès, secrètement soutenus par Alcibiade qui préparaient son retour,s'opposaient à toute intervention étrangère. Les Quatre-Cents furent renversés.Leur domination avait duré de mai à septembre 411. Le parti oligarchique se trouve, maintenant, en 404, renforcé par la victoire des Lacédémoniens. Les bannis rentrés à la faveur du traité étaient, pour la plupart, des anciens membres du gouvernement des Quatre-Cents. Les hétairies se reforment avec à leur tête cinq éphores, parmi lesquels on compte Critias et Ératosthène. Le régime démocratique est aboli. Dracontidès propose une nouvelle constitution : le pouvoir passe aux mains de trente citoyens.Le conseil des Cinq-Cents est réorganisé à leur profit, onze hommes sont placés pour s'occuper des affaires de police avec à leur tête Satyros. Un conseil de dix membres est chargé d'administrer le Pirée. Mais bien vite les modérés conduits par Théramène s'opposent aux extrémistes menés par Critias. Ce dernier, revendiquant pour les Trente la possibilité de prononcer une sentence sans l'approbation du Conseil, condamne Théramène à mort. De pareilles violences – les Trente « en trois mois ont tué sans jugement plus de personnes que notre ville n'en a jugé pendant toute sa domination » 2 –, ne peuvent manquer de provoquer des réactions. À Sparte même la politique brutale de Lysandre dont l'ambition personnelle est de plus en plus évidente et qui installe des oligarques extrémistes, connaît une vive opposition. Pourtant la politique de celui que Plutarque appelle le« stratège des Grecs » est en accord avec la logique impérialiste lacédémonienne. Mais, son pouvoir, par le biais des hétairies qu'il a mises en place, le rend de plus en plus indépendant de Sparte. Ses adversaires, à partir de la fin 404, vont s'attacher à limiter ses moyens d'action. On comprend alors que le coup de main de Thrasybule, à la tête d'une troupe d'exilés rassemblés à Thèbes 3, soit un succès. « 70 Au reste, il ne réalisa aucune de ses promesses. Il était si bien persuadé qu'il fallait abaisser et affaiblir la cité, qu'il vous fit accepter des conditions dont aucun des ennemis n'avait jamais parlé, et auxquelles pas un citoyen ne s'était attendu ; et elles ne lui étaient pas imposées par les Lacédémoniens, c'est lui qui les leur proposait : c'était la destruction des murs du Pirée et l'abolition du régime en vigueur. Il savait bien que, s'il ne vous enlevait pas toute espérance, vous ne tarderiez pas à régler vos comptes avec lui. 71 Enfin, avant de laisser l'assemblée se réunir, il eut soin de guetter le moment opportun, comme il disait, de faire venir de Samos 4 les vaisseaux de Lysandre, et d'attendre que l'armée ennemie fût là. 72 C'est alors, une fois ces mesures prises, et en présence de Lysandre, de Philocharès et de Miltiade, que l'assemblée fut réunie pour délibérer sur la constitution : ainsi aucun orateur ne pouvait faire de l'opposition, ni proférer des menaces ; quant à vous, au lieu de vous décider d'après l'intérêt public, vous voteriez selon le bon plaisir de vos ennemis. 73 Théramène se lève ; il vous invite à remettre la cité aux mains de trente citoyens et à adopter le projet de constitution exposé par Dracontidès. Malgré la difficulté de votre situation, vous déclarez, au milieu du tumulte, que vous n'en ferez rien. Vous compreniez, en effet, que c'était votre esclavage ou votre liberté qui, ce jour-là était en délibération. 74 Alors Théramène, juges (j'en appelle à votre propre témoignage), déclara qu'il se moquait de vos protestations : il savait, disait-il, qu'il avait avec lui beaucoup d'Athéniens et qu'il parlait selon les vues des Lacédémoniens et de Lysandre. Après lui, Lysandre se leva pour vous dire, avec beaucoup d'autres choses, qu'il vous tenait pour coupables d'infraction au traité, et qu'il ne s'agirait plus de la constitution, mais de votre salut, si vous n'obéissez pas à Théramène. 75 Tous les bons citoyens présents dans l'assemblée, comprenant la manœuvre et sentant leur impuissance, ou bien restèrent en gardant une attitude passive, ou bien se retirèrent. Ils pouvaient du moins se rendre cette justice qu'ils n'avaient rien voté de néfaste pour la cité. Un petit nombre de citoyens lâches, malintentionnés, adoptèrent à main levée les mesures qu'on leur dictait. 76 Le mot d'ordre avait été donné d'élire dix citoyens désignés par Théramène, dix imposés par les éphores nouvellement établis, dix autres pris dans l'assistance. Car ils voyaient si bien votre faiblesse et connaissaient si bien leur force qu'ils avaient prévu ce qui se passerait dans l'assemblée. » Lysias, Contre Ératosthène, XII, 70-76, trad. L. Gernet et M. Bizos. La leçon d'Aristote, si l'on reprend la chronologie des événements, est différente. Il en ressort que la nouvelle constitution fut bien votée sous la pression des Lacédémoniens. Mais il apparaît que le rôle de Théramène est différent de celui que lui attribue Lysias. Il fut, cependant, par la suite membre des Trente. Il est intéressant de suivre par la suite la contre-révolution menée par Thrasybule et comment les idées d'apaisement l'emportèrent en 401-400. « 2 Les Athéniens, qui n'avaient pas su profiter alors des circonstances favorables, reconnurent bientôt leur faute. L'année suivante, sous l'archontat d'Alexias, ils perdirent la bataille d'Aïgos-Potamos, à la suite de laquelle Lysandre, devenu maître de la ville,établit les Trente de la façon suivante. 3 La paix ayant été accordée aux Athéniens à condition qu'ils appliquent la constitution de leurs ancêtres, les démocrates cherchaient à conserver la démocratie ; ceux des notables qui faisaient partie des sociétés secrètes et les bannis revenus après la paix désiraient l'oligarchie ; ceux qui nefaisaient partie d'aucune société secrète et qui d'ailleurs inférieurs à nul autre citoyen recherchaient vraiment la constitution des ancêtres. Archinos, Anytos, Cleitophon, Phormisios et bien d'autres étaient parmi eux, et leur principal chef était Théramène. Mais quand Lysandre se fut rangé du côté des partisans de l'oligarchie, le peuple épouvanté dut l'accepter à mains levées,et le décret fut rédigé par Dracontidès d'Aphidna. » Aristote, Constitution d'Athènes, XXXIV, trad.G. Mathieu. La garnison lacédémonienne établie par Lysandre 5 à la demande de Critias et de ses amis permet à ces derniers d'imposer leur domination et leur politique par la violence. « 4 Mais quand ils tinrent plus solidement la ville, ils n'eurent égard à aucun citoyen ; ils mettaient à mort ceux qui se distinguaient par leur fortune, leur naissance ou leur réputation, afin de supprimer leurs sujets de crainte et par désir de piller les fortunes ; et en peu de temps, ils n'avaient pas tué moins de quinze cents personnes. » Aristote, Constitution d'Athènes, XXXV. Même si, en 403, Lysandre est nommé harmoste à Athènes où il tente de combattre les démocrates qui viennent de chasser les Trente, le roi Pausanias est envoyé à Athènes : « […] Lysandre pourrait, s'il réussissait dans cette entreprise, y acquérir de la gloire et faire d'Athènes sa chose » 6 . L'intervention habile du roi spartiate Pausanias, qui prend le contre-pied de la politique de Lysandre, est àl'origine d'un accommodement. «6 Nul n'aura le droit de reprocher le passé à personne, sauf aux Trente, aux Dix, aux Onze et aux anciens gouverneurs du Pirée, ni même à ceux-ci après leur reddition de comptes. Les magistrats ayant rempli leurs fonctions au Pirée rendront leurs comptes aux gens du Pirée ; ceux qui les ont remplies dans la ville, aux citoyens ayant un revenu déclaré ; ces formalités remplies, ceux qui le voudront pourront émigrer. L'argent emprunté pour la guerre sera rendu séparément par chaque parti. » Aristote, Constitution d'Athènes, XXXIX. Fragments d'une stèle dont la face postérieure indique le nom et le métier de ceux quiont reçu la citoyenneté athénienne pour leur rôle dans le retour de la démocratie à Athènes. « Lysiadès était secrétaire, Xénainétos était archonte. Il a plu au conseil et au peuple, la tribu Hippoponthis exerçait la prytanie, Lysiadès était secrétaire, Démophilos était président, Thrasybule a fait laproposition : pour que soient remerciés dignement les étrangers qui participèrent au retour depuis Phylè et ont aidé à la prise du Pirée, que les Athéniens décident qu'ils recevront la citoyenneté, eux et leurs enfants, et qu'ils seront répartis en dix tribus, ils auront même droit que les autres Athéniens pour ce qui est des magistratures ; ceux qui ont rejoint ensuite et ont participé au combat de Mounychie, ceux qui ont aidé à conserver le Pirée, ceux qui étaient aux côtés du peuple au Pirée quand la trêve est intervenue, et qui ont fait ce qu'on leur demandait, se voient garantir le droit de résider à Athènes en y jouissant du régime fiscal des citoyens ;ceux qui […]. » Inscription historique grecque. Thrasybule, au moment de l'amnistie et de la réconciliation générale, dans son discours mis en scène par Xénophon, laisse deviner, à travers l'opposition entre les riches et les pauvres, les énormes difficultés sociales auxquelles devra faire face Athènes privée d'empire. « IV. 40 "Pour vous, gens de la ville, je vous engage à bien vous connaître : et le meilleur moyen de vous connaître, c'est d'examiner sur quoi vous fondez votre prétention, de vouloir nous commander. Êtes-vous plus équitables que nous ? cependant le peuple,le peuple plus pauvre que vous, ne vous a jamais fait de tort pour avoir de l'argent : et vous qui, dans toute la cité formez le parti le plus riche,vous vous êtes rendus coupables, pour en tirer bénéfice, de beaucoup de vilaines actions. Puisque vous n'avez rien à prétendre du côté de la justice,voyez si c'est donc le courage qui doit légitimer votre ambition : 41 quel meilleur moyen d'en décider que de voir comment nous avons combattu les uns contre les autres ? Direz-vous alors que c'est l'intelligence qui fait votre supériorité, vous qui, avec vos remparts, vos armes, votre argent, vos alliés du Péloponnèse, n'avez plus été que des bêtes traquées par des gens qui n'avaient rien de tout cela ? Est-ce alors sur les Lacédémoniens que vous pensez fonder vos prétentions ? Comment cela, quand on les voit, comme on fait d'un chien qui mord, après l'avoir mis à la chaîne, vous abandonner vos victimes, à ce peuple que voici,et s'en aller ensuite ? 42 Et cependant,vous, mes amis, je vous demande de ne rien transgresser du serment 7 qui vous lie,mais de montrer, à côté de vos autres vertus, votre respect de la foi jurée et votre piété." Après ces paroles et d'autres du même genre, et la recommandation d'éviter toute agitation révolutionnaire et d'appliquer au contraire l'ancienneconstitution, il congédia l'Assemblée. » Xénophon, Helléniques, II, 4, 40-42. Même Platon, l'adversaire radical de la démocratie 8 , regrette les anciennes institutions, malgré l'exécution de son maître Socrate 9, en 399, par les démocrates revenus au pouvoir. « Il arriva que l'occasion m'était offerte d'entrer en politique. […] Le régime fut renversé. […] Trente citoyens gouvernaient le pays avec les pleins pouvoirs. […] Certains d'entre eux appartenaient à ma famille. […] Je les imaginais détournant la cité d'un genre de vie injuste pour l'amener à un comportement juste. […] Or je vis qu'en peu de temps ces hommes firent apparaître l'Ancien Régime comme un âge d'or. […] Bientôt le régime des Trente s'effondra. […] Les anciens bannis firent montre, à leur retour, de la plus grande équité. Par malheur, des politiciens influents traînèrent mon ami Socrate devant un tribunal qui le condamna à mort pour impiété. […] Je fus finalement amené à conclure […] que le genre humain ne verra pas ses maux cesser avant que devrais adeptes d'une droite philosophie arrivent au gouvernement, ou qu'en vertu de quelque sort divin ceux qui sont au pouvoir deviennent réellement philosophes. » Platon, Lettre VII, trad. Le Contre Ératosthène de Lysias est révélateur des conflits politiques qui accompagnent la période de réconciliation. Cette dernière est l'œuvre, non des démocrates dans leur ensemble, comme on a tendance à le croire, mais plutôt des modérés des deux partis, celui du Pirée et celui de la ville. Le risque, pour la démocratie radicale, est de voir revenir au pouvoir les éléments « modérés » des Trente dont Théramène avait été le chef. La reddition des comptes d'Ératosthène – qui nous est connu que par Lysias et une précision de Xénophon –, est un moyen pour les démocrates d'intervenir. En effet, si les deux partis avaient fait le serment d'oublier le passé, l'amnistie générale ne concernait pas les Trente, les Dix, les Onze et ceux qui avaient gouverné le Pirée. On leur laissait cependant le droit de rendre leur compte. L'acquittement d'Ératosthène consacrerait donc définitivement la victoire des modérés des deux camps. La poursuite de Lysias lors de la reddition des comptes d'Ératosthène se transforme vite en un procès politique d'une extrême violence. Il faut donc,pour le triomphe des démocrates, condamner Ératosthène qui avait été pourtant, Lysias est obligé de le reconnaître, le plus modéré des Trente 10... « 92 Je veux, avant de descendre,rappeler quelques faits aux deux partis, celui de la ville 11 et celui duPirée 12 : ainsi, la leçon des malheurs que ces gens-là vous ont causés guidera votre vote. Vous tous d'abord, citoyens de la ville,songez que leur tyrannie vous a contraints à mener contre vos frères, vos fils et vos concitoyens, une guerre qui vous laisse, après la défaite, les mêmes droits qu'aux vainqueurs, tandis que la victoire eût fait de vous leurs esclaves. 93 Leur situation politique a considérablement accru leur fortune privée ; une lutte fratricide a diminué la vôtre. Ce n'est pas, en effet, au partage de leurs bénéfices qu'ils vous conviaient : ils vous faisaient partager de force leur discrédit, et ils en étaient arrivés à un tel mépris pour vous que, au lieu de s'assurer votre fidélité en vous associant à leurs avantages, c'est en vous faisant participer à leurs hontes qu'ils comptaient se concilier votre dévouement.94 Pour prix de tout cela,maintenant que vous jouissez du calme, dans votre intérêt comme dans l'intérêt des gens du Pirée, de tout votre pouvoir punissez-les. Songez-y : sans eux, vous subissiez la tyrannie la plus exécrable ; tandis qu'aujourd'hui,songez-y également, vous administrez la cité avec les meilleurs citoyens, vous faites la guerre aux ennemis, vous délibérez sur les intérêts de l'État. Rappelez-vous aussi quels auxiliaires ils avaient installés en sentinelles sur l'Acropole 13, pour assurer leur domination et votre esclavage. 95 J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais je m'arrête. Et vous qui êtes revenus du Pirée, rappelez-vous l'affaire des armes : après tant de combats sur la terre étrangère, ce ne sont pas les ennemis, ce sont ces gens-là, en pleine paix, qui vous les ont arrachées. Rappelez-vous qu'ils vous ont bannis de la cité que vos pères vous ont transmise, qu'ils réclamaient votre extradition aux villes où vous vous étiez réfugiés. 98 Aussi soyez animés contre eux de la même colère qu'au temps de votre exil : n'oubliez pas non plus les autres maux qu'ils vous ont fait souffrir, quand ils entraînaient brutalement les citoyens hors de l'agora ou des sanctuaires pour les mettre à mort, ou qu'ils les arrachaient des bras de leurs enfants, de leurs parents et de leurs femmes et les obligeaient à se tuer eux-mêmes, sans permettre même qu'on leur rendît les derniers devoirs, persuadés que leur puissance était au-dessus de la vengeance divine. 97 Et vous, qui avez échappé à la mort, après mille dangers, mille courses errantes de ville en ville, partout bannis, manquant de tout, laissant vos enfants, les uns dans une patrie devenue votre ennemie, les autres sur un sol étranger, vous avez pu enfin, malgré tous les obstacles, revenir au Pirée. Parmi tant de périls si redoutables, vous avez, par votre valeur, affranchi les uns, et ramené les autres dans leur patrie. 98 Si la chance avait tourné contre vous, si vous aviez échoué dans votre entreprise, vous seriez repartis vous-mêmes pour l'exil, de crainte de retomber dans les mêmes malheurs que la première fois. Car, ici, avec des tyrans de cette sorte, rien ne vous eût sauvés malgré votre innocence, ni les temples, ni les autels, où les coupables mêmes trouvent un refuge. Quant à vos enfants, ceux qui étaient à Athènes auraient subi leurs outrages ; ceux qui vivaient à l'étranger auraient été réduits en servitude pour de misérables dettes, faute de quelqu'un pour les assister. 99 Mais je ne veux pas parler de ce qui aurait pu arriver, quand il m'est impossible de rapporter tout ce qu'ont fait les Trente. Un seul orateur, ni même ne pourraient suffire à la tâche : il en faudrait beaucoup. J'ai du moins employé tout mon zèle à parler pour les sanctuaires qu'ils ont vendus ou souillés de leur présence, pour la cité qu'ils ont amoindrie, pour les arsenaux qu'ils ont détruits et pour les morts que vous n'avez pas pu secourir pendant leur vie, et dont vous devez prendre en main la cause, à présent qu'ils ne sont plus. 100 Il me semble qu'ils nous écoutent, et qu'ils attendent votre vote pour vous connaître : ceux qui acquitteront les coupables, pensent-ils, les auront condamnés eux-mêmes à mort ; ceux qui les puniront se feront leurs vengeurs. Je termine ici mon accusation. Vous avez vu, entendu, souffert. Vous tenez le coupable : prononcez. » Lysias, Contre Ératosthène, 92-100. Haut de page. 402-401. Les Lacédémoniens soutiennent Cyrus contre le Roi de Perse Artaxerxès II, son frère, ce qui leur vaudra sa colère. Artaxerxès distribuera, on le verra, de l'argent aux adversaires des Lacédémoniens et constituera une coalition contre eux, à l'origine de la guerre de Corinthe. « I. 1 […] Cyrus, par des messagers qu'il envoya à Lacédémone, y fit valoir qu'à sa propre conduite vis-à-vis des Lacédémoniens dans la guerre contre Athènes devait répondre celle des Lacédémoniens à son égard. Les éphores, reconnaissant la justice de ses paroles, donnèrent ordre à Samios, le navarque de cette année, d'être à la disposition de Cyrus, à toute réquisition. Et, de fait, Samios mit de l'empressement à faire ce qu'on lui demanda : avec sa flotte jointe à celle de Cyrus il longea la côte jusqu'en Cilicie, et fit en sorte que Syennésis, le souverain de la Cilicie, ne pût mettre sur terre des obstacles à la marche de Cyrus contre le Roi. 2 La manière dont Cyrus rassembla une armée et l'emmena en Haute-Asie contre son frère, la bataille qui s'ensuivit, sa mort, tout cela se trouve consigné dans le livre de Thémistogène de Syracuse 14 . » Xénophon, Helléniques, III, 1, 1-2. Haut de page. 401. La défaite de Counaxa. Malgré la mort de Cyrus et celle des stratèges grecs attirés dans les quartiers de Tissapherne en vue de négociations pour y être décapités, la bataille en elle-même montre la supériorité des hoplites sur les combattants Perses, celle du principe de la bataille rangée. Les Grecs, après s'être réorganisés en force autonome avec ses assemblées, ses chefs, ses lois, – une véritable cité en marche, pour parodier l'expression de Taine – prirent le difficile et dangereux chemin du retour, comme le suggèrent, par exemple, les violents combats dans l'Arménie neigeuse et les attaques incessantes des troupes de Tissapherne. Xénophon commandait l'arrière-garde.Les survivants rejoignent, avec Xénophon, la Thrace où ils sont engagés au service des Spartiates. Pour Plutarque 15, la bataille de Counaxa est si clairement racontée par l'historien qu'on croit y assister et être au milieu du péril : il est inutile alors, pour le biographe, de la raconter à nouveau. Ce récit, même s'il ne faut pas se fier à tout ce que dit Xénophon, est intéressant car il préfigure les affrontements ultérieurs entre Grecs et Perses. « VIII. 1 Déjà on était à l'heure où l'agora se remplit et l'étape où l'on allait s'arrêter était proche, quand Patégyas, Perse de naissance et l'un des premiers dans l'entourage de Cyrus, apparaît sur le front de l'armée : il arrivait à bride abattue sur son cheval couvert de sueur. Et aussitôt à tous ceux qu'il rencontrait il criait en langue barbare, en langue grecque, que le Roi avec une armée immense approchait, prêt à livrer bataille. 2 Alors ce fut un grand tumulte : les Grecs, tous les soldats s'imaginaient que le Roi allait immédiatement sur eux, avant qu'ils eussent formé leurs rangs. 3 Cyrus saute à bas de son char,endosse sa cuirasse, monte sur son cheval, saisit une poignée de javelots et fait passer l'ordre à toutes ses troupes de s'armer, et de se mettre chacun à son rang. 4 On s'y mit avec beaucoup d'ardeur, Cléarque à l'aile droite, appuyé à l'Euphrate, Proxène à ses côtés,les autres à la suite. Ménon était à l'aile gauche du contingent hellénique. 5 Des cavaliers paphlagoniens de l'armée barbare, au nombre d'un millier, se placèrent à côté de Cléarque, à sa droite,ainsi que les peltastes grecs, avec le reste des barbares. 6 Cyrus et ses cavaliers, environ six cents, formaient le centre de l'armée ; les hommes, Cyrus excepté, étaient tous armés de cuirasses, de cuissards, de casques ; Cyrus, lui, se tenait prêt au combat tête nue. (On dit que l'usage général des Perses est d'avoir la tête nue quand à la guerre ils s'exposent au péril.) 7 Quant aux chevaux qui étaient avec Cyrus, tous avaient la tête couverte de chanfreins et le poitrail bardé de métal. Les cavaliers portaient aussi des coutelas grecs. 8 Déjà on était au milieu du jour et les ennemis n'apparaissaient pas encore. Au début de l'après-midi, on aperçut une poussière épaisse, pareille à une vapeur blanche, et quelque temps après une sorte de nuage sombre qui s'étendait dans la plaine, au loin. À mesure que l'ennemi approchait, subitement on entrevoyait çà et là l'éclair des armes, des lances, et les rangées d'hommes commencèrent à se dessiner. 9 Il y avait des cavaliers, à l'aile gauche des ennemis, avec des cuirasses blanches : Tissapherne, disait-on,les commandait. Puis venaient des gens avec des boucliers d'osier, puis des hoplites avec des boucliers de bois qui leur descendaient jusqu'aux pieds : on disait que c'était des Égyptiens. Ensuite venaient des cavaliers, ensuite des archers. Tous, ils marchaient par nation, chaque nation formait une unité rectangulaire, bourrée d'hommes. 10 Devant eux, assez espacés les uns des autres, étaient des chars dits chars à faux. Ils avaient fixé aux essieux leurs faux allongées horizontalement ; ils en avaient aussi en dessous, tournées vers le sol,pour déchiqueter tout ce qu'elles rencontraient. L'idée des Perses était de lancer ces chars contre les rangs des Grecs, afin de les disloquer. 11 Quant à ce que Cyrus avait dit,lorsqu'il avait convoqué les Grecs, pour les exhorter à ne pas se laisser effrayer par la clameur des barbares, l'événement le démentit : sans clameur, en silence, dans la mesure où cela se peut, tranquilles, ils s'avançaient en ligne, sans hâte. […] 17 […] Déjà les deux armées n'étaient plus qu'à trois ou quatre stades l'une de l'autre, quand les Hellènes entonnèrent le péan et s'ébranlèrent pour attaquer. 18 Comme en s'avançant une partie de la phalange débordait la ligne ceux qui étaient en arrière commencèrent à prendre leur élan. En même temps ils poussèrent tous ensemble un cri, celui qu'ils font retentir en l'honneur d'Enyalios, et tous ils étaient entraînés dans la course. Quelques-uns disent qu'ils frappèrent aussi avec leurs lances contre les boucliers, faisant ainsi peur aux chevaux. 19 Avant qu'aucune flèche pût les atteindre, les barbares tournent le dos et prennent la fuite. Alors les Grecs s'élancèrent contre eux de toutes leurs forces ; ils se criaient les uns aux autres de ne pas précipiter leur course, de suivre l'ennemi en gardant les rangs. 20 Quant aux chars, ils furent emportés les uns à travers les troupes même de leurs adversaires, les autres à travers celles des Grecs, mais ils étaient vides, sans conducteurs. Les Grecs les apercevaient-ils ? Aussitôt ils ouvraient les rangs. Il y eut cependant un homme qui fut touché,parce que comme dans une course de chevaux la stupeur l'avait immobilisé. Pourtant assure-t-on, cet homme même ne souffrit aucun mal. Aucun Grec d'ailleurs ne reçut aucune blessure en cette bataille, sauf un inconnu à l'aile gauche qui,disait-on, fut atteint par une flèche. » Xénophon, Anabase, I, 8, 1-20, trad. P. Masqueray. La suite des événements racontée par Xénophon – le retour de Tissapherne dans son ancienne satrapie et dans celle que commandait Cyrus, l'intervention 16 de Thibron, puis celle de Dercylidas plus subtile, se jouant des rivalités et des tensions entre Tissapherne et Pharnabaze –, montre bien que les Spartiates n'hésitent pas à affronter directement les Perses sur leur territoire. Il s'agit d'exercer, de démontrer et de consolider leur hégémonie, sur terre et sur mer. Une trêve est conclue en397, lorsque les deux armées se rencontrent près de Magnésie. « II. 20 À quoi [les propositions de paix de Tissapherne et Pharnabaze] Dercylidas répondit : "Si le Roi laisse l'autonomie 17 aux cités grecques" et Tissapherne ainsi que Pharnabaze, "Si l'armée grecque sort du pays, et les harmostes lacédémoniens des villes." Après cet échange de vues, ils firent une trêve qui devait durer jusqu'à ce que cette conversation fût transmise, du côté de Dercylidas à Lacédémone, du côté de Tissapherne, au Roi. » Xénophon,Helléniques, III, 2, 20. Haut de page. 396. Expédition d'Agésilas. Les négociations de 397, après l'intervention de Dercylidas en territoire perse, ne pouvaient signifier qu'une trêve de courte durée. La présence des troupes spartiates était particulièrement inquiétante, car révélatrice d'un rapport de force en faveur des Grecs. On comprend pourquoi Pharnabaze a poussé le Roi à traiter avec Conon – son ancien adversaire qu'il avait contribué à vaincre en soutenant Lysandre –, pour l'engager et préparer une contre-offensive 18. Il est intéressant, à ce propos, de souligner, encore, le rôle joué par les Perses et ses conséquences dans les relations politiques grecques. Ainsi, lors de cette expédition, comme ce sera le cas, plus tard, contre Alexandre, ils fomentent des troubles en Grèce, ainsi que le montre Xénophon dans les Helléniques. Les envoyés du satrape Tithrausthès – successeur de Tissapherne exécuté après la victoire du Spartiate près du Pactole 19, en 395 –, tentent de négocier avec Agésilas. « IV. 25 Pendant cette bataille, Tissapherne se trouvait à Sardes, si bien que les Perses se mirent à l'accuser de les avoir trahis. Le roi de Perse, qui estimait, lui aussi, que Tissapherne était responsable de la mauvaise marche de ses affaires, envoie en Asie Mineure Tithrausthès et fait décapiter Tissapherne. Cela fait, Tithrausthès envoie à Agésilas des députés qui lui disent : "Agésilas, le responsable des embarras où nous nous sommes trouvés, vous et nous, a reçu son châtiment ;maintenant le Roi demande que tu rembarques pour la Grèce, et que les villes d'Asie, tout en restant autonomes, lui paient l'ancien tribut." 26 Agésilas répondit qu'il ne ferait pas cela sans avoir consulté son gouvernement. "Accorde-moi au moins ceci, dit l'autre : jusqu'à ce que tu sois informé des décisions de ta cité, passe sur le territoire de Pharnabaze : aussi bien c'est moi qui ai puni ton ennemi. — Il faut alors, répondit Agésilas, pour tout le temps que durera notre marche jusque là, que tu donnes à l'armée de quoi vivre." Là-dessus Tithrausthès lui donne trente talents : l'autre les reçoit et marche sur la partie de la Phrygie qui appartenait à Pharnabaze. 27 Pendant qu'il se trouvait dans la plaine en amont de Cymé, il reçut du gouvernement de Sparte l'ordre de prendre également, avec pleins pouvoirs, le commandement de la flotte à laquelle il devait préposer un navarque de son propre choix. En prenant cette décision, les Lacédémoniens faisaient ce calcul que, si c'était le même qui commandait aux deux, le pouvoir de l'infanterie en serait renforcé, puisque les deux forces auraient une direction unique, ainsi que celui de la flotte, puisque l'infanterie se montrerait là où l'on en aurait besoin 20. À cette nouvelle, Agésilas commença par inviter les villes des îles et de la côte à fabriquer chacune autant de trières qu'elles voudraient ; et le nombre de trières neuves, si l'on calcule toutes celles dont les villes promirent la construction et celles dont se chargeaient les particuliers qui voulaient faire leur cour à Agésilas, fut de cent vingt. » Xénophon, Helléniques, III, 4, 25-27. Les négociateurs perses réussirent à susciter une coalition contre leur agresseur. « V. 1 Cependant Tithrausthès, d'après ses informations, avait l'impression qu'Agésilas se moquait des affaires du Roi et ne pensait en aucune façon à quitter l'Asie, mais qu'il avait au contraire le ferme espoir d'y détruire la puissance royale ; ne sachant comment se tirer d'affaire, il envoie Timocratès de Rhodes en Grèce avec une somme d'environ cinquante talents d'argent, et lui donne mission d'essayer de les distribuer, après avoir reçu les garanties les plus sûres, aux principaux hommes politiques des cités, à condition qu'ils aillent faire la guerre à Sparte. Timocratès, arrivé en Grèce, achète, à Thèbes, Androcleidas, Isménias et Galaxidoros ; à Corinthe, Timolaos et Polyanthès ; à Argos, Cylon et les gens de son parti. 2 les Athéniens, quoiqu'ils n'eussent pas participé à cette distribution 21, étaient quand même disposés à la guerre, avec l'idée à la fois que […] commencer par eux. Ceux donc qui avaient reçu l'argent, se mirent, chacun dans sa ville, à accuser les Lacédémoniens ; lorsqu'ils eurent amener leurs compatriotes à les détester, ils constituèrent une ligue des plus grandes cités. » Xénophon, Helléniques, III, 5, 1-2. Voici l'expédition en Asie du même Agésilas (395-394) vu par l'Anonyme des Helléniques d'Oxyrhynchos. Il est intéressant de comparer avec l'approche de Xénophon. « Au cours de sa longue marche vers l'Hellespont avec l'armée des Lacédémoniens et de leurs alliés, Agésilas eut soin, tant qu'il traversait la Lydie, de ne pas faire de mal aux habitants. Il voulait respecter les accords conclus avec Tithrausthès. Mais quand il aborda le pays de Pharnabaze, il menait l'armée tout en pillant et en ravageant la contrée. Quand il dépassa la plaine de Thèbè et celle que l'on appelle Apia pour entrer en Mysie, il fit pression sur les Mysiens en les invitant à se joindre à ses troupes. La plupart des Mysiens en effet sont autonomes et non pas sujets du roi de Perse. Tous ceux des Mysiens qui voulaient bien prendre part à la campagne, il ne leur faisait aucun mal.Aux autres il dévastait leur pays. Une fois arrivé à peu près au milieu de ce qu'on appelle l'Olympe de Mysie, et se rendant compte de la difficulté et de l'étroitesse du passage qu'il voulait pourtant franchir en toute sécurité, Agésilas fit une démarche auprès des Mysiens pour obtenir un accord avec eux et put alors faire traverser son armée. Ils laissèrent passer la masse des Péloponnésiens et des alliés et attaquèrent l'arrière-garde en se jetant sur des soldats qui allaient à la débandade en raison de l'étroitesse du chemin. Agésilas monta son camp ce soir-là sans réagir et rendit les derniers devoirs aux morts – on avait perdu un cinquantaine d'hommes –, mais le lendemain, il monta une embuscade avec un bon nombre de mercenaires que l'on appelait "les gars à Derkyllidas", et il fit reprendre à l'armée sa marche en avant. Les Mysiens croyaient tous que c'était l'échec de la veille qui faisait décamper Agésilas. Ils sortirent de leurs villages et se mirent à la poursuite,avec l'idée de recommencer pareillement l'attaque de l'arrière-garde. Mais les Grecs en embuscade, quand les ennemis furent sur eux, sautèrent à découvert et en vinrent aux mains avec eux. Les chefs mysiens et les premiers des poursuivants surpris par la rencontre avec les Grecs, y laissèrent la vie. La masse, voyant le désastre de l'avant garde, prend la fuite vers les villages. Dès qu'Agésilas en reçoit la nouvelle, il fait demi-tour et ramène l'armée parle même chemin pour rejoindre les gens de l'embuscade. Il monte son camp à l'emplacement même où il avait campé la veille. De tous les villages, les Mysiens vinrent demander la trêve pour enlever leurs morts – il y en avait plus de cent trente. Agésilas se fit donner des guides dans les villages, laissa trois jours de repos à ses soldats et reprit sa marche en avant. Il descendit dans le pays des Phrygiens, mais pas dans la partie qu'il avait envahie l'été précédent, dans une autre région qui n'avait pas encore été pillée, et il la mit à mal. » Helléniques d'Oxyrhinchos, XVIII-XX. Haut de page. 395. Début de la « guerre de Corinthe ». Les cinquante talents de Timocratès de Rhodes suffirent à déclencher la guerre. Après la disparition de Lysandre en Europe 22 – il est battu et tué devant les remparts d'Haliartos par les Thébains –, après la trêve signée par Pausanias, son procès et sa condamnation à mort 23, les Spartiates doivent rappeler Agésilas. Ce dernier avait pu pourtant conclure une trêve avec Pharnabaze. Malgré les victoires spartiates, en Europe, à Némée (début de l'été 394) et Coronée (août 394), la défaite navale de Cnide 24, devant Conon, permet à Pharnabaze et au stratège athénien, d'arrêter l'expansion lacédémonienne en mer Égée. La guerre se poursuit avec un arbitrage décisif des Perses, intervenant en Europe en fonction de la puissance d'une cité et de la menace qu'elle signifie pour leurs propres intérêts. Sparte privée de l'aide perse ne peut se battre sur les deux fronts, en Europe et en Asie. Les Perses, fidèles à leur tactique, jouent maintenant Athènes contre Sparte. C'est au tour de Conon d'utiliser l'argent du Roi. Il entre au Pirée à la tête d'une escadre perse et avec l'argent nécessaire pour reconstruire les Longs-Murs (393) et renforce sa flotte. Le danger pour les Lacédémoniens, qui voient l'influence athénienne grandir dans les îles et les cités de l'Asie mineure, est réel. Les Athéniens ont besoin de reconquérir leur hégémonie maritime pour assurer leur ravitaillement : l'Hellespont est, plus que jamais, une région vitale pour Athènes, comme le montrera en 389 l'attitude de Thrasybule qui, avant de cingler vers Rhodes, but de sa mission,se rend dans l'Hellespont pour tenter, en imposant, par exemple, une dîme dans le Bosphore ou encore par son appui des démocrates à Byzance et la prise de Lesbos, d'y jeter les bases d'un nouvel impérialisme 25. L'opinion athénienne est divisée entre le rêve d'un retour à la puissance de l'Athènes impérialiste et la crainte de ce que cela impliquait. Le procès intenté à Ergoclès, le collaborateur immédiat de Thrasybule tué près d'Aspendos en 388, est le signe d'un rejet des pratiques qui avaient rendu l'hégémonie athénienne détestable. La Paix du Roi 26 jurée par Athènes, en 386, est une victoire du parti des modérés. Les Lacédémoniens envoient donc, en 392, des députations auprès du Roi. Tiribaze approuve les propositions d'Antalcidas. Les Athéniens, les Thébains et les Argiens s'y opposèrent. La paix n'aboutit pas et ce malgré l'autorisation pour les Athéniens de reconstruire les Longs-Murs. Mais Tiribaze se met à soutenir les Lacédémoniens pour qu'ils puissent équiper une flotte qui rendrait la paix nécessaire pour les Athéniens. Cependant, le Roi envoie Strouthas prendre la direction des régions maritimes. Or, ce dernier, se souvenant des opérations d'Agésilas, est favorable aux Athéniens... En Grèce même, les moments essentiels de cette guerre furent le siège de Corinthe, mené par Agésilas et les exilés corinthiens, et les opérations du stratège athénien Iphicrate dans le Péloponnèse. « IV. 1 Ensuite la guerre continua entre les Athéniens, les Béotiens, les Argiens, et leurs alliés, qui avaient pour base Corinthe, et les Lacédémoniens avec leurs alliés, qui avaient pour base Sicyone. Comme les Corinthiens voyaient que chez eux le territoire était ravagé et qu'ils avaient des morts parce qu'ils étaient sans cesse au voisinage de l'ennemi, tandis que les autres alliés jouissaient chez eux de la paix et que leurs terres étaient en plein rendement, les gens de la majorité, qui étaient les aristocrates, commencèrent à éprouver le désir de paix, et, dans les réunions, ils s'expliquaient sur ce point. 2 Il parut clair aux Argiens, aux Athéniens, aux Béotiens, et à ceux des Corinthiens qui, les uns, avaient reçu leur part de l'argent du Roi, et les autres, s'étaient montrés les principaux responsables de la guerre, que, s'ils ne se mettaient pas en travers de ceux qui étaient orientés vers la paix, la ville risquait de laconiser à nouveau : voilà donc comment ils entreprirent un massacre. » Xénophon, Helléniques, IV, 4, 1-2. Haut de page. 390. À Amyclées, dans lavallée de l'Eurotas, près de Léchaion, à une heure environ de Sparte, Iphicrate, avec ses peltastes, défait un bataillon lacédémonien. « V. 11 Voici comment était arrivé le désastre de ce bataillon. Les gens d'Amyclées, de tout temps, s'en vont chez eux à la fête des Hyakinthia pour chanter le péan, qu'ils soient en campagne ou absents pour quelque motif ; et précisément à cette date Agésilas avait laissé les Amycléens de toute l'armée à Léchaion : le polémarque y était chef de la garnison établit les gens des contingents alliés à la garde des remparts, pendant que lui-même avec le bataillon d'infanterie et l'escadron de cavalerie escortait le détachement d'Amyclées en passant le long de la ville de Corinthe. 12 Arrivés à vingt ou trente stades de Sicyone, le polémarque, avec des hoplites, qui étaient au nombre de six cents environ, repartit pour Léchaion, en donnant l'ordre au commandant de cavalerie, avec son escadron, une fois qu'ils auraient escorté les gens d'Amyclées jusqu'au point qu'eux-mêmes désigneraient, de revenir sur ses pas pour rattraper l'infanterie. Il y avait à Corinthe, en nombre, des peltastes et de l'infanterie : ils ne l'ignoraient pas ; mais le sentiment de leur supériorité fondé sur les événements précédents leur faisait penser que personne ne s'attaquerait à eux. 13 Cependant, de la place de Corinthe, Callias, fils d'Hipponicos, le stratège des hoplites athéniens, et Iphicrate, le commandant des peltastes,les observaient et les voyaient peu nombreux, dépourvus de peltastes et de cavalerie : ils estimèrent qu'il n'y avait pas de danger à les attaquer avec le détachement de peltastes ; si les Lacédémoniens s'avançaient parla route, les projectiles qu'ils recevraient sur leur flanc découvert causeraient leur perte ; s'ils tentaient de poursuivre leur adversaire, il serait bien facile aux peltastes, si alertes, d'échapper aux hoplites. Ils se décident donc et font sortir leurs hommes. 14 Callias déploya ses hoplites à peu de distance de la ville, pendant qu'Iphicrate avec ses peltastes attaquait le bataillon. Les Lacédémoniens sont atteints par les projectiles : çà et là des hommes sont blessés, et même tombent ; les écuyers reçoivent l'ordre de les ramasser et de les emporter à Léchaion ; et ceux-là furent les seuls du bataillon dont on peut dire en vérité qu'ils s'en tirèrent bien 27. Cependant le polémarque donne aux hommes des dix plus jeunes classes l'ordre de poursuivre ; 15 mais, dans leur poursuite, il s'en fallait d'une portée de javelot qu'ils pussent, hoplites contre peltastes,rattraper l'ennemi ; car Iphicrate faisait reculer les siens, avant que les hoplites n'arrivassent au contact ; puis, quand ils avaient reculé en ordre dispersé – car dans la poursuite chacun avait donné toute sa vitesse – les gens d'Iphicrate faisaient demi-tour, et les uns commençaient à tirer de front, les autres de côté, en s'avançant à la course le long du flanc découvert. Dès la première poursuite ils ne tardèrent pas à leur abattre neuf à dix hommes ; mais là-dessus leur pression devint encore beaucoup plus hardie. 16 En voyant sa troupe éprouvée, le polémarque donna de nouveau l'ordre aux quinze plus jeunes classes de poursuivre ; en reculant ils perdent encore plus de monde que la première fois. Leurs meilleurs soldats étaient déjà tombés quand les cavaliers arrivent à la rescousse ; soutenus par eux, ils se remirent à poursuivre. Les peltastes cédèrent de nouveau ; et alors les cavaliers les attaquèrent avec maladresse : au lieu de les poursuivre jusqu'à ce qu'ils pussent en tuer quelques uns, ils gardaient l'alignement avec les fantassins qu'on avait envoyés en avant, aussi bien dans la poursuite que dans la retraite. Ils refont encore une fois les mêmes mouvements qui leur valent les mêmes pertes ; chez eux le nombre ne cessait de diminuer ainsi que l'ardeur, tandis que les ennemis devenaient plus hardis et aussi sans cesse plus nombreux à l'attaque. 17 Dans cette situation vraiment critique, ils se rassemblent sur une petite colline,que deux ou trois stades séparaient de la mer, et seize ou dix-sept de Léchaion. Lorsqu'ils s'en aperçurent, les gens de Léchaion montèrent dans des barques et longèrent le rivage jusqu'à ce qu'ils arrivassent à la hauteur de la colline. Mais les autres étaient maintenant tout désemparés, après ce qu'ils avaient enduré et les pertes subies, et aussi parce qu'ils ne pouvaient rien faire ; là-dessus ils voient les hoplites [ceux de Callias] s'avancer aussi sur eux : ils s'enfuient. Les uns tombent dans la mer, un petit nombre d'entre eux, avec les cavaliers, put arriver sain et sauf à Léchaion. Dans tous ces engagements et cette déroute ils perdirent environ deux cent cinquante hommes. » Xénophon, Helléniques, VI, 5, 11-17. « VIII. 37 Cependant Iphicrate, tant que l'armée d'Anaxibios fut en terrain égal, ne se découvrit pas ; mais au moment où les gens d'Abydos qui formaient l'avant-garde, étaient déjà arrivés dans la plaine près de Cremasté, là où sont les mines d'or d'Abydos, tandis que le gros de la troupe, qui suivait, était encore sur la pente, et qu'Anaxibios, avec ses Lacédémoniens, commençait juste à descendre, alors Iphicrate fait soudain lever ses hommes embusqués et se porte contre lui au pas de course. 38 Anaxibios comprit aussitôt qu'il ne pouvait pas espérer de salut : il voyait sa troupe étirée dans un long et étroit défilé ; il pouvait se rendre compte que la pente remontante ne permettrait évidemment pas à ceux qui avaient déjà passé de se porter à son secours ; et il s'aperçut en outre que tous ses hommes demeuraient stupides à la vue de l'embuscade où ils étaient tombés. Il dit à ceux qui étaient auprès de lui : "Soldats, pour moi, c'est ici que mon devoir est de mourir ; vous, n'attendez pas le choc de l'ennemi, et hâtez-vous de vous mettre en sécurité." 39 Cela dit il prend son bouclier des mains de son valet, combat à son poste et tombe sur place. Il faut dire que son mignon demeura auprès de lui, et que dans le détachement lacédémonien, parmi les harmostes des villes qui s'étaient réunis à Abydos, une douzaine environ combattirent et tombèrent avec lui ; les autres furent tués dans leur fuite. L'ennemi poussa sa poursuite jusqu'à la ville. Quant au gros de l'armée, il perdit environ deux cents hommes, et les hoplites d'Abydos, cinquante. Après cette opération, Iphicrate revient en Chersonèse. » Xénophon, Helléniques, VI, 8, 37-39. Haut de page.
390-389. Thrasybule est envoyé contre le navarque lacédémonien Téleutias qui commande les renforts destinés à Rhodes. Mais l'Athénien cingle vers l'Hellespont. Présentant l'imminence du rapprochement entre Sparte et les Perses – les Athéniens vont se brouiller avec les Perses après leur soutien aux Égyptiens et à Évagoras révoltés contre le Roi –, il tente de reconstruire, violemment, les bases de l'empire athénien du Ve siècle.
« VIII. 25 Les Athéniens, estimant que les Lacédémoniens étaient en train de reconstituer leur puissance sur mer,envoient contre eux Thrasybule de Steiria 28 avec quarante vaisseaux. Il partit avec sa flotte, mais sans se porter tout de suite au secours de Rhodes : son avis était qu'il ne lui serait pas facile de châtier les amis des Lacédémoniens, qui tenaient un point fortifié, quand Téleutias était encore là avec sa flotte pour leur prêter main-forte, et que, d'un autre côté, les amis des Athéniens ne risquaient d'être vaincus par leurs adversaires, puisqu'ils tenaient les villes, qu'ils étaient beaucoup plus nombreux, et qu'après tout une bataille leur avait donné la victoire ; 26 mais il se dirigea vers l'Hellespont, et, comme il n'y avait là personne pour lui tenir tête, il pensa qu'il pouvait réaliser quelque chose d'utile pour sa patrie. Voilà pourquoi il commença, à la nouvelle qu'Amédocos, roi des Odryses, et Seuthès, maître de la région côtière, se disputaient entre eux, par lesréconcilier, pour en faire les amis et alliés du peuple athénien ; car il estimait que, du même coup, les cités grecques établies au pied du pays thrace,voyant ces souverains en bonne intelligence avec Athènes, montreraient pour cette ville des dispositions plus favorables. 27 La situation étant bonne de ce côté aussi bien que dans les villes d'Asie, à cause de l'amitié du Roi pour les Athéniens 29, il partit pour Byzance où il afferma la dîme sur les navires qui viennent du Pont-Euxin ; il fit aussi passer les Byzantins de l'oligarchie à la démocratie : si bien qu'il n'était pas désagréable auparti populaire de Byzance de voir le très grand nombre d'Athéniens présents dans cette ville. 28 Cela fait, et après s'être assuré l'amitié des gens de Chalcédoine, il fait sortir sa flotte de l'Hellespont. […] 30 Ensuite Thrasybule gagna à sa cause plusieurs villes, et tout en pillant celles qui restaient réfractaires, pour que ses soldats eussent du butin, il se hâta d'arriver à Rhodes. Pour pouvoir là aussi donner à ses troupes le meilleur rendement, il leva des taxes sur un certain nombre de villes ; en particulier il vint à Aspendos et mouilla à l'embouchure de l'Eurymédon. Il avait déjà obtenu de l'argent des habitants de la ville, quand ses soldats commirent quelques excès en pillant les champs, si bien que, dans leur colère,les gens d'Aspendos font une attaque de nuit et le tuent dans sa tente. » Xénophon, Helléniques, IV, 8, 25-30. La mort, en 388, de Thrasybule a interrompu l'action d'eisangélie intentée contre lui 30 à cause de ses exactions, de ses détournements de fonds. Lysias dans le Contre Ergoclès l'accuse même de trahison et de complot contre la démocratie. Ergoclès, son compagnon d'expédition, est condamné à mort. « 1 Les charges de l'accusation sont si nombreuses et si graves, Athéniens, que, fut-il puni de mille morts pour chacun de ses actes, Ergoclès ne saurait, je crois, payer sa dette au peuple. Il est convaincu d'avoir livré vos villes, d'avoir lésé vos proxènes et vos concitoyens, et, pauvre autrefois, de s'être enrichi à vos dépens. […] 3 Il serait étrange, en effet, de vous voir aujourd'hui, accablés comme vous l'êtes par les impositions, pardonner àla corruption et au vol, vous qui, par le passé, quand vos maisons étaient prospères, et prospères aussi les finances publiques, punissiez de mort quiconque convoitait vos biens. […] 5 Le plus grave, c'est qu'au lendemain du décret qui prescrivait l'inventaire des sommes prises aux villes, et qui obligeait les collègues de Thrasybule à venir rendre leurs comptes, Ergoclès se récriait : "voilà que vous recommenciez les poursuites calomnieuses, que vous repreniez vos anciennes habitudes." Et il conseillait à Thrasybule de s'emparer de Byzance, de garder la flotte et d'épouser la fille de Seuthès. "Comme cela, lui disait-il, tu couperas court aux manœuvres des sycophantes […]." 7 Du jour où ils sont riches, ils sont vos ennemis ; ils ne se disposent plus à vous obéir, mais à vous commander, et, craignant pour le produit de leurs vols, il sont prêts à prendre des places fortes, à établir l'oligarchie, à tout faire pour que vous soyez exposés chaque jour aux pires dangers. De cette façon, ils se disent qu'ils détourneront votre attention de leurs crimes : tremblants pour vous-mêmes et pour la cité, vous les laisserez en paix. 8 Pour ce qui est de Thrasybule, Athéniens (il n'est pas besoin d'en dire plus long sur son compte), il a bienfait de mourir comme il est mort : il ne pouvait plus vivre, tramant de pareils complots, et vous ne pouviez le faire périr, vous croyant encore quelques obligations envers lui : il fallait que la cité en fût débarrassé de cette façon-là. 9 Quant à ses complices,je vois qu'à la suite de l'assemblée de l'autre jour 31, ils n'épargnent plus leur argent : ils veulent acheter leur salut aux orateurs, à leurs ennemis, aux prytanes, et corrompent une foule d'Athéniens. Ce sera vous justifier que de châtier aujourd'hui cet homme : vous devez montrer à tous qu'il n'est pas de somme, si considérable soit-elle, qui puisse vous faire succomber et vous empêcher de punir les coupables. 10 Songez, en effet, Athéniens, qu'Ergoclès n'est pas seul en cause, mais la cité entière avec lui. Vous allez apprendre aujourd'hui à vos magistrats s'ils doivent être intègres ou bien,après vous avoir dérobé tout l'argent qu'ils peuvent, tâcher de se tirer d'affaire par les mêmes moyens que ces hommes emploient maintenant. Soyez-enbien persuadé, Athéniens : 11 dans l'embarras où sont vos affaires 32, livrer vos villes, vous voler de l'argent et se laisser corrompre, c'est livrer à l'ennemi vos murs et vos vaisseaux, c'est établir l'oligarchie à la place de la démocratie.Gardez-vous donc de vous laisser prendre à leurs intrigues : faites un exemple et apprenez à tous les hommes que vous faites passer avant l'intérêt,avant la pitié et toute autre considération, le châtiment de ces gens-là. […] 16 […] De plus, Athéniens, si vous prononcez leur acquittement, ils ne vous en sauront aucun gré : ils attribueront la chose à leurs largesses et à leurs vols. Ainsi, ils ne garderont pour vous que de la haine et ne croiront devoir leur salut qu'à leurs défenseurs. 17 Au surplus,Athéniens, les habitants d'Halicarnasse et leurs autres victimes, en vous voyant infliger aux accusés le châtiment le plus rigoureux, se diront que,s'ils ont été ruinés par eux, ils ont du moins trouvé en vous des protecteurs. Si vous les sauvez, au contraire, ils vous croiront complices de ceux qui les ont trahis. Pour toutes ces considérations, vous devez donc, du même coup, manifester à vos amis votre reconnaissance, et punir les coupables » Lysias, Contre Ergoclès, 1-17. Le réveil des ambitions impérialistes des Athéniens et la première mission du Spartiate Antalcidas auprès du satrape Tiribaze qui a été rétabli à Sardes poussent les Perses, logiquement, à se rapprocher à nouveau des Lacédémoniens. « I. 25 Cependant Antalcidas était arrivé de Haute-Asie avec Tiribaze, après avoir obtenu l'alliance du Roi pour le cas où les Athéniens avec leurs alliés refuseraient d'accepter la paix qu'il proposerait lui-même. » Xénophon, Helléniques, V, 1, 25. Haut de page. 386. Le désir de paix est général. Corinthe n'est toujours pas tombée. Par ailleurs, le ravitaillement d'Athènes en blé est menacé par une flotte lacédémonienne qui croise dans les Détroits. À Athènes, les prix montent à cause de la spéculation. Les arrivages sont de plus en plus précaires et les commerçants qui ont acheté du blé en masse, habiles en chrématistique, profitent de la situation et manœuvrent pour provoquer des hausses. « 1 Bien des gens sont venus me trouver,juges, qui s'étonnaient de me voir accuser les marchands de blé 33 dans le Conseil : ils me disaient que, si convaincus que vous soyez de leur culpabilité, vous considérez néanmoins comme des sycophantes ceux qui les incriminent. C'est pourquoi je veux d'abord vous dire à la suite de quoi j'ai dû faire office d'accusateur. 2 Lorsque les prytanes portèrent la question devant le Conseil, l'indignation fut telle que, d'après certains des orateurs, il fallait, sans jugement, livrer les accusés aux Onze (pour les faire exécuter). Pour moi, je trouvai bien grave pour le Conseil d'établir de pareils précédents ; je me levai et je dis qu'à mon avis, il fallait juger les marchands de blé dans les formes légales : je considérais que, s'ils étaient coupables d'un crime capital, vous sauriez aussi bien que nous prononcer une juste sentence et que, s'ils étaient innocents, ils ne devaient pas périr sans jugement. […] 12 S'ils agissaient dans votre intérêt, on aurait dû voir le prix se maintenir pendant pas mal de jours, jusqu'à épuisement de leurs stocks ; pas du tout :il montait parfois d'une drachme dans la même journée, comme s'ils achetaient ensemble médimne par médimne ; j'en appelle dessus à votre témoignage. 13 Et voici qui me paraît étrange : lorsqu'ils ont à fournir une contribution, ce qui doit se faire au su de tout le monde, ils s'y refusent, ils prétextent leur pauvreté : et des actes illégaux qui encourent la peine de mort et pour lesquels le secret leur était avantageux, ils prétendent les avoir accomplis dans votre intérêt ! Pourtant, vous savez tous que de pareils propos leur conviennent moins qu'à personne : leurs intérêts sont contraires à ceux du public. Quand font-ils le plus de bénéfices ? Quand l'annonce d'un désastre leur permet de vendre cher. 14 Ils voient vos malheurs d'un si bon œil que, tantôt, ils les savent avant tout le monde, tantôt ils en inventent : ce sont les vaisseaux qui ont péri dans le Pont, d'autres qui ont été capturés par les Lacédémoniens au cours de leur traversée ; ce sont les places de commerce qui sont bloquées, c'est la trêve 34 qui va être rompue. » Lysias, Contre les marchands de blé, 12-14. Le Grand Roi est donc en mesure de peser sur les affaires grecques : la paix d'Antalcidas, en 386, la première des paix communes, est bien la « paix du Roi ». Elle prévoit que toutes les cités grecques devront recouvrer leur liberté. Le Koinon béotien est donc dissous. Chaque cité de Béotie redevient, en principe, « autonome » : en réalité, les Spartiates, complices de la Paix et au sommet de leur puissance, contrôlent la plupart d'entre elles par des garnisons qu'ils y ont installées. Polybe note ainsi que « lorsque les Lacédémoniens eurent, selon le traité d'Antalcidas, solennellement proclamé que les cités grecques seraient désormais libres et indépendantes, ils ne retirèrent pas pour autant les harmostes qu'ils avaient installés dans ces cités » 35. Par ailleurs, les Athéniens conservent Imbros, Lemnos, Skyros et la Chersonèse reprise par Iphicrate. Il est intéressant de comparer cette paix avec cellequ'aurait négociée l'Athénien Callias, en 449. Elle est de nature bien différente 36... « I. 28 Une fois qu'il eut été rejoint par les vingt vaisseaux de Syracuse, rejoint aussi par ceux qu'envoyaient les villes d'Ionie encore soumises à l'autorité de Tiribaze, et que leurs équipages eurent été portés au complet par les contingents venus de la province d'Ariobarzane (Antalcidas était depuis longtemps l'hôte d'Ariobarzane, et quant à Pharnabaze, il avait déjà été rappelé en Haute-Asie, et ce fut alors qu'il épousa la fille du Roi), Antalcidas, dont le total de vaisseaux se montait à plus de quatre-vingts, eut la maîtrise de la mer ; il put dès lors empêcher les vaisseaux du Pont de descendre vers Athènes, et les forcer à aborder chez les alliés de Sparte. 29 Les Athéniens voyaient donc le grand nombre de vaisseaux ennemis ; ils craignaient d'être battus dans une guerre semblable à celle d'autrefois 37, maintenant que le Roi avait contracté alliance avec les Lacédémoniens ;enfin ils avaient à souffrir du blocus par le fait des corsaires d'Égine ; tout cela leur inspirait un fort désir de paix. De leur côté les Lacédémoniens avaient un bataillon en garnison à Léchaion, un autre à Orchomène, des postes dans les villes, pour empêcher, dans celles en qui ils avaient confiance, leur ruine, dans celles dont ils se défiaient, leur défection ; les opérations autour de Corinthe leur donnaient autant d'embarras qu'à leurs ennemis :ils en avaient assez de la guerre. » […] 30 Si bien que, quand Tiribaze eut fait savoir que ceux qui voulaient entendre énoncer les conditions de paix que leur faisait le Roi devaient se présenter,tous se hâtèrent d'arriver. Une fois qu'ils furent rassemblés, Tiribaze, après avoir montré le sceau royal, donna lecture du rescrit. En voici les termes : 31 "Le Roi Artaxerxès estime juste que les villes d'Asie lui appartiennent, et aussi, parmi les îles, Clazomènes et Chypre, et que, par contre, on laisse aux autres villes grecques,grandes et petites, leur autonomie, excepté Lemnos, Imbros, et Scyros qui, comme par le passé, appartiendront aux Athéniens. Ceux qui ne consentiront pas à ces conditions de paix, je leur ferai personnellement la guerre avec l'aide de ceux qui les accepteront, sur terre, sur mer, avec ma flotte et avec mon trésor." Xénophon, Helléniques, V, 1, 28-31. Le Roi dicte ses conditions de paix aux cités grecques, mais les Lacédémoniens tirent de ce succès diplomatique un grand avantage politique. Ils sont les« patrons de la paix » : tout en interdisant, au non du Roi, la formation de toute confédération limitant l' « autonomie des cités »ils maintiennent de fait leur hégémonie sur la ligue du Péloponnèse. « I. 36 Et si pendant la guerre les Lacédémoniens s'étaient plutôt maintenus au niveau de leurs adversaires, ils tirèrent beaucoup plus d'orgueil de la paix qui a pris le nom d'Antalcidas. En se faisant les patrons de la paix dont le Roi avait envoyé les conditions, en réalisant l'autonomie des villes, ils s'acquirent l'alliance de Corinthe, ils établirent l'autonomie, vis-à-vis de Thèbes, des cités béotiennes – ce qui était depuis longtemps leur désir – et ils firent cesser la mainmise d'Argos pour le cas où elle ne retirerait pas ses troupes de Corinthe. » Xénophon, Helléniques, V, 1, 236. Haut de page. 385. Les événements ont réussi à leur gré. Forts de l'impunité que semble leur donner le traité de paix dans leur rôle d'exécuteur de la paix du Roi et de garants de l'application des traités – toute intervention peut être justifiée par un manquement au traité –, les Lacédémoniens, pour se venger des cités alliées à Corinthe et à Argos, s'emparent de Mantinée qu'ils condamnent à un diœcisme, à une dispersion de ses habitants. «II. 4 En pénétrant sur le territoire ennemi, il [Agésipolis] commença par le ravager. Comme néanmoins les gens de Mantinée persistaient à ne pas détruire leurs remparts 38, il fit creuser une tranchée tout autour de la ville ; une moitié des soldats,équipés, couvraient ceux qui creusaient la tranchée, l'autre moitié travaillait. Une fois la tranchée terminée, il eut alors toute sécurité pour faire construire un mur autour de la ville. Il était informé qu'il y avait dans la ville du blé en abondance, car on avait fait une bonne récolte l'année précédente ; et il se rendait compte qu'il aurait du mal s'il lui fallait imposer à la ville et aux alliés l'usure d'expéditions de longue durée :c'est pourquoi il fit combler le lit du fleuve qui passe par la ville et qui était alors très gros. 5 Par l'effet de ce barrage, qui arrêtait le courant, l'eau recouvrit les fondations des maisons aussi bien que du rempart. Les briques des assises inférieures,amollies par l'humidité et ne pouvant plus soutenir celles des assises supérieures, le rempart commença par se lézarder, puis se mit à s'affaisser ; pendant un temps, les Mantinéens essayèrent de l'étayer avec des bois et s'ingénièrent pour empêcher le bastion de tomber ; à la fin,vaincus par l'eau, et craignant que la chute, en quelque endroit, de l'enceinte ne les livrât à la merci des assiégeants, ils se dirent d'accord pour la détruire sur tout son pourtour. Mais les Lacédémoniens déclarèrent qu'ils ne traiteraient pas si la population de Mantinée n'était pas répartie en bourgs.Les autres alors, pensant qu'il n'y avait rien d'autre à faire, convinrent d'exécuter même cette condition. […] 7 Ensuite le mur fut démoli, et la population de Mantinée fut répartie en quatre bourgs,comme elle l'avait été autrefois. » Xénophon, Helléniques, V, 2, 4-7. Haut de page. 384. Malgré cela, Athènes commence à relever la tête et conclut une alliance avec Chios. Ce traité respecte l'interdiction de la Paix d'Antalcidas de nuire, par une symmachie, à l'autonomie d'une cité grande ou petite 39. L'inscription de cette stèle brisée,trouvée sur l'acropole d'Athènes, près de la statue d'Athéna Promachos, témoigne de manœuvres diplomatiques qui annoncent la fondation prochaine de la seconde Confédération athénienne. « Alliance des Athéniens et des Chiotes. Sous l'archontat de Dieitréphès, durant la première prytanie qui était celle de la tribu Hippoponthis, […] fils de Stéphanos d'Oé [était secrétaire] […] : attendu que les gens de Chios, dans le cadre de l'accord commun aux Grecs, font savoir qu'ils maintiendront de même que les Athéniens, la paix, l'amitié, les serments et les traités existants, tels qu'ils ont été jurés par le Roi, les Athéniens, les Lacédémoniens et les autres Grecs, et qu'ils viennent annoncer des choses utiles au peuple des Athéniens, à toute la Grèce et au Roi, le peuple décrète : que le peuple des Chiotes reçoive l'éloge ainsi que les ambassadeurs venus à Athènes, que perdurent la paix, les serments et les traités existants aujourd'hui, que les Chiotes soient alliés, ils garderont leur liberté et leur autonomie et ainsi ils ne transgresseront pas les stipulations de la stèle concernant la paix, et ils ne se laisseront pas persuader, autant que faire se pourra, par qui voudrait les transgresser ; qu'une stèle soit placée sur l'Acropole devant la statue, et que l'on y inscrive que si quelqu'un s'attaque aux Athéniens, les Chiotes iront à leur secours avec toutes leurs forces autant que faire se pourra ; que le serment soit prononcé devant les Chiotes venus ici, par le conseil, les stratèges et les commandants de compagnie, à Chios par le conseil et les autres magistrats ; que soient élus cinq hommes dans l'ensemble des Athéniens qui prendront la mer pour Chios et recevront le serment de la cité de Chios ; que l'alliance vaille pour l'éternité ; que l'ambassade de Chios soit invitée au prytanée pour le repas de demain. Ont été élus comme ambassadeurs, Céphalos de Collytos, […] d'Alopékè, Asimos […], […] du dème de Phréarres, Démocleidès […]. Étaient ambassadeurs de Chios, Bryon, Ape[…], […]ritos, Archélas. » Inscription historique grecque. Haut de page. 382. Cependant, la domination (l'archè) lacédémonienne se renforce encore. En effet, la faction favorable à Lacédémone, dirigée par Léontiadès 40, livre Thèbes à Phoibidas un stratège spartiate. « XX. 2 Aussi les Spartiates donnaient-ils secrètement instruction à leurs généraux de s'emparer de la Cadmée s'ils en trouvaient l'occasion. Conformément à ces instructions, le Spartiate Phoibidas, qui avait été affecté à un poste de commandement et partait avec une armée combattre Olynthe, s'empara de la Cadmée. Les Thébains,indignés, prirent les armes et se rassemblèrent ; Phoibidas engagea le combat et fut vainqueur. Il bannit les trois cents Thébains les plus distingués, frappa les autres de terreur et installa une forte garnison avant de partir remplir sa mission. Les Lacédémoniens, que les Grecs jugeaient fort mal depuis ces agissements, infligèrent une amende à Phoibidas mais ne retirèrent pas leur garnison de Thèbes. 3 C'est ainsi que Thèbes perdit son autonomie et fut contrainte de se soumettre à l'autorité des Lacédémoniens. Cependant, les Olynthiens poursuivaient la guerre contre le roi de Macédoine Amyntas 41 : les Lacédémoniens relevèrent Phoibidas de son commandement et désignèrent comme général son frère Eudamidas. Ils lui donnèrent trois mille hoplites et l'envoyèrent mener la guerre contre Olynthe. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 20, 2-3, trad. C. Vial. On ne sait si Phoibidas, à la tête des renforts destinés à Eudamidas, son frère, a agi de son propre chef, profitant de la stasis qui régnait à Thèbes, comme semble le dire Xénophon, ou si, au contraire, selon la version de Diodore il a obéi à des ordres secrets. Quoi qu'il en soit les Lacédémoniens maintiennent leur garnison dans la Cadmée et Phoibidas n'est condamné que légèrement. Pour Agésilas, si Phoibidas avait créé une situation nuisible à Sparte, il devait être puni ; mais si, au contraire, elle était favorable à ses intérêts, il fallait, selon un vieux principe, laisser les gens prendre des initiative semblables... Avec l'aide des Thébains, alliés forcés, les Lacédémoniens, au nom du traité d'Antalcidas, interviennent contre Olynthe accusée de vouloir nuire à l'autonomie des cités de Chalcidique. C'est ensuite le tour de Phlionte. Cette dernière tombe en 379 devant Agésilas, et Olynthe, à la fin de la quatrième expédition, acculée à la famine, demande finalement la paix à Agésipolis. L'ordre spartiate triomphe. « IV. 27 La marche des événements avait permis aux Lacédémoniens d'avoir les Thébains et le reste de la Béotie entièrement sous leur autorité, de rendre les Corinthiens tout à fait sûrs, devoir les Argiens se faisant tout petits [parce qu'il ne leur servait plus de rien d'invoquer la trêve des mois sacrés], et les Athéniens isolés, pendant que les alliés qui leur avaient montré de la mauvaise volonté avaient reçu leur châtiment ; tout permettait de croire leur domination absolument établie désormais, et de belle et solide façon. » Xénophon, Helléniques, V, 3, 27. Haut de page. 380. Isocrate, dans son Panégyrique, pousse les Grecs divisés depuis si longtemps à entreprendre ensemble une expédition contre les Barbares 42. L'idée d'Isocrate, favorable à une unité de la Grèce 43, est que l'harmonie entre les Grecs ne sera possible que lorsque les Athéniens et les Lacédémoniens cesseront de se disputer l'hégémonie. Il ajoute cependant que, s'il fallait qu'une seule cité possédât l'hégémonie, ce devait être Athènes en raison de son histoire glorieuse, de ses exploits guerriers et des services rendus à la cause grecque. Les vainqueurs de Salamine ont sauvé le monde grec. Il compare aussi la nature des deux hégémonies. D'après l'orateur la domination d'Athènes a laissé l'autonomie aux cités alliées, alors que Sparte les a livrées au Grand Roi devenu maître du jeu par l'intermédiaire de la Paix d'Antalcidas. L'éloge de la grandeur d'Athènes devient l'essentiel de l'argumentation d'Isocrate : il définit les droits d'Athènes à l'hégémonie et la nécessité de la guerre contre les Perses. L'opportunité d'une expédition commune contre les Perses est d'autant plus grande que ces derniers sont en situation de faiblesse et de décadence. Le montrent leurs échecs face aux Égyptiens, au roi de Chypre et aux Rhodiens malgré l'aide du stratège Conon. Il ne faut donc pas respecter les serments de la Paix du Roi, mais au contraire condamner les ambassadeurs responsables d'un traité honteux pour les Grecs. Ce discours est révélateur d'un état des choses : Athènes reprend confiance. « 115 Et d'ailleurs ce n'est pas non plus la paix actuelle, ni l'autonomie, qui n'existe pas dans les constitutions si elle est inscrite dans les traités, qui valent d'être préférées à notre empire. Qui souhaiterait une situation où les pirates occupent la mer, où les peltastes s'emparent des villes, 116 où, au lieu de lutter contre d'autres pour défendre leur territoire, les citoyens se combattent mutuellement à l'intérieur des murailles, où plus de villes ont été prises de vive force qu'avant la conclusion de la paix, où, par suite de la fréquence des révolutions, les habitants des villes sont plus découragés que ceux qui ont été frappés d'exil, car les premiers craignent l'avenir tandis que les autres s'attendent à rentrer d'un moment à l'autre ? 117 [Ces cités] sont si éloignées d'être indépendantes et autonomes que les unes sont soumises à des tyrans, les autres occupées par des harmostes 44, certaines dévastées,d'autres sous la domination des barbares. Or, quand ces derniers avaient osé passer en Europe et avoir plus de prétentions qu'il ne convenait, 118 nous les avions mis en tel état que non seulement ils avaient cessé de marcher contre nous, mais supportaient devoir leur pays ravagé ; et, quand ils s'avançaient avec douze cents navires, nous les avions tant abaissés qu'ils ne mettaient plus à la mer un vaisseau long en deça de Phasélis et restaient tranquilles, qu'ils attendaient des occasions plus favorables sans se fier à leur puissance présente. 119 Que cela eût pour cause le courage de nos ancêtres, les malheurs de notre cité l'ont clairement démontré : en effet c'est au moment même où l'empire nous fut enlevé, que la situation de la Grèce commença à empirer. Après notre échec survenu dans l'Hellespont 45, quand d'autres eurent l'hégémonie, les barbares remportèrent des victoires navales, s'emparèrent de l'empire de la mer, occupèrent la plupart des îles, firent une descente en Laconie, prirent de force Cythère, firent le tour complet du Péloponnèse en le ravageant46 . 120 On verrait parfaitement l'importance du changement en lisant les uns à côté des autres les traités conclus sous notre empire et ceux qui sont maintenant affichés. On verra qu'autrefois c'était nous qui délimitions l'empire du barbare, fixions certains des tributs et lui interdisions l'usage de la mer ; maintenant c'est lui qui règle les affaires des Grecs, ordonne ce que chacun doit faire et s'abstient tout juste d'établir des gouverneurs dans les villes. 121 À part cela, que lui reste-t-il à faire ? N'a-t-il pas commandé à la guerre, n'a-t-il pas présidé à la paix et n'est-il pas devenu l'arbitre de la situation présente ? N'allons-nous pas vers lui comme vers un maître pour nous accuser mutuellement ? Ne l'appelons-nous pas le Grand Roi comme si nous étions captifs ? Dans nos guerres mutuelles ne mettons-nous pas nos espoirs de salut en lui qui aimerait à nous faire tous périr ? 123 Après ces réflexions, il convient de s'indigner de la situation présente, de regretter notre hégémonie et de blâmer les Lacédémoniens qui dans le principe ont engagé la guerre sous prétexte d'affranchir les Grecs et qui à la fin en ont livré un si grand nombre, qui ont détaché les Ioniens 47 de notre cité qui était leur métropole et qui les avait maintes fois sauvés, et les ont livrés aux barbares 48 dont ils occupent le pays malgré leur résistance et contre qui ils n'ont jamais cessé de faire la guerre. » Isocrate, Panégyrique, 115-123, trad. G. Mathieu et É. Brémond. Haut de page.
379-378. La libération de Thèbes est, pour Xénophon (V, 4, 2-4), le premier châtiment des dieux qui n'oublient ceux qui violent les lois divines. L'harmoste, qui avait abandonné la citadelle sans attendre l'armée de secours, est exécuté. Cléombrote est envoyé à nouveau en Béotie. Il descend sur Platées qui est encore une alliée de Sparte. Une fois arrivé à Thespies il y laisse Sphodrias comme harmoste, avant de rentrer à Sparte dans des conditions particulièrement difficiles, ses soldats ne sachant pas s'ils étaient en guerre avec Thèbes ou non.
« IV. 17 En tout cas, sur le chemin de retour, il eut à subir une tempête extraordinaire, que quelques uns considérèrent comme un présage des événements futurs. Outre d'outres effets de sa violence, en particulier, pendant que Cléombrote avec son armée franchissait au départ de Créusis la montagne qui domine la mer, le vent précipita jusqu'au bas beaucoup d'ânes avec leurs bagages, et fit tomber dans la mer, par la force de son souffle, une quantité d'armes qu'il arrachait aux soldats. » Xénophon, Helléniques, V, 4, 17. Quoiqu'il en soit, le Koinon béotien renaît sous la direction de Thèbes et adopte des institutions plus démocratiques. Les onze districts sont remplacés par sept. Le Conseil fédéral est remplacé par une Assemblée où peuvent siéger tous les Béotiens. Le rôle de cette dernière est d'élire les magistrats fédéraux, de voter les décrets et d'approuver les traités. Par ailleurs l'ensemble des Béotiens réunis en Assemblée, élisent directement les béotarques qui ont des fonctions militaires et de politique étrangère. Mais malgré ses apparences ce second Koinon béotien est, pour Thèbes, l'instrument de sa domination sur la Béotie. Quatre districts sur sept son directement contrôlés par Thèbes. Le siège de l'Assemblée est à Thèbes, les pièces de monnaie du Koinon sont frappées dans les ateliers de Thèbes, quant aux principaux chefs militaires ils sont thébains… Voici,selon l'Anonyme des Helléniques d'Oxyrhynchos, l'organisation et le mode de fonctionnement de la première Confédération béotienne fondée à la fin du VIe siècle. « À ce moment, la situation en Béotie était la suivante : il y avait dans chaque cité quatre boulai auxquelles tous les citoyens n'avaient pas accès, mais seulement ceux qui possédaient une certaine quantité de biens : chacun de ces conseils à tour de rôle préparait les projets de loi et les soumettait ensuite aux trois autres, et ce qui leur paraissait juste avait force de loi. Ainsi était organisée la constitution de chaque cité. Le Koinon des Béotiens était organisé de la façon suivante : tous ceux qui habitaient le pays étaient répartis en onze districts, et chacun de ces districts désignait un béotarque. Les Thébains contrôlaient quatre districts, deux pour la cité elle-même, deux pour les Platéens et les localités qui avaient à un moment quelconque formé une sympolitie avec eux, entre autres Skolos, Érythrai, Skaphai, et qui étaient maintenant tributaires de Thèbes. Les gens d'Orchomène et ceux d'Hysiai désignaient également deux béotarques, les Thespiens avec Entrésis et Thisbé, deux, les gens de Tanagra, un ; un béotarque était désigné par Haliarte, Lébadée et Coronée, un autre de la même manière par Acraiphia, Kopai et Chéronée. C'est donc de cette manière qu'étaient désignés les archontes. Chaque district désignait en outre soixante conseillers pour chaque béotarque auxquels était versée une indemnité quotidienne. Et chaque district devait également fournir un contingent militaire de mille hoplites et de cent cavaliers. Pour résumer, selon le nombre de ses archontes, chaque cité jouissait des biens communs, payait les contributions extraordinaires,désignait les juges fédéraux, et participait à toutes choses, bonnes ou mauvaises. Ainsi se gouvernait le peuple des Béotiens, et le conseil commun siégeait à la Cadmée. » Helléniques d'Oxyrhynchos, XI, 4, trad. C. Mossé. Épaminondas et Pélopidas sont les maîtres d'œuvre de la puissance militaire thébaine. Épaminondas est le génial inventeur de la phalange oblique, la fameuse attaque par l'aile gauche. Avec génie, il a placé à l'aile gauche, en « forme de proue », l'élite de ses guerriers et le fameux « bataillon sacré », tout en dérobant son aile droite à la gauche ennemie 49. Il est même, un peu avant la bataille de Mantinée, à l'origine de la marine de guerre thébaine 50. Pour Polybe, ce n'est pas un système de gouvernement, un type de constitution qui sont à l'origine de la gloire et de la puissance de Thèbes, mais plutôt les qualités exceptionnelles, le mérite et l'action de deux stratèges :« la période qui vit la croissance, l'apogée et l'effondrement de la puissance thébaine coïncide manifestement avec le temps que durèrent les vies d'Épaminondas et de Pélopidas » 51. Diodore fait, lui aussi, le même constat. Après l'éloge de Pélopidas (XV, 81), il affirme, plus loin, à propos d'Épaminondas, le rôle essentiel du stratège puisque que sa cité obtint « l'hégémonie en Grèce de son vivant et la [perdit] après sa mort » 52. Le fameux bataillon sacré des trois cents combattants d'élite est l'illustration de cette puissance militaire et des innovations dans le domaine stratégique et tactique. « Supposons donc que, par quelque moyen, il pût exister une cité, ou une armée, faite d'amants et de leurs bien-aimés, on ne voit pas comment leur cité à eux pourrait avoir une base meilleure de sa constitution, que leur éloignement pour tout ce qui est vilain et le désir d'estime dont ils rivaliseraient ! ni encore comment, et se battant coude à coude, de tels hommes, une poignée seulement, ne seraient pas vainqueurs, si l'on peut dire, de toute l'humanité ! » Platon, Banquet, 178 e, trad. L. Robin. Haut de page. 378. La restauration de la puissance thébaine, à laquelle les Athéniens ont sans doute contribué 53, inquiète cependant Athènes aussi bien que Sparte. Après la subtile campagne diplomatique athénienne pour obtenir de nouvelles alliances, tout en évitant un conflit ouvert avec Sparte, le coup de force de Sphodrias au Pirée conduit nécessairement Athènes à la guerre contre les Lacédémoniens aux côtés de Thèbes. Pour Xénophon, Sphodrias aurait envahi l'Attique à l'instigation des Thébains qui avaient intérêt à rompre leur isolement face aux Spartiates. « IV. 20 De leur côté les Thébains,inquiets, eux aussi, à l'idée que personne d'autre qu'eux ne ferait la guerre aux Lacédémoniens, inventent l'artifice que voici. Ils persuadent l'harmoste de Thespies, Sphodrias, – en lui donnant de l'argent, comme on le soupçonna –, d'envahir l'Attique, ce qui déterminerait les Athéniens de faire laguerre aux Spartiates. Sphodrias, gagné par eux, se fit fort de s'emparer du Pirée, où les portes de l'enceinte, il est vrai, n'étaient pas construites ; et il emmena ses hommes de Thespies après leur avoir fait prendre de bonne heure le repas du soir, en déclarant qu'avant le jour on arriverait au Pirée. 21 Mais ce fut à Thria que le jour le surprit : et là, il ne fit rien pour passer inaperçu, mais, une fois qu'il eut rebroussé chemin, il rafla les troupeaux et pilla les habitations. Cependant des gens qu'il avait rencontrés pendant la nuit s'étaient enfuis vers Athènes pour y annoncer qu'une très grosse armée approchait ; aussi y fut-on bientôt en armes, cavaliers et fantassins,pour garder la ville. » Xénophon, Helléniques, V, 4, 20-21. La tentative de Sphodrias, dont l'échec semble presque voulu est, peut-être, selon l'interprétation de Diodore, une provocation des Spartiates liés par le traité d'Antalcidas, pour pousser Athènes à la guerre. Par ailleurs, à Athènes, les modérés qui menaient la cité ont laissé la place à des stratèges – parmi lesquels Timothée, le fils de Conon, et l'orateur Callistratos, neveu d'Agyrrhios 54, dans l'entourage immédiat desquels se trouvent des hommes comme Iphicrate et Chabrias qui se sont illustrés au cours de la guerre de Corinthe –, pour qui le retour à la politique d'hégémonie maritime est la garantie nécessaire à l'indépendance de la cité. La confusion provoquée dans les esprits par le coup de Sphodrias leur permet de persuader le peuple de les suivre dans leur politique impérialiste : la seconde Confédération en est la conséquence la plus visible. « XXIX. 5 Conformément au traité conclu précédemment, la paix subsistait encore, à ce moment-là, entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Mais, par la suite, le Spartiate Sphodriadès 55, qui avait reçu un poste de commandant et qui avait un caractère hautain et emporté, se laissa persuader par le roi de Sparte Cléombrote qui lui suggérait de s'emparer du Pirée ; les éphores ne furent pas consultés. Sphodriadès essaya, avec plus de dix mille soldats, de s'emparer du Pirée, pendant la nuit, mais les Athéniens le virent, ce qui fit échouer sa tentative, et il se retira sans avoir obtenu de résultat. 6 Il fut traduit devant le Conseil des Spartiates : les rois le défendirent et il fut acquitté contre toute justice. 7 Alors, les Athéniens, très mécontents de ce qui s'était passé,décrétèrent que les Lacédémoniens avaient rompu le traité de paix ; ils décidèrent d'entrer en guerre contre eux, et nommèrent stratèges trois des citoyens les plus distingués, Timothée 56, Chabrias 57 et Callistratos 58. Ils votèrent la levée de vingt mille hoplites et de cinq cents cavaliers, et l'équipement de deux cents navires. Ils firent,de plus, entrer les Thébains dans le conseil fédéral sur un pied d'égalité absolu avec les autres membres. 8 Ils prirent également un décret qui restituait aux anciens propriétaires les terres qu'ils avaient transformées en clérouquies et ils firent une loi qui interdisait à tout Athénien de cultiver le sol hors de l'Attique. Cet acte généreux leur rendit la sympathie des Grecs et affermit leur hégémonie. » Diodore, Bibliothèque historique, XV, 29, 5-8. Sphodrias, mis en jugement, est effectivement acquitté par le Conseil des Anciens. La réaction athénienne est, en tout cas, surprenante et son redressement, comme on va s'en rendre compte, spectaculaire. Haut de page. 378-377. Formation de la seconde Confédération athénienne. La Paix d'Antalcidas a fait des Lacédémoniens les maîtres de la Grèce. Ils se sont, cependant, montrés maladroits et brutaux,en particulier lorsqu'ils s'en prirent à la Confédération béotienne. Ils sont coupables, aux yeux des Grecs, d'hybris, de démesure. Athènes, dont l'organisation des symmories et l'eisphora a été restructurée par Callistratos, peut apparaître alors comme un frein à la puissance des Lacédémoniens que la propagande avait fait passer, lors de la Guerre du Péloponnèse, pour les combattants de la liberté des cités de la Grèce face à l'impérialisme athénien. Les propositions d'Athènes furent bien accueillies : elle promettait de ne pas reconstituer un empire semblable à celui de la Ligue de Délos. Les décrets du synédrion, ou assemblée des alliés, qui disposent chacun d'une voix, sont nécessaires à toute décision prise en commun à l'Ecclésia. Ce conseil a le pouvoir de juger même des Athéniens. Un glissement sémantique,opéré sans doute par Callistratos, est aussi révélateur d'un changement d'attitude dans les relations des Athéniens avec leurs « alliés ». Les leçons du passé semblent, apparemment avoir été comprises. Les syntaxeis ou « contributions » limités strictement à l'effort de guerre ont remplacé le phoros, devenu rapidement un « tribut », imposé durement aux membres de la Ligue de Délos. Les Athéniens affirment, enfin, qu'ils n'installeront pas de nouvelles clérouquies. Décret d'Aristotélès, charte de fondation de la seconde Confédération athénienne. Inscription sur une grande stèle de marbre, la « stèle commune des alliés». « Sous l'archontat de Nausinikos, Callibios fils de Képhisophon de Paiania était secrétaire, alors que la tribu Hippoponthis exerçait la septième prytanie, il a plu au conseil et au peuple, Charimos d'Athmonia était président, Aristotélès a fait la proposition ; à la bonne fortune d'Athènes et des alliés des Athéniens ; afin que les Lacédémoniens laissent les Grecs vivent tranquilles, libres et autonomes et se voient garantir la propriété de tout le territoire qui leur appartient, afin que dure à jamais la paix commune qu'ont jurée les Grecs et le Roi, le peuple a décrété : si l'un des grecs ou des barbares du continent ou des îles, qui n'appartiennent pas au Roi, veut être l'allié des Athéniens et de leurs alliés, qu'il puisse le faire en conservant sa liberté et son autonomie, en se gouvernant selon les règles de la constitution qu'il voudra, sans devoir accueillir de garnison ou recevoir un gouverneur, sans avoir à payer de tribut, cela dans les mêmes conditions que les Chiotes, les Thébains ou les autres alliés ; à ceux qui feront alliance avec les Athéniens et leurs alliés, le peuple rendra toutes les propriétés qui se trouvent appartenir à des Athéniens à titre privé ou à titre public, sur le territoire de ceux qui auront fait l'alliance, et il se porte garant de cette restitution ; s'il se trouve à Athènes des stèles désagréables pour l'une des cités qui font alliance avec les Athéniens, le conseil en fonction aura pouvoir de les détruire ; à partir de l'archontat de Nausinikos, il ne sera plus permis aux Athéniens, ni à titre privé, ni à titre public, d'acquérir aucune propriété sur le territoire des alliés, ni maison, ni terre, ni par achat, ni par l'effet d'une mise en gage, ni d'aucune autre façon ; si une propriété est achetée, ou acquise, ou prise en gage, de quelque façon que s'en fasse l'appropriation, n'importe lequel des alliés pourra déposer une plainte devant l'assemblée des alliés et celle-ci procédera à la vente du bien, remettra la moitié de la somme au dénonciateur et l'autre moitié sera la propriété commune des alliés ; si quelqu'un attaque l'un des participants à l'alliance, soit par terre, soit par mer, les Athéniens et leurs alliés iront à son secours avec toutes leurs forces, autant que faire se pourra ; si quelqu'un, magistrat ou simple particulier, propose et met aux voix un décret contraire à celui-ci ou tentant de faire disparaître une des clauses de ce décret, qu'il soit privé de ses droits politiques, que ses biens soient confisqués et que la dîme en soit remise à la déesse, qu'il soit mis en accusation devant les Athéniens et leurs alliés pour avoir rompu l'alliance,qu'il soit passible de mort et d'un bannissement étendu à l'ensemble des territoires dont sont maîtres les Athéniens et leurs alliés ; s'il est condamné à mort, qu'il ne reçoive pas de sépulture, ni en Attique, ni dans le territoire des alliés ; que le secrétaire du conseil fasse transcrire ce décret sur une stèle de pierre qui sera placée près de la statue de Zeus Libérateur ; les trésoriers de la déesse prendront sur les dix talents soixante drachmes pour la gravure, sur la stèle on inscrira le nom des cités qui sont actuellement des alliés et de toutes celles qui le deviendront ; telle sera l'inscription ; et le peuple élira trois ambassadeurs qui iront à Thèbes persuader les Thébains d'agir au mieux. Ont été choisis Aristotélès de Marathon, Pyrrandros d'Anaphlyonte, Thrasybule de Kollyté. Voici quelles sont les cités alliées d'Athènes : Chios, Ténédos, Mytilène, Méthymna, Rhodes, Poiessa, Byzance, Périnthe, Péparéthos, Sciathos, Marônée, Diôn, Paros, [Thas]os, Athéna Diadès, P[…] Thèbes, Chalcis, Érétrie, Aréthuse, Carystos, Icos, Pallène (?) [Sur la tranche de la stèle] le peuple des Corcyréens, Abdère, […], la Chalcidiquede Thrace, Ainos, Samothrace, Dicaia, l'Arcanie, Céphallénie, Pronnoi, Alcétas,Néoptolème, Jason, Andros 59 , Ténos, Histiée, Myconos, Antissa, Érésos, Astraia, Céos, Ioulis, Carthaia, Corésia, Élaionte, Amorgos, Sélymbria, Siphnos, Sikinos, Diôn de Thrace, Néopolis, le peuple des Zacynthiens installés à Nellos, Aristotélès a fait la proposition, attendu que d'abord […] volontairement se joignent. […] les décrets du peuple […] des îles dans l'alliance […] des décrets […]. » Inscription historique grecque. « XXX. 1 Beaucoup de cités avaient donc été amenées, pour les raisons que nous avons dites, à se ranger du côté d'Athènes ; les premières et les plus empressées à entrer dans la ligue furent les cités situées en Eubée, à l'exception d'Histiaia. Cette dernière,par suite des grands services que lui avaient rendus les Lacédémoniens et de laguerre sans merci 60 que lui avaient faite les Athéniens, avait les meilleures raisons de vouer à Athènes une haine implacable et de garder à Sparte une fidélité inaltérable. 2 Soixante-dix cités 61, néanmoins, adhérèrent à la ligue athénienne et chacune devint membre du conseil fédéral avec des droits égaux. C'est pourquoi la puissance des Athéniens ne cessant de croître et celle des Lacédémoniens de s'affaiblir, il arriva un moment où les deux cités se trouvèrent à égalité. Les Athéniens, qui voyaient leurs affaires évoluer selon leurs souhaits, envoyèrent une armée en Eubée pour protéger leurs alliés et combattre leurs adversaires. 3 Quelque temps auparavant, en Eubée, un certain Néogènès qui avait rassemblé une armée avec l'aide de Jason de Phères, s'était emparé de l'acropole d'Histiaia et s'était proclamé tyran de ce pays et de la cité d'Oropé 62. Les Lacédémoniens, voyant que son pouvoir reposait sur la force et qu'il l'exerçait avec arrogance, avaient envoyé contre lui Théripidès. 4 Ce dernier s'était efforcé, au début, d'amener par la persuasion le tyran à évacuer l'acropole ; comme il n'obtenait pas de réponse, il avait appelé les habitants à lutter pour la liberté, avait investi la place et rendu la liberté aux citoyens d'Oropé. Voilà pourquoi les habitants de la région d'Histiaia étaient attachés à Sparte et lui gardaient une amitié inébranlable. 5 Chabrias, qui commandait le corps expéditionnaire athénien, ravagea l'Hestiaiotide 63 et fortifia une place du nom de Métropolis qui était située sur une hauteur bien fortifiée par la nature ;il y laissa une garnison avant de partir pour les Cyclades où il gagna à la cause athénienne Péparéthos, Sciathos 64 et plusieurs autres îles sujettes des Lacédémoniens. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 30, 1-5. Les Athéniens sont bien les maîtres de cette symmachie. Les Lacédémoniens se sentent, de ce fait, menacés sur deux fronts : d'un côté les Athéniens, de l'autre la Confédération béotienne reconstituée par Thèbes et qui, depuis le coup de Sphodrias, se trouve par la force des choses l'alliée d'Athènes. « XXVIII. 4 On décida d'un commun accord que le conseil siégerait à Athènes, que les cités, grandes et petites, disposeraient toutes également d'une voix, qu'elles conserveraient toutes leur autonomie et que l'hégémonie reviendrait à Athènes. Les Lacédémoniens voyaient bien qu'il était impossible de contenir ce mouvement de révolte générale ; ils s'efforçaient néanmoins de lutter contre l'hostilité unanime en envoyant des ambassades et en prodiguant des paroles aimables et des promesses avantageuses. 5 En même temps, ils s'occupaient activement des préparatifs de guerre :ils s'attendaient à mener en Béotie une guerre longue et dure, puisque Thèbes avait à ses côtés Athènes et tous les Grecs membres du conseil fédéral. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 28, 4-5. La situation politique est aussi, pour Athènes, extrêmement complexe. Pour Callistratos, comme on l'a vu, le véritable danger est Thèbes. Pour Timothée, au contraire, le seul obstacle à une hégémonie athénienne qu'il veut élargir est encore et toujours Sparte, la rivale par excellence… Haut de page. 376. Chabrias triomphe des Lacédémoniens à Naxos : « ce combat contre Pollis, avec Chabrias comme chef, leur donna la victoire navale que l'on sait » 65. Elle permet de briser le blocus lacédémonien visant à affamer Athènes 66. L'origine et les circonstances de la bataille sont racontées avec précision par Diodore 67. « XXXIV. 3 […] il y eut à la même époque un important combat naval entre Naxos et Paros. En voici l'origine. Le navarque lacédémonien Pollis apprit qu'on transportait, à bord de bateaux de commerce, une grande quantité de blé à destination d'Athènes ; il se mit en embuscade et surveillait le passage du convoi de vivres avec l'intention d'attaquer les vaisseaux de commerce. Le peuple athénien l'apprit ; il envoya une flotte avec mission de protéger le transport de blé et, de fait, elle réussit à amener le convoi jusqu'au Pirée. 4 Plus tard, le navarque athénien Chabrias partit avec toute son escadre pour Naxos et investit la place. Il amena contre les remparts des machines de siège et s'en servit pour les ébranler ; il faisait tout son possible pour prendre la ville d'assaut. Pendant ces événements, Mollis, le navarque lacédémonien, débarqua à Naxos pour lui porter secours. Les deux chefs, poussés par l'émulation, livrèrent bataille. Ils rangèrent leurs navires en ordre de combat et avancèrent à la rencontre l'un de l'autre. 5 Pollis avait soixante-cinq trières et Chabrias quatre-vingt-trois. Les escadres s'avancèrent l'une contre l'autre ; Pollis, à la tête de son aile droite, attaqua le premier l'aile gauche de la flotte adverse, où commandait l'Athénien Cédon. Pollis, après uncombat valeureux, tua Cédon lui-même et coula son navire ; il attaqua, en outre les autres vaisseaux et les brisa à coups d'éperon : il coula les uns et obligea les autres à s'enfuir. Chabrias s'aperçut de ce qui se passait : il envoya une partie de ses navires au secours de l'aile en difficulté et rétablit la situation des siens. Il gardait, cependant, sous ses ordres la majeure partie de la flotte : en combattant vaillamment, il détruisit un grand nombre de vaisseaux et en captura beaucoup d'autres. […] XXXV. 2 […] Chabrias, après cette éclatante victoire, regagna le Pirée avec un riche butin. Ses concitoyens l'accueillirent avec la plus grande considération : c'était la première bataille sur mer remportée par les Athéniens depuis la guerre du Péloponnèse,puisqu'à Cnide 68 ils n'avaient pas combattu sur leurs propres vaisseaux et que leur succès était dû à la flotte royale qu'ils avaient utilisée. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 34, 3-35, 2. Grâce à cette victoire, la Confédération s'enrichit de nouveaux membres 69 et s'en trouve consolidée. Le texte suivant, inscrit sur une stèle trouvée encore sur l'acropole d'Athènes,montre de quelle manière les nouveaux alliés (ici Corcyre, l'Acarnanie et la Céphallénie) entraient au sein de la Confédération, la référence étant la stèle du décret d'Aristotélès. « Philoclès […] étant secrétaire. Sous l'archontat d'Hippodamas, durant la prytanie de la tribu Antiochis, qui était la deuxième, pour qui Phylacos d'Oinoé était secrétaire, il a plu au conseil et au peuple, Critios a fait la proposition : pour répondre à ce qu'ont proposé devant le conseil les ambassadeurs des Corcyréens, des Acarnaniens et des Céphalléniens qui se conduisent en hommes de bien à l'égard du peuple des Athéniens et des alliés, aujourd'hui comme ils l'ont fait dans le passé ; pour que soit fait ce qu'ils demandent, qu'ils soient introduits devant le peuple, et que soit présenté l'avis du conseil selon lequel il convient au conseil que le secrétaire du conseil inscrive sur la stèle commune des alliés les noms des cités d'où sont venus les ambassadeurs et que le conseil, les stratèges et les cavaliers prêtent serment aux cités d'où les ambassadeurs sont venus ; que les alliés aussi prêtent serment ; ceci fait, que le peuple choisisse comme il conviendra à la communauté des alliés des hommes qui iront recevoir les serments des cités, qui seront inscrits sur la stèle commune où sont inscrits les noms des alliés ; que chaque cité envoie des représentants à l'assemblée des alliés en accord avec les décrets des alliés et des Athéniens ; au sujet des Acarnaniens, que l'on voie en commun avec Aischylos, Euarchos, Euru[…], […], Rusiadès […]. » Inscription historique grecque. Haut de page. 375. La seconde Confédération devient une force imposante. Les flottes athéniennes croisent en mer Égée et en Adriatique. Timothée contourne le Péloponnèse. Il s'empare de Corcyre pour y soutenir le parti des démocrates. La position stratégique de cette cité, à proximité du Péloponnèse, est particulièrement importante pour les Athéniens 70. Il défait ensuite les Lacédémoniens à Alyzeia. « XXXVI. 5 Timothée reçut alors le commandement de la flotte ; il fit voile vers Céphallénie, gagna à sa cause les cités de cette île et persuada, de la même manière, les cités d'Acarnanie de se ranger du côté d'Athènes. Il se fit un ami du roi des Molosses Alcétas 71, fit entrer dans le camp athénien, d'une façon générale, la plupart des cités de ces régions et battit sur mer les Lacédémoniens près de Leucade 72. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 36, 5. Voici la version de Xénophon. « IV. 63 De fait, les Athéniens, irrités contre les Lacédémoniens à cause de l'affaire de Sphodrias, s'empressèrent d'équiper et d'envoyer autour du Péloponnèse soixante vaisseaux dont le commandement fut donné à Timothée. Et comme Thèbes n'avait eu d'invasion ennemie ni l'année où Cléombrote avait conduit l'expédition ni celle où Timothée fit sa croisière, les Thébains montrèrent naturellement beaucoup d'audace pour marcher contre les villes d'alentour et s'en emparèrent de nouveau. 64 Cependant Timothée, dans sa croisière, commença par soumettre Corcyre ; mais il se garda de réduire la population en esclavage, de bannir des citoyens, ou de changer la constitution : ce qui lui rendit plus favorables toutes les villes de la région. 65 Mais alors les Lacédémoniens, à leur tour équipèrent une flotte, et envoyèrent comme navarque Nicolochos, un homme très audacieux, qui, lorsqu'il découvrit les vaisseaux de Timothée, n'attendit pas plus longtemps, malgré qu'il lui manquât six vaisseaux – ceux d'Ambracie –, et avec ses cinquante navires engagea le combat contre les soixante qui étaient avec Timothée. Ce jour-là il fut vaincu et Timothée éleva un trophée. 66 Mais Nicolochos, quand Timothée eut tiré ses vaisseaux au sec et fut occupé à laradouber, une fois qu'il eut reçu lui-même l'appoint des six trières d'Ambracie, cingla sur Alyzeia, où se trouvait Timothée ; et comme ce dernier ne sortit pas à sa rencontre, Nicolochos éleva à son tour un trophée dans les îles les plus voisines. Timothée, après avoir réparé ses vaisseaux et en avoir fait venir d'autres de Corcyre, qu'il équipa, ce qui lui fit un total de plus de soixante-dix vaisseaux, avait une très forte supériorité navale ; seulement, il demanda à Athènes qu'on lui envoyât de l'argent : c'est qu'il lui en fallait beaucoup avec la grande flotte qu'il avait. » Xénophon, Helléniques, V, 4, 63-66. Ce nouveau succès athénien est capital : de nouveaux membres entrent encore dans la seconde Confédération. Quant aux Thébains, ils évitent l'affrontement direct avec Sparte, ménageant habilement leurs forces. Ils n'auront d'ailleurs jamais les moyens économiques d'une guerre totale et d'une politique impérialiste à grande échelle. Le rôle joué dans l'hégémonie thébaine par les stratèges Épaminondas et Pélopidas est d'autant plus remarquable. « XXXVII. 1 […] Les Lacédémoniens avaient à Orchomène une garnison très nombreuse qui affronta les Thébains ; il y eut une violente bataille où les Thébains, deux fois moins nombreux, battirent les Lacédémoniens. Jamais un pareil événement ne s'était produit auparavant, et on se serait déjà estimé heureux si une armée nombreuse avait vaincu une petite troupe lacédémonienne. 2 Aussi les Thébains furent-ils remplis de fierté ; leur réputation de vaillance se répandait, et il était désormais évident qu'ils prétendait à l'hégémonie sur la Grèce. » Diodore, Bibliothèque historique, XV, 37, 1-2. Haut de page.
375-374. Les Lacédémoniens et leurs alliés, demandent la paix. Les Athéniens qui sentent la menace thébaine et dont les difficultés financières pèsent, comme on l'a vu, sur les opérations militaires et leur politique d'expansion, acceptent les propositions lacédémoniennes.
« II. 1 Quant aux Athéniens, qui voyaient les Thébains grandir grâce à eux, sans contribuer en rien aux dépenses de la flotte, tandis qu'eux-mêmes étaient raclés jusqu'à l'os par les contributions de guerre, les incursions des pirates venus d'Égine, et la garde du territoire,ils éprouvèrent le désir de terminer la guerre, envoyèrent des députés à Lacédémone, et firent la paix. » Xénophon, Helléniques, VI, 2, 1. Il s'agit d'un renouvellement de la « paix du Roi ». Mais cette fois-ci elle devait reconnaître l'existence officielle de la seconde Confédération athénienne et donc le retour de la puissance et de l'expansion d'Athènes. C'est sans doute la raison pour laquelle Isocrate la trouve juste et avantageuse. « 16 J'affirme donc que nous devons faire la paix non seulement avec les habitants de Chios, Rhodes et Byzance, mas avec le monde entier, et appliquer non pas le traité que certains ont maintenant rédigé, mais celui qui a été fait avec le Grand Roi et les Lacédémoniens et qui édicte que les Grecs seront libres, que les garnisons évacueront les villes étrangères et que chacun sera maître de son territoire ; nous n'en pourrons trouver de plus juste ni de plus avantageux pour notre cité. » Isocrate, Sur la paix, 16, trad. G. Mathieu. Haut de page. 374. Jason de Phères tagos de Thessalie. Il a succédé à Lycophron (son père ou son oncle) vers 380. Ses ambitions 73 sur la Grèce annoncent, d'une certaine manière, celles de Philippe de Macédoine. 373-371. Cependant le traité est à nouveau rompu, par Sparte, sans doute, et, selon Xénophon, à cause de l'attitude de Timothée qui, rappelé à Athènes – la paix vient d'être faite –, débarque, sur le chemin du retour, les bannis de Zacynthe dans leur pays. Il s'agit de proathéniens. Mnasippos est placé à la tête d'une flotte d'une soixantaine de navires. Sa mission est de surveiller l'Ionie. Il cinglera bientôt vers Corcyre. Par ailleurs, la puissance de Thèbes inquiète Sparte, mais aussi Athènes. Les Thébains sont maîtres de la Béotie : Thespies et Platées sont tombées. Les Platéens chassés de Béotie, viennent se réfugier à Athènes, alors que les gens de Thespies demandent de l'aide. Platées a été prise par surprise et détruite en 374-373 selon Diodore 74, en 373 selon Pausanias 75. Pour Xénophon et Plutarque 76 l'événement a eu lieu avant 371. Après le rapprochement entre Thèbes et Athènes pendant la guerre de Corinthe, les Lacédémoniens, au nom de la paix du Roi, relevèrent Platées, en 387. Les Platéens, par la force des choses, se trouvèrent alors les « alliés » des Lacédémoniens,comme le montra leur attitude pendant la libération de Thèbes en 379,lorsqu'ils tentèrent de secourir la garnison lacédémonienne de la Cadmée... En tout cas les Platéens étaient les alliés fidèles d'Athènes depuis la fin du VIe siècle. Ils avaient été les seuls à combattreavec les Athéniens à Marathon. C'est au nom de cette fidélité qu'Isocrate 77 demande plus que l'accueil des réfugiés en situation de détresse. Il fait remarquer que la cité a été détruite en pleine paix – l'orateur adopte donc la chronologie de Diodore. En effet, si la paix entre Sparte et Thèbes dura jusqu'en 371, l'affrontement entre Sparte et Athènes a repris, on l'a vu,dès le printemps 373. « XLVI. 4 Pendant ces événements 78 , en Béotie, les Platéens recherchèrent l'alliance d'Athènes et lui demandèrent de leur expédier des soldats : ils avaient pris la décision de lui livrer leur cité. Là-dessus, les béotarques qui étaient en colère contre les Platéens et qui voulaient devancer les secours athéniens marchèrent immédiatement contre Platées avec des forces considérables. 5 Ils arrivèrent près de la ville de Platées où l'on avait si peu prévu cette attaque que la plupart des Platéens furent surpris dans la campagne par la cavalerie qui s'empara d'eux ; lesautres se réfugièrent dans la ville, mais l'absence de tout allié les obligea à conclure un accord favorable à l'ennemi : il leur fallait quitter la villeen emportant leurs biens meubles et il leur était interdit à jamais de revenir en Béotie. 6 Ensuite, les Thébains rasèrent Platées ; ils mirent aussi à sac Thespies qui leur était hostile. Les Platéens se réfugièrent à Athènes avec leurs femmes et leurs enfants ; le peuple athénien montra sa bonté en leur accordant l'isopolitie. Telle était alors la situation en Béotie. » Diodore, Bibliothèque historique, XV, 46, 4-6. «10 […] S'ils [les Thébains] réclament que l'on respecte les traités, ce qui est juste, comment n'avoueront-ils qu'ils sont injustes et qu'ils les transgressent ? Car les traités ordonnent que petits et grands États soient également autonomes. 11 Je 79 crois qu'ils n'oseront pas montrer leur impudence sur ce point et qu'ils auront recours à cet argument, que nous faisionsla guerre aux côtés des Lacédémoniens et qu'en nous détruisant ils ont rendu service à la confédération 80 toute entière. 12 Pour moi, je pense que nul grief, nulle accusation ne doit primer les serments et les traités. Néanmoins, si quelqu'un doit souffrir pour cause d'alliance avec les Lacédémoniens, ce ne sont pas les Platéens qu'on aurait raison de désigner les premiers parmi les Grecs ; car ce n'est pas de notre plein gré, mais par contrainte que nous étions leurs esclaves. 13 Qui en effet croirait que nous sommes tombés dans une démence assez grande pour faire plus de cas des gens qui ont réduit notre patrie en esclavage que de ceux qui nous ont fait participer à leurs droits?Mais, à mon avis, il nous était difficile de tenter une révolution quand nous habitions une petite ville, alors que les lacédémoniens possédaient une si grande puissance, et en outre quand il y avait [chez nous] un harmoste et une garnison, et une si forte armée à Thespies, 14 qui avaient causé notre destruction, non seulement bien plus vite, mais aussi à bien plus juste titre que les Thébains : ces derniers,en pleine paix, ne devaient pas faire de reproches touchant les événements d'autrefois, tandis que les autres, s'ils avaient été trahis pendant la guerre,auraient raison de nous infliger les plus grands châtiments. » Isocrate, Plataïque, 10-14. Les Lacédémoniens, après la révolte de leurs partisans contre le régime démocratique, décident de s'emparer de la cité. Ils envoient donc Mnasippos (373). Ils ont, par ailleurs, dépêché des ambassadeurs auprès de Denys de Syracuse pour « lui signaler que lui aussi avait intérêt à ce que Corcyrene fût pas sous l'influence d'Athènes » 81. Les Corcyréens, de leur côté demandent des secours aux Athéniens 82. Athènes, au moment de l'affaire de Platées, décide, par décret, d'envoyer Timothée à Corcyre. L'importance de l'île pour l'empire de la mer est signalée par Diodore (XV, 46, 1) et Xénophon (Helléniques, VI, 2, 9). Cependant Timothée tarde à se rendre à Corcyre ce qui lui coûte sa charge de stratège. Les Corcyréens, qui se trouvent dans une situation difficile, font une sortie au cours de laquelle Mnasippos est tué. En effet, le stratège spartiate, se croyant déjà maître de la ville, avait licencié un certain nombre de mercenaires (Helléniques,VI, 2, 16). Les assiégés voyant, du haut des remparts, des postes moins gardés qu'auparavant ont tenté leur chance. Les assiégeants découragés lèvent le siège. Iphicrate, après avoir soumis les cités de Céphallénie, arrive enfin à Corcyre. Avec les habitants il convint des signaux à faire pour annoncer l'approche ou le mouillage de la flotte ennemie. Si Mélanippos de Rhodes put échapper à Iphicrate ce ne fut pas le cas des vaisseaux syracusains qui furent tous pris avec leur équipage. « XLVII. 7 La guerre de Corcyre était presque terminée quand débarqua dans l'île la flotte athénienne, sous les ordres de Timothée 83 et d'Iphicrate. Ils arrivaient trop tard et ne firent rien qui mérite d'être signalé, si ce n'est qu'ils rencontrèrent des trières siciliennes envoyées par Denys au secours des Lacédémoniens avec Cissidès et Crinippos à leur tête, et qu'ils capturèrent avec tout leur équipage ; elles étaient au nombre de neuf. La vente des prisonniers leur rapporta plus de soixante talents. » Diodore, Bibliothèque historique, XV, 47, 7. Voici l'approche d'Iphicrate racontée par Xénophon. Le récit de l'historien est précieux, non seulement pour les manœuvres savantes et techniques du stratège athénien, mais aussi, comme le précise l'édition Budé, parce que sont indiquées, la première fois, à côté des grands voiles, des akateia istia, sans doute des « focs » ou des voiles de misaine. « II. 27 Quant à Iphicrate, dès le début de sa croisière autour du Péloponnèse, il faisait, tout en naviguant, tous les préparatifs nécessaires à un combat naval. Et d'abord il laissa sur place les grandes voiles, comme s'il était en route pour se battre ; et pour les focs, même par vent favorable, il n'en faisait pas un grand usage : ainsi,en naviguant à la rame, il donnait de la vigueur aux hommes et une meilleure marche au navire. 28 Souvent aussi,en approchant de l'endroit où la flotte devait prendre le repas de midi ou celui du soir, il arrivait qu'il en dirigeât la tête vers le large, lorsqu'on parvenait à hauteur du point de débarquement, puis il faisait faire une conversion qui plaçait la proue des trières face à la côte, et, à un signal donné, il les laissait partir, en luttant de vitesse, jusqu'à la terre ;et c'était alors une grande récompense que d'être les premiers à aller chercher de l'eau et tout le nécessaire, et les premiers à manger ; et pour les derniers c'était une grande punition que d'avoir tout cela en moindre quantité, et aussi qu'ils étaient obligés de repartir tous ensemble une fois le signal donné : ce qui se produisait en effet, c'est que les premiers arrivés pouvaient tout faire tranquillement, tandis que les derniers devaient se hâter. 29 Quant aux sentinelles, s'il se trouvait prendre son repas en territoire ennemi, il en établissait quelques-unes, comme il convient, à terre, mais d'autre part, sur les navires, il faisait dresser les mâts, en haut desquels il avait des vigies, dont le regard s'étendait beaucoup plus loin que celui des sentinelles de la plaine,puisqu'ils voyaient de plus haut. Aux endroits où il prenait le repas du soir et où il passait la nuit, il ne laissait pas brûler de feux dans le camp, mais il en allumait en avant des troupes, pour que personne ne pût approcher sans être vu. Souvent aussi, quand le temps était beau, dès le repas du soir, il reprenait la mer ; et, si le vent les portait, on courait à la voile tout en se reposant ; s'il fallait aller à la rame, il faisait reposer les matelots par équipes. 30 Dans les navigations de jour, à un signal donné, il menait l'escadre tantôt en colonne tantôt en ligne ; aussi, tout en naviguant, ils avaient fait toutes les manœuvres et acquis toute l'expérience nécessaire à un combat naval lorsqu'ils arrivèrent dans les eaux où l'ennemi, à ce qu'ils croyaient, était maître. » Xénophon, Helléniques, VI, 2, 27-30. Iphicrate est, pour Xénophon, un connaisseur en la matière, un véritable stratège, c'est-à-dire, au IVe siècle, époque de la professionnalisation militaire, un homme de guerre. « III. 39 Pour ma part, ces opérations d'Iphicrate comme stratège me paraissent particulièrement dignes d'éloge ;ensuite j'admire qu'il ait demandé qu'on lui adjoignit Callistratos l'orateur,qui n'était guère de ses amis, ainsi que Chabrias qui était, de l'avis général,un stratège pour de bon. Car, ou c'était à cause de l'estime qu'il avait pour leur bon sens qu'il voulait les avoir pour conseillers, et alors il me paraît qu'il agissait avec sagesse ; ou c'est précisément parce qu'il les considérait comme ses adversaires qu'il voulait hardiment leur montrer qu'il n'y avait chez lui ni mollesse ni négligence, et c'est je pense, le geste d'un homme, et qui a une haute opinion de lui-même. » Xénophon, Helléniques, VI, 2, 39. Mais revenons à l'affaire de Platées. Isocrate veut l'intervention d'Athènes pour le rétablissement de Platées, au nom de la justice et des secours qu'Athènes a déjà accordés à la cité 84, mais aussi parce que les Thébains, qu'il déteste, sont dangereux pour Athènes. Ils sont aussi l'obstacle à la réalisation de la paix 85. Ils ont été les ennemis acharnés d'Athènes pendant la guerre du Péloponnèse et surtout ils ont combattu aux côtés des Perses en 480. Si le discours est fictif et acte de propagande pour l'hégémonie athénienne, il traduit bien l'ambiance politique et diplomatique, le problème du choix d'alliance, éternel jeu de bascule 86 caractéristique des cités grecques et de leurs divisions. L'orateur Callistratos partage les idées d'Isocrate. À cette époque, l'opinion, à Athènes, est divisée. Trois tendances s'opposent : les laconophiles, le parti thébain et celui des modérés, partisans de la paix conduits par Callistratos. Ces tendances seretrouvent représentées dans l'ambassade qui se rend à Sparte pour les négociations de paix en 371. Les discours de Callias, d'Autoclès et de Callistratos sont, dans les Helléniques, œuvres de fiction ou de recomposition. Ils traduisent bien cependant les arguments etles solutions politiques qui s'opposent. Pour Callistratos, il faut aller au-delà des violences lacédémoniennes : l'alliance entre Sparte et Athènes est le seul moyen de sauver la paix et de garantir l'autonomie des cités. Pour beaucoup d'Athéniens l'impudence des Thébains devient inacceptable. «19 Ils [les Thébains] accusaient les Lacédémoniens d'avoir occupé la Cadmée et d'établir des garnisons dans les villes ; et eux, qui n'envoient pas de gardes, mais qui détruisent les murailles des uns et causent la perte irrémédiable des autres, pensent ne rien faire de grave et en sont arrivés à un tel degré d'impudence que, réclamant que tous les alliés se préoccupent de leur assurer le salut, ils s'accordent le pouvoir de réduire les autres en esclavage. 20 Or qui ne détesterait leurs convoitises quand ils cherchent à commander aux plus faibles, veulent être les égaux des plus forts, envient à votre cité le territoire que lui ont donné les Oropiens et se partagent eux-mêmes par la force le pays d'autrui. » Isocrate, Plataïque, 19-20. Le discours de Callistratos fut décisif pour la signature de la paix avec les Lacédémoniens. Le renversement d'alliance est déjà décidé. « III. 14 Pour mentionner encore les raisons d'intérêt, il est bien certain que toutes les villes sont, les unes pour vous [les Lacédémoniens], les autres pour nous et que, dans chaque cité,les gens sont partisans de Lacédémone ou d'Athènes. Si donc nous devenions amis, de quel côté, de quel côté pourrions-nous redouter quelques dangers ? Il est de fait que, sur terre, qui serait, si nous avions votre amitié, de taille à nous nuire ? et sur mer, alors, qui pourrait vous faire du tort, si nous sommes pour vous ? » Xénophon, Helléniques, VI, 3, 14. Haut de page. 371. Nouvelle paix que l'on peut qualifier de commune, si l'on suit l'interprétation de Xénophon 87. En tout cas cette paix est caractérisée, pour la première fois, par une clause de garantie, même si elle ne lie pas tous les signataires. L'« autonomie » des cités qui appartiennent aux sphères d'influence athéniennes et lacédémoniennes est affirmée. En réalité l'hégémonie des Lacédémoniens, sur terre, et des Athéniens, sur mer, est reconnue. La domination est partagée. La paix du Roi – toujours prise comme référence –, a maintenant deux défenseurs. En revanche, les Thébains, qui avaient participé aux négociations et qui étaient encore, avant la fin des pourparlers,les alliés officiels des Athéniens, ne s'y rallient pas. Ils avaient voulu, lelendemain, faire figurer sur la charte de paix, à la place des« Thébains », le mot « Béotiens ». Devant le refus des autres représentants, les Thébains, qui ne voient pas reconnue leur hégémonie sur le koinon béotien, s'excluent eux-mêmes des négociations de paix. Les Lacédémoniens signent au nom des cités confédérées, et les Athéniens avec leurs alliés s'engagèrent cité par cité. Les Thébains sont à l'origine de la guerre : il s'agit pour eux de chasser de Béotie les garnisons lacédémoniennes, puis de porter la guerre dans la zone d'influence de Sparte. Cléombrote est alors maintenu en Béotie. Les deux armées sont bientôt face à face, à Leuctres. « III. 18 Les paroles de cet orateur [Callistratos] furent approuvées, et les Lacédémoniens à leur tour votèrent qu'ils acceptaient la paix aux conditions suivantes : ils retiraient les harmostes des villes ; les troupes en campagne, sur terre comme sur mer,étaient licenciées ; on laissait aux cités leur autonomie ; si quelqu'un agissait contre ces conditions, ceux qui le voudraient pourraient venir au secours des villes maltraitées, mais ceux qui ne le voudraient pas ne seraient pas tenus par serment de combattre pour les États lésés. » Xénophon, Helléniques, VI, 3, 18. « IV. 10 Ensuite, comme c'était un terrain plat qui était entre les deux armées, les Lacédémoniens avaient disposé devant leur phalange leurs cavaliers, en face desquels les Thébains avaient rangé les leurs. Or la cavalerie thébaine se trouvait bien exercée, grâce à la guerre soutenue aussi bien contre Orchomène que contre Thespies, tandis que les Lacédémoniens avaient alors une cavalerie détestable. 11 C'est que l'entretien des chevaux était bien l'affaire des plus riches ; mais, une fois que la mobilisation était déclarée, alors arrivait l'homme désigné pour monter le cheval ; il en prenait possession,ainsi que des armes, telles quelles, qu'on lui donnait, et il partait sur le champ en campagne ; d'autre part c'étaient, parmi les soldats, les plus débiles, et ceux qui avaient le moins de cœur, qui étaient montés. 12 Telle était donc la cavalerie des deux côtés. Pour le dispositif d'infanterie, les Lacédémoniens allaient au combat, dit-on, avec trois filles par section, ce qui ne leur donnait pas plus de douze hommes en profondeur ; les Thébains au contraire avaient une formation serrée d'au moins cinquante boucliers en profondeur 88, comptant qu'une fois qu'ils auraient défait l'aile droite avec le roi, ils seraient aisément maîtres de tout le reste. 13 Une fois que Cléombrote commença à marcher à l'ennemi, tout d'abord et avant même que ses troupes se fussent aperçues qu'il avait pris le commandement, voici que les cavaliers prirent le contact, et il fallut peu de temps pour que ceux de Lacédémone fussent vaincus ; dans leur fuite ils tombèrent sur leur propre infanterie, et par là-dessus les compagnies thébaines attaquaient. Cependant l'aile où était Cléombrote fut d'abord victorieuse, et voici qui peut en être la preuve manifeste ; c'est qu'il aurait été impossible de le ramasser et de le ramener vivant, si ceux qui combattaient devant lui n'avaient pas eu à un moment l'avantage. 14 Mais quand furent tués Deinon le polémarque et Sphodrias, de la tente royale, avec son fils Cléonymos, les […] et ce qu'on appelle l'escorte du polémarque, alors les autres, bousculés par le nombre, furent repoussés, et l'aile gauche des Lacédémoniens, en voyant l'aile droite reculer, céda ; néanmoins, malgré le nombre de leurs morts et leur défaite, une fois passé le fossé naturel qu'ils avaient devant leur camp, ils mirent l'arme au pied à l'endroit d'où ils s'étaient ébranlés : au reste le camp n'était pas tout à fait dans la plaine, mais plutôt un peu sur la pente. Là-dessus il y eut quelques Lacédémoniens qui, trouvant ce désastre intolérable, déclarèrent qu'il fallait empêcher les ennemis de dresser leur trophée, et aussi essayer de reprendre les morts, non par convention, mais par les armes. 15 Mais les polémarques voyaient que sur l'ensemble des Lacédémoniens il y avait près de mille morts, et que sur les Spartiates proprement dits – qui avaient été présents au nombre de sept cents environ – près de quatre cents étaient tués 89 ; ils se rendaient compte que chez les alliés personne n'avait de cœur à combattre et qu'il y en avait même qui n'étaient pas mécontents de ce qui s'était passé ; aussi réunirent-ils les principaux chefs pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Comme tout le monde fut d'avis de signer une convention pour ramasser les morts, alors ils envoyèrent un héraut pour établir une trêve. Pour les Thébains c'est ce qu'ils attendaient pour élever un trophée, et aussi pour rendre les morts par convention. » Xénophon, Helléniques, VI, 4, 10-15. Pour Aristote, Leuctres n'est pas la seule raison de la fin de l'hégémonie lacédémonienne. C'est l'oliganthropie liée à son système politique et économique. Comme le domaine se transmet selon la loi de primogéniture, les Spartiates, pour ne pas le morceler, s'efforcent de n'avoir qu'un seul fils. Le déclin démographique spartiate commence dès le Ve siècle. Le problème semble se poser dès le VIIIe siècle. Selon la tradition, les Spartiates combattant en Messénie depuis dix ans décidèrent de renvoyer en Laconie les hoplites appartenant aux plus jeunes classes pour assurer la natalité. Il est intéressant de suivre l'évolution du nombre des Spartiates en âge de combattre depuis le temps des premiers rois 90, jusqu'en 241 à l'époque d'Agis IV 91, en passant par l'époque de la deuxième guerre médique (en 480-479) 92, la bataille de Mantinée en 418 93 et Leuctres en 371 94. La cité-État de Sparte se limitait autrefois à la vallée de l'Eurotas. Depuis la conquête de la Laconie et de la plus grande partie de la Messénie, au VIIe siècle, les Spartiates, les seuls à bénéficier de la citoyenneté, conscients de leur infériorité numérique et pour éviter une révolte 95, vivent en territoire conquis comme le ferait une véritable armée d'occupation permanente. Les anciens propriétaires fonciers devenus des hilotes sont astreints au travail sur des terres divisées en lots d'égales dimensions par les nouveaux maîtres qui se consacrent en principe exclusivement à la guerre. Le reste du territoire, en échange d'un tribut, du renoncement à toute indépendance politique et de l'obligation de fournir des contingents aux expéditions militaires des Spartiates, est propriété des périèques, hommes libres habitant à la périphérie du territoire lacédémonien. Plus tard, sans doute au début de la guerre du Péloponnèse, pour pallier l'oliganthropie, devenue une grave menace pour leur politique étrangère et l'existence même de la cité, les Spartiates pénalisèrent les célibataires, accordèrent des avantages aux pères de trois fils et forcèrent les vieux maris à « prêter » leurs jeunes femmes à des hommes jeunes et plus vigoureux et sans enfants 96. Quant au partage des femmes entre frères, une forme de polyandrie, seul Polybe en parle. Sans doute, lorsque des familles étaient ruinées par la concentration des fortunes, des frères, ne pouvant fonder un foyer et se contentaient d'une épouse pour deux. « 6 b Chez les Lacédémoniens, il était d'usage courant depuis des générations qu'une femme appartînt à trois ou quatre hommes, voire même davantage, quand il s'agissait de frères. Les enfants de cette femme étaient alors leur bien commun. C'était aussi un acte méritoire et fréquent que de céder sa femme à un ami, quand on avait eu un nombre suffisant d'enfants. » Polybe, XII, 6 b. La réaction des Spartiates à l'annonce de la défaite de Leuctres est révélatricede cette situation démographique. Les éphores,selon Xénophon, durent la mobilisation générale pour les deux mores 97 qui restaient jusqu'à la quarantièmeclasse qui correspond à celle des hommes de soixante ans. L'envoi d'Archidamos, le fils d'Agésilas, en Béotie est sans doute une opération destinée surtout àfaire croire que le potentiel militaire de Sparte n'est pas atteint… « C'est pourquoi, dans ce pays capable de nourrir quinze cents cavaliers et trente mille hoplites, on ne comptait même pas mille combattants. Les faits eux-mêmes ont rendu évident le vice d'un tel système ; la cité, en effet, n'a pas pu supporter une seule défaite [Leuctres] et elle a péri par disette d'hommes (oliganthropie) » Aristote, Politique, 1270 a 16, trad. J. Aubonnet. Épigramme en distiques élégiaques sur une base (statue ou offrande ?) trouvée dans un faubourg de Thèbes. Elle rappelle qu'Épaminondas n'est pas le seul vainqueur. « Xénocratès, Théopompos, Mnésilaos. Alors que dominait la lance de Sparte, c'est à Xénocratès qu'il revint par le sort de porter à Zeus les trophées, et il ne craignit pas l'armée venue des bords de l'Eurotas ni le bouclier laconien. "Les Thébains sont vainqueurs dans la guerre", annoncent à Leuctres les trophées des lances nicéphores, et nous, nous n'avons pas couru moins vite qu'Épaminondas. » Inscription historique grecque. En tout cas, à Athènes, le héraut thébain venant annoncer la victoire est accueilli dans un silence glacial. Cette victoire d'Épaminondas, brise non seulement l'espoir d'une hégémonie partagée entre Athènes et Sparte, mais, en éliminant pour un temps la menace lacédémonienne, retire à la seconde Confédération athénienne sa raison d'être essentielle. Une coalition est conclue en Sparte et Athènes, contre Thèbes.Pour Xénophon, la paix du Roi servit encore de référence, même s'il ne s'agit pas d'une nouvelle paix commune. Cependant, toujours selon Xénophon, la clause de garantie de la paix n'est plus, cette fois-ci, restrictive. Ainsi les Mantinéens, se considérant comme totalement autonomes, décident de« refaire l'unité de Mantinée et de fortifier la ville » 98. Les Lacédémoniens, malgré l'intervention d'Agésilas auprès des magistrats de la cité, ne peuvent s'y opposer « puisque c'est sur le principe de l'autonomie que la paix était établie ». «IV. 19 […] Pour les Thébains, tout de suite après la bataille ils envoyèrent à Athènes un messager couronné, et,tout en exposant l'importance de la victoire, ils demandèrent du renfort, en disant que c'était le moment de faire payer aux Lacédémoniens tout ce qu'ils avaient fait aux Athéniens. 20 Les Athéniens avaient alors leur Conseil en séance sur l'Acropole. Quand ils eurent entendu ce qui s'était passé, leur vif mécontentement fut visible à tous ; ils n'invitèrent pas le héraut au repas d'hospitalité, et ne donnèrent pas non plus de réponse au sujet du renfort. Pour Athènes, voilà donc comme le héraut en repartit. » Xénophon, Helléniques, VI, 4, 19-20. C'est à ce moment qu'intervient Jason de Phères, le tagos de Thessalie, le dangereux « allié » des Thébains.Son rôle est ambigu. Son arrivée sur le théâtre des opérations est particulièrement révélatrice de son efficacité militaire. Après la demande d'aide des Thébains, il arme des trières comme s'il allait entreprendre une expédition maritime. Or, c'est par voie de terre, avec ses mercenaires et les cavaliers de sa garde, qu'il marche sur la Béotie, surprenant toutes les cités qui ne peuvent réagir, « démontrant ainsi que souvent la vitesse obtient mieux que la force le résultat demandé » 99. En tout cas il est en position d'arbitre, et profitant des positions dominantes qu'iltenait avec ses mercenaires, il impose une trêve, détourne les Thébains de leur projet d'expédition sur Sparte – il ne souhaite pas voir Thèbes s'agrandir –, et permet surtout à Cléombrote et aux survivants de rentrer chez eux avec Archidamos qu'ils rencontreront en Mégaride, privant ainsi les Thébains d'une possibilité d'écrasement total de leurs ennemis. « IV. 25 Telles étaient ses paroles, mais peut-être agissait-il pour que […] ces États ennemis entre eux eussent l'un et l'autre besoin de lui. » Xénophon, Helléniques, VI, 4, 25. En tout cas sa puissance est une menace. Lors de son retour en Thessalie, en Phocide, arrivé à Héraclée, une citadelle lacédémonienne qui commande les passes des Thermopyles, Jason de Phères en détruit les remparts. Ses visées impérialistes sur la Grèce sont évidentes. « IV. 27 […] évidemment il ne redoutait pas que, par ce passage désormais ouvert, on vint attaquer son empire, mais son idée était plutôt d'empêcher qu'un parti, après avoir occupé Héraclée qui commande le défilé, ne lui fît obstacle s'il voulait marcher sur quelque région de la Grèce. » Xénophon, Helléniques, VI, 4, 27. En 370 ses ambitions se font de plus évidentes : il annonce la présence de ses armées aux prochaines fêtes Pythiques et propose de présider les jeux. Au grand soulagement des Grecs, il est assassiné au cours d'une revue de la cavalerie thessalienne. L'accueil de ses meurtriers dans les cités montre la crainte que suscitaient les dangers de l'hégémonie de Jason de Phères 100. « IV. 31 Cet homme donc, arrivé à une telle puissance et avec des projets si nombreux et si considérables, venait un jour de passer une revue et un examen de la cavalerie de Phères : il s'était déjà installé sur son siège et donnait réponse à ceux qui venaient lui adresser quelque requête, quand sept jeunes gens, qui l'abordèrent comme s'ils avaient un différend entre eux, l'égorgent et le massacrent. » Xénophon, Helléniques, VI, 4, 31. Un pacte de paix générale est proposé par les Athéniens qui peuvent se présenter comme les garants de la paix du Roi. Xénophon, après la digression sur la Thessalie revient aux affaires grecques. La mort de Jason laisse aux Thébains les mains libres en Grèce centrale. Ils vont pouvoir intervenir dans le Péloponnèse. « V. 1 […] Quand Archidamos, au retour de l'expédition envoyée à Leuctres, eut ramené l'armée, les Athéniens, qui s'étaient avisés que les Péloponnésiens se croyaient encore obligés de marcher avec les Lacédémoniens, et que ceux-ci n'étaient pas encore dans la situation où ils avaient mis les Athéniens, convoquent des députés de toutes les villes qui veulent prendre part à la paix dont le Roi leur a envoyé les conditions. 2 Une fois qu'ils furent réunis, on arrêta, d'accord avec tous ceux qui voulaient y participer, de prêter un serment dans les termes que voici : "Je m'engage à respecter les clauses du traité mandé par le Roi, et les votes des Athéniens et des alliés. Si quelqu'un marche contre une des villes qui ont prêté serment, je viendrai à son secours avec toutes mes forces." Tous 101 approuvèrent ce serment, sauf les Éléens qui opposèrent qu'il ne fallait pas donner l'autonomie aux gens de Margana, à ceux de Scillous, et aux Triphyliens : car ces villes étaient à eux. 3 mais les Athéniens et les autres votèrent, conformément au rescrit du Roi, l'autonomie aussi bien pour les petites que pour les grandes cités ; puis on envoya les commissaires qui devaient recueillir les serments, et on leur donna mission de faire jurer dans chaque cité les principaux magistrats ; et tout le monde jura, sauf les Éléens. » Xénophon, Helléniques, VI, 5, 1-3. Haut de page.
370-369. À Tégée le parti de Callibios et de Proxénos souhaitent « à faire un seul État de toute la nation arcadienne » 102. Les partisans de Sparte sont chassés par les Mantinéens et les Tégéates. Le rôle des Mantinéens dans la constitution de la Confédération arcadienne sert de prétexte aux Lacédémoniens : Mantinée a violé le pacte « en marchant en armes contre les Tégéates » 103. Ils envoient Agésilas en Arcadie à la demande des bannis. Les Thébains ont fait leur jonction avec les Arcadiens. C'est la première expédition d'Épaminondas dans le Péloponnèse. Pour la première fois de leur histoire les Spartiates voient les feux de l'armée ennemie sur leurs terres : la Laconie est envahie.
« V. 27 […] Et ils commencèrent par brûler et par piller Sellasie ; une fois qu'ils arrivèrent en plaine au sanctuaire d'Apollon, ils y campèrent ; et le lendemain ils se remirent en route. Ils n'essayèrent même pas de franchir le pont pour pénétrer dans la ville, car on voyait dans le sanctuaire d'Aléa les hoplites qui leur faisaient front ; mais, gardant sur leur droite l'Eurotas, ils le longèrent en brûlant et pillant des maisons pleines de biens en abondance. 28 En ville cependant les femmes ne supportaient même pas le spectacle de la fumée, car elles n'avaient jamais vu d'armée ennemie ; quant aux Spartiates, qui avaient à garder une ville sans remparts 104, postés chacun à un endroit différent,malgré leur petit nombre réel aussi bien qu'apparent, ils montaient la garde.Les magistrats décidèrent d'aller jusqu'à annoncer par proclamation aux hilotes que, s'il y en avait qui voulaient se laisser armer et prendre rang, ils recevraient des garanties assurant la liberté pour tous ceux qui prendraient part à la lutte. 29 Et pour commencer, il y en eut, dit-on, plus de six mille enrôlés, si bien que, par réaction, ils inspirèrent des craintes une fois qu'on les vit tous ensemble, et qu'on les trouva trop nombreux ; mais comme les mercenaires venus d'Orchomène restaient fidèles, et que les Lacédémoniens avaient reçu des secours de Phlious, de Corinthe, d'Épidaure, de Pellène, et de quelques autres villes alliées, alors ils se mirent à avoir moins peur des hilotes enrôlés. […] 31 Les cavaliers de Lacédémone, qui se montraient en petit nombre, étaient rangés en face d'eux ; mais on avait établi en embuscade environ trois cents hoplites des plus jeunes classes dans la maison des Tyndarides, et, en même temps que ceux-ci sortaient au pas de course, les cavaliers chargèrent. Les ennemis, au lieu de tenir bon, cédèrent ;à cette vue, beaucoup de fantassins à leur tour se mirent à fuir précipitamment. Mais comme les poursuivants s'étaient arrêtés et que le contingent thébain ne bougeait pas, alors ils revinrent s'établir au camp. » Xénophon, Helléniques, VI, 5, 27-31. « Épaminondas, entré dans la Laconie, y eut tant d'avantages, qu'il ne tint qu'à lui de prendre Sparte. Mais changeant de sentiment, il se retira, sans avoir touché à la ville. Ses collègues menaçaient de le faire condamner. Mais leur montrant les alliés, c'est-à-dire les Arcadiens, les Messéniens, les Argiens, et les autres du Péloponnèse :"Voyez-vous ces gens, leur dit-il ; ce serait contre eux qu'il faudrait combattre, si nous ruinions entièrement les Lacédémoniens ; car s'ils sont unis à nous pour abaisser Lacédémone, ils seraient très fâchés que cette union servît à l'agrandissement de Thèbes." » Polyen, Stratagèmes, II, 3, trad. Dom. Gui-Alexis Lobineau. Haut de page. 369. Libération de la Messénie et fondation de Messène 105. Elle est fortifiée par Épaminondas selon les procédés les plus récents, assurant ainsi l'indépendance des Messéniens. La perte de plus de la moitié de son territoire et donc d'une grande partie de ses ressources signifie la fin de l'hégémonie des Lacédémoniens dans le Péloponnèse. « 3 À présent comme le songe l'avait montré à Épaminondas, les Dioscures ne s'opposaient plus au retour des Messéniens. 4 Surtout, ce sont les oracles de Bakis qui poussèrent Épaminondas à cette fondation. Possédé par lesNymphes, Bakis avait prophétisé sur diverses affaires des Grecs et notamment sur le retour des Messéniens : "Alors, en vérité, le magnifique éclat de Sparte périra et, à nouveau, Messène sera habitée, pour toujours"… 5 Lorsque l'emplacement où les Messéniens ont à présent leur cité lui eut apparu approprié à une fondation, Épaminondas demanda aux devins d'examiner si la volonté des dieux s'accorderait à la sienne, dans ce choix. Quand ceux-ci lui dirent que les offrandes étaient agrées, il prépara la fondation de la manière suivante. Il ordonna d'apporter des pierres et envoya chercher des hommes possédant l'art de découper les voies de passage, de construire maisons et sanctuaires, de les entourer d'une enceinte. 6 Dès l'instant que tout fut prêt et que les Arcadiens eurent fourni les victimes, Épaminondas lui-même ainsi que les Thébains sacrifièrent de façon traditionnelle à Dionysos et Apollon Isménios, les Argiens à Héra Argéia et à Zeus Néméen, les Messéniens au Zeus de l'Ithôme et aux Dioscures, et leurs prêtres aux Grandes Déesses et à Kaukôn. Puis, en commun, ils invoquèrent des héros pour qu'ils reviennent habiter avec eux, d'abord Messène et Aipytos ; mais plus que tout autre ils invoquèrent Aristoménès. 7 Si ce jour fut consacré aux sacrifices et aux prières, les jours suivants ils assemblèrent le mur d'enceinte et, à l'intérieur, construisirent des maisons et les sanctuaires. Ils travaillèrent au seul son des hautbois [auloi] béotiens et argiens, et les rythmes de Sacadas et de Pronomos entrèrent en vive compétition. À la cité elle-même, ils donnèrent le nom de Messène, mais ils fondèrent aussi d'autres villes. 8 Ils ne chassèrent pas les Naupliens de Mothônè et autorisèrent les gens d'Asinè à rester sur le territoire, se souvenant de leur bon service lorsqu'ils avaient refusé de se battre contre eux aux côtés des Lacédémoniens. Au retour des Messéniens, les gens de Nauplie les accueillirent avec les présents dont ils disposaient et, tout en adressant d'incessantes prières aux dieux pour le retour des Messéniens, ils usaient de supplications envers ceux-ci pour leur propre salut. » Pausanias, IV, 27, 3-8. Les ennemis immédiats de Sparte deviennent de plus en plus nombreux, comme les Argiens, les Éléens – qui se détachent eux aussi des Lacédémoniens –, et les Arcadiens 106. Le rôle des Thébains dans l'encerclement des Lacédémoniens est là aussi essentiel et montre qu'ils aspirent à l'hégémonie. La fondation, en 368, par Épaminondas, de Mégalopolis 107, qui doit servir de capitale à la ligue arcadienne, fait partie de cette stratégie. Dès le début de l'invasion thébaine, les Lacédémoniens avaient demandé du secours aux Athéniens. Les députés lacédémoniens 108, Cleitélès de Corinthe ont tenté, chacun à leur tour en multipliant les arguments historiqueset politiques, de persuader les Athéniens qui hésitent à intervenir contre Thèbes : l'intérêt d'Athènes – c'est aussi l'avis de Callistratos –, est d'aider les Lacédémoniens, eux qui ont combattu aux Thermopyles contre les Barbares et qui ont refusé, malgré les Thébains, d'anéantir Athènes après Aïgos-Potamos. « V. 39 Dans ces conditions, je [Cleitélès] trouve, pour ma part, que ce n'est pas tant aux Lacédémoniens que vous rendriez service en entrant en campagne, qu'à vous-mêmes. Si les Thébains,qui ne vous aiment pas, et qui habitent à votre frontière, devenaient maîtres de la Grèce, vous vous verriez dans une situation beaucoup plus difficile, jepense, que lorsque vos rivaux étaient loin de vous. Et l'occasion serait assurément plus favorable pour venir au secours des Lacédémoniens, en un temps où vous avez encore des gens pour combattre avec vous que si, après leur anéantissement, vous étiez seuls à devoir engager une lutte décisive contre les Thébains. » Xénophon, Helléniques, VI, 5, 39. Les Athéniens envoient Iphicrate. Mais ces « hésitations », volontaires 109 ou non, effet ou non d'une sagesse militaire ou bien politique, en tout cas critiquées par Xénophon, font que lesThébains peuvent rentrer chez eux sans être inquiétés, leur campagne éclair terminée. Finalement, les Athéniens et les Lacédémoniens, après les discours de Proclès de Phlious 110 et de Képhisodotos, concluent, ayant réussi à ménager toutes les susceptibilités, une alliance et se partagent la direction des opérations militaires : « chacun des deux peuples prendrait le commandement tousles cinq jours » 111. L'échec d'Épaminondas devant Corinthe « ranima le courage des alliés des Lacédémoniens » 112. Le rôle de Chabrias, le stratège athénien, et de ses mercenaires fut important. L'arrivée des secours de Denys – plus de vingt trières amenant des Celtes, des Ibères et cinquante cavaliers environ –, forcent les Thébains à se retirer. « LXX. 1 Deux mille Celtes et Ibères quittèrent la Sicile et cinglèrent vers Corinthe ; le tyran Denys les avait envoyés au secours des Lacédémoniens et leur avait donné cinq mois de solde. Les Grecs, qui voulaient les mettre à l'épreuve, les placèrent en première ligne : ils montrèrent leur bravoure dans les engagements et les combats et infligèrent de lourdes pertes aux Béotiens et à leurs alliés. On leur reconnut un savoir-faire et un courage exceptionnels et ils rendirent bien des services ; les Lacédémoniens leur décernèrent des honneurs quand, à la fin de l'été ils repartirent pour la Sicile. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 70, 1. Haut de page. 368. Lycomédès renforce la confédération arcadienne. En effet, la menace spartiate ayant disparu, les Arcadiens, qui ont des problèmes territoriaux avec les Éléens, supportent deplus en plus difficilement d'être sous la domination thébaine. La conférence de Delphes réunissant, à l'initiative de Philiscos d'Abydos envoyé par Ariobarzane, les Thébains, leurs alliés, et les Lacédémoniens, échoue déjà sur le problème de la Messénie que ces derniers veulent récupérer. « LXX. 2 Ensuite, Philiscos fut envoyé en mission par le roi Artaxerxès et cingla vers la Grèce : il invita les Grecs à mettre fin aux guerres et à conclure une paix commune. Tous écoutèrent ce message avec joie, mais les Thébains furent laissés à l'écart parce qu'ils étaient décidés à maintenir la Béotie tout entière unifiée en une ligue tributaire 113. Renonçant à la paix commune, Philiscos laissa aux Lacédémoniens deux mille mercenaires d'élite dont la solde était payée et s'en retourna en Asie. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 70, 2. Cette aide d'Ariobarzane suscite la méfiance du Roi. Ce dernier craint que son satrape, préparant une révolte, cherche des appuis politiques et militaires auprès des Lacédémoniens. Ce soupçon, on le verra, mettra les Thébains en position favorable, lors des négociations de Suse en 367 114. Haut de page. 368-367. La victoire Thébaine de Leuctres modifie, non seulement l'importance et le rôle de la seconde Confédération, mais aussi les relations entre Athènes et la puissante Syracuse, alliée traditionnelle de Sparte par ses origines et l'histoire récente : les Athéniens, devant la menace d'une hégémonie thébaine, se sont rapprochés des Lacédémoniens. Les Athéniens déploient une grande activité diplomatique en vue d'un traité de paix qui sera conclu en 367 115. Le décret qui suit, inscrit sur une stèle très abîmée, fait partie de cette campagne diplomatique, au moment même où commence la quatrième guerre entre Carthage et Syracuse 116. Les Athéniens et les alliés décernent l'éloge à celui qu'Isocrate appelle le « tyran de Sicile », qu'Aristote définit comme un « dynaste » et qui « régna » avec le soutien du démos et en s'appropriant les biens des riches. Les inscriptions suivantes le qualifient d' « archonte de Sicile » – c'est d'ailleurs en ces termes que les décrets qualifient souvent les tyrans quand il s'agit de les courtiser, comme ceux du Bosphore si importants pour Athènes et son ravitaillement en blé. En tout cas ces efforts diplomatiques seront inutiles,puisque Denys l'Ancien 117 meurt en 367 après avoir obtenu et trop fêté le premier prix de tragédie pour sa pièce Le Rachat d'Hector 118. « Sous l'archontat de Lysistrate, alors que la tribu Érechtéïs exerçait la dixième prytanie, pour laquelle Exékestos fils de Paionidas d'Aizanie était secrétaire ; pour ses collègues du bureau, Euaggélos a mis aux voix […], Pandios a fait la proposition ; pour répondre à ce qu'ont dit les ambassadeurs envoyés par Denys, il a plu au conseil : au sujet des lettres que Denys a envoyées à propos de la reconstruction du temple 119 et sur la paix, que les alliés délibèrent et présentent au peuple un décret pour dire ce qui leur paraîtra, après délibération, être le meilleur, que les membres du bureau introduisent les ambassadeurs devant le peuple à la première assemblée après avoir convoqué les alliés, qu'ils fassent délibérer sur ce qu'ils disent,et présentent au peuple la résolution du conseil, à savoir qu'il plaît au conseil d'accorder l'éloge à Denys, chef de la Sicile et aux fils de Denys, Denys et Hermocritos, parce qu'ils se conduisent bien à l'égard du peuple des Athéniens et des alliés et qu'ils soutiennent la paix du Roi qu'ont conclue les Athéniens, les Lacédémoniens et les autres Grecs ; que soit envoyée à Denys la couronne que le peuple a offerte par décret, et que les fils de Denys soient couronnés d'une couronne d'or, chacune de mille drachmes, pour que soient reconnues leurs qualités et leur amitié ; que Denys et ses fils soient athéniens 120, eux et leurs enfants, appartenant à la tribu, au dème et à la phratrie qu'ils voudront ; que les prytanes de la tribu Érechtéïs mettent aux voix sur ce point […], qu'ils aient accès au conseil et au peuple tout de suite après qu'auront été traitées les affaires sacrées ; que les stratèges et les prytanes fassent en sorte que cela se fasse […] que le secrétaire inscrive ce décret. » Inscription historique grecque. Le texte du décret suivant gravé sur une stèle de marbre trouvée sur l'Acropole est celui du serment d'alliance entre les Athéniens et Denys de Syracuse évoqué plus haut. Il est intéressant de noter, comme le fait Jean-Marie Bertrand, que les Syracusains paraissent rester indépendants de la personne même de« l'archonte de Sicile » puisque les magistrats et le conseil doivent prêter serment séparément. « Sous l'archontat de Nausigénès, sous la prytanie de la tribu Aiantis qui était la septième, Moschos de Kydarthénée était secrétaire, trente-deuxième jour de la prytanie, pour les membres du bureau, […] fils de Daippos de Marathon, a mis aux voix ; il a plu au peuple, Pandios a fait la proposition : à la bonne fortune des Athéniens, plaise au peuple que reçoive l'éloge Denys, chef de la Sicile, parce qu'il se conduit bien à l'égard du peuple athénien et des alliés ; qu'il soit avec ses enfants, allié du peuple des Athéniens pour l'éternité, en ces termes : si quelqu'un s'attaque au territoire des Athéniens par terre ou par mer, Denys et ses enfants viendront au secours des Athéniens comme ceux-ci le demanderont, par terre comme par mer, avec toutes leurs forces, autant que faire se pourra ; et si quelqu'un s'attaque à Denys ou à ses enfants ou à ceux que commande Denys, par terre ou par mer, que les Athéniens viennent à leur secours, par terre ou par mer, avec toutes leurs forces, autant que faire se pourra ; qu'il ne soit pas permis à Denys et à ses enfants de porter les armes contre le territoire des Athéniens pour leur faire tort, ni par terre ni par mer ; qu'il ne soit pas permis aux Athéniens de porter les armes contre Denys, ni contre ses enfants, ni contre ceux que commande Denys, pour leur faire du tort, ni par terre ni par mer ; que reçoivent le serment d'alliance les ambassadeurs venus de la part de Denys, que le prononcent le conseil et les stratèges, les commandants de cavalerie et d'infanterie ; que le prononcent Denys, les magistrats et le conseil des Syracusains, les stratèges, les stratèges et les commandants de trières ; que chacun prononce le serment habituel ; que reçoivent le serment les ambassadeurs qui prendront la mer pour la Sicile ; que le secrétaire du conseil grave ce décret sur une stèle de pierre et la place sur l'Acropole, que, pour la gravure, le trésorier du peuple donne 30 drachmes. » Inscription historique grecque. Haut de page. 367. Le congrès de Suse intervient après l'arrivée de nouveaux secours envoyés par Denys et la victoire des Lacédémoniens sur les Arcadiens, à Eutrésis, en 368. « LXXII. 3 Peu de temps après, il yeut une grande bataille entre les Lacédémoniens et les Arcadiens ; les Lacédémoniens remportèrent une éclatante victoire. Depuis la défaite de Leuctres, c'était leur premier succès, et il était surprenant ; plus dedix mille Arcadiens périrent mais aucun Lacédémonien. Les prêtresses de Dodone leur avaient prédit que cette guerre serait pour les Lacédémoniens "une guerre sans larmes". 4 Après cette bataille, les Arcadiens, par crainte des invasions lacédémoniennes, fondèrent dans un endroit bien situé une cité nommée Mégalopolis ; ils l'avaient créée en unissant vingt cantons, habités par des populations arcadiennes, les Ménaliens et les Parrhasiens. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 72, 3-4. « I. 32 […] Au reste le malheur des Arcadiens ne fit guère plus de plaisir aux Lacédémoniens qu'aux Thébains et aux Éléens ; tellement ces derniers étaient, dès cette époque, las de leur insolence. » Xénophon, Helléniques, VII, 1, 32. Les Thébains, pour s'emparer de l'hégémonie,décident d'envoyer une ambassade auprès du Roi. Ils pensent trouver en lui un allié, Artaxerxès se méfiant des relations tissées entre son satrape Ariobarzane et les Lacédémoniens. Selon la version de Xénophon, les Thébains prièrent les alliés de les accompagner, mais il semble bien que les Lacédémoniens soient à l'origine de cette initiative et qu'ils se trouvaient déjà auprès du Roi quand les Thébains décidèrent d'envoyer Pélopidas. L'historien précise, en contradiction avec ces premiers propos, qu' « Euthyclès de Lacédémone était auprès du Roi » 121. Quoi qu'il en soit Pélopidas se trouve être en position favorable. Il peut, dans ces conditions, faire valoir que « seuls parmi les Grecs, les Thébains avaient combattu avec le Roi à Platées » 122. « I. 36 Là-dessus, quand le Roi demanda à Pélopidas comment il voulait qu'on rédigeât le traité à son avantage, il répondit : "Les Lacédémoniens laisseront à Messène son autonomie ; les Athéniens mettront leurs vaisseaux au sec : s'ils n'acceptent pas ces conditions, on marchera contre eux ; si quelque cité refuse de prendre part à l'expédition, c'est contre elle qu'on marchera d'abord. » Xénophon,Helléniques, VII, 1, 36. Mais cette paix sera un échec. Les serments ne seront recueillis ni au congrès de Thèbes, en 366, où les Grecs ont été convoqués, ni par les députés thébains envoyés auprès des cités en leur demandant de jurer qu'elles agiraient conformément au rescrit royal. « I. 40 […] Cette fois donc, voilà comment Pélopidas et les Thébains virent échouer leur manœuvre d'hégémonie » Xénophon, Helléniques, VII, 1, 40. Pour Pierre Carlier, « le Roi ne fait plus peur, Thèbes non plus. Les Grecs ne jugent pas nécessaire de faire semblant d'obéir » 123. En tout cas, les Thébains, n'ayant plus confiance dans les Arcadiens, les menacent directement en envahissant l'Achaïe, et cela avant la fin des négociations de Thèbes. Phlionte restée fidèle à Sparte reçoit l'appui du stratège athénien Charès. Haut de page. 366-365. Timothée intègre Samos à la seconde Confédération, après un siège de près d'un an, en366-365. Il y installe une clérouquie. Il prend la Chalcidique, en 364, Potidée, en 361. Ce sont les signes d'un retour aux pratiques impérialistes du Ve siècle dont les conséquences seront graves pour Athènes 124 : la nécessité de la seconde Confédération devient de moins en moins évidente… Mais, même si Paros se révolte en 373, Kéos, en 365, les menaces sont encore lointaines... La flotte athénienne est bien encore maîtresse de la mer Égée. « 107 Ce que je puis dire de plus général sur Timothée et qui porte le mieux sur l'ensemble de ses actions, c'est qu'il a conquis de vive force autant de villes qu'a jamais fait aucun général,soit de notre pays, soit du reste de la Grèce, et, parmi elles, des villes dont la conquête a obligé tout le territoire environnant à se soumettre à notre cité, tant chacune avait d'importance. 108 Qui ne connaît la position particulièrement avantageuse et utile de Corcyre au voisinage du Péloponnèse, celle de Samos en Ionie, celle de Sestos et de Crithotè sur l'Hellespont, celle de Potidée et de Toronè en Thrace ? Or toutes ces villes, Timothée les a soumises et vous les a données, sans dépenses considérables, sans tourmenter les alliés déjà existants, sans vous forcer à verser de fortes contributions. 109 Dans son expédition autour du Péloponnèse, pour laquelle l'État ne lui avait donné que treize talents et cinquante trières, il s'est emparé de Corcyre, cité qui possédait quatre-vingt trières ; et dans le même temps, il a vaincu sur mer les Lacédémoniens et les a contraints à conclure une paix par laquelle la situation des deux États a si bien été modifié 110 que, depuis ce jour, nous offrons chaque année un sacrifice en l'honneur de cette paix que nous regardons comme la plus avantageuse qu'ait jamais eue Athènes, et que, depuis ce moment, on n'a pas vu les Lacédémoniens faire naviguer leur flotte en deça du cap Malée ni faire passer l'Isthme à une armée, ce en quoi l'on pourrait reconnaître la cause de leur défaite deLeuctres 125. » Isocrate, Sur l'échange, 107-110, trad. G. Mathieu. Plus loin, Isocrate montre en quoi Timothée l'emporte sur les autres stratèges « 117 […] il montrait son habileté dans les actes mêmes où le bon général doit prouver son intelligence. Quels sont-ils et quelle en est l'importance ? Il faut le dire, non pas en un mot, mais avec précision. Tout d'abord reconnaître contre qui il faut faire la guerre et quels alliés on doit acquérir ; c'est le principe du métier de général ; et qui se trompe sur ce point, fera nécessairement une guerre désavantageuse, difficile et superflue. 118 Pour décider de cela, non seulement personne ne l'a égalé, mais nul ne même ne l'a approché. Ses actes le font facilement reconnaître […]. 119 En second lieu, que doit faire le bon général ? Recruter une armée qui convienne bien à la guerre entreprise, l'organiser et l'employer de façon utile. Qu'il sût bien l'employer, les faits mêmes l'ont prouvé. Que, pour faire des préparatifs superbes et dignes de notre pays, il a été supérieur à tous, même un de ses ennemis n'oserait pas dire le contraire. » Isocrate, Sur l'échange, 117-119. Les Perses, jouant leur éternel jeu de bascule, font des concessions aux Athéniens.Les droits athéniens sur Amphipolis sont reconnus. Ils ont peur de leur intervention éventuelle auprès des satrapes révoltés, possibilité qu'un des ambassadeurs athéniens, Léon 126, avait laissé entrevoir, comme une menace, lors du congrès de Suse. En même temps ils poussent les Thébains, pour faire contrepoids à cette hégémonie maritime athénienne, à construire une flotte pour intervenir en mer Égée. C'est le début de la rivalité de Thèbes et d'Athènes sur mer. Épaminondas persuade ses concitoyens de l'utilité de cette entreprise. « LXXIII. 4 […] le Thébain Épaminondas, qui jouissait d'un très grand prestige auprès de ses concitoyens, les convoqua en assemblée et prononça devant eux un discours qui les exhortait à tout faire pour établir leur hégémonie sur mer. Au cours de cette harangue qu'il méditait depuis longtemps, il s'efforça de montrer que cette entreprise était à la fois utile et possible ; il allégua en particulier qu'il est facile d'acquérir la maîtrise de la mer quand on est la plus grande puissance terrestre :lors de la guerre contre Xerxès, par exemple, les Athéniens qui alignaient à eux seuls deux cents navires étaient placés sous le commandement des Lacédémoniens qui n'en fournissaient que dix. Il développa beaucoup d'autres arguments en faveur de sa thèse et persuada les Thébains de tout faire pour obtenir la maîtrise de la mer. LXXIX. 1 Aussitôt, le peuple décida par un vote de construire cent trières et un même nombre de loges pour vaisseaux et d'engager Rhodes, Chios et Byzance à l'aider à réaliser ses desseins. Épaminondas fut lui-même envoyé avec des forces armées auprès des cités nommées plus haut, tandis que le stratège athénien Lachès, à la tête d'une escadre considérable, avait pour mission d'empêcher les Thébains d'agir. Épaminondas le frappa de terreur, l'obligea à quitter les lieux et acquit les cités à Thèbes 127. 2 Si ce grand homme avait vécu plus longtemps, les Thébains, de l'avis de tous, auraient acquis, en plus de l'hégémonie sur terre, la maîtrise de la mer.Et quand, peu après, il mourut héroïquement en donnant à sa patrie l'éclatante victoire de Mantinée, aussitôt la grandeur de Thèbes périt avec lui. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 78, 4-79, 2. Haut de page. 365-363. La présence des Thébains dans le Péloponnèse pousse les Corinthiens à conclure, après en avoir averti les Lacédémoniens, une paix séparée avec Thèbes. En revanche, les relations avec leurs alliés arcadiens, en conflit avec les Éléens à propos du sanctuaire d'Olympie, deviennent de plus en plus difficiles. L'utilisation parles magistrats arcadiens – de tendance démocratique –, des richesses du sanctuaire pour payer les troupes d'élite des éparites est à l'origine de dissentiments dans la ligue arcadienne, en 363, sur fond de stasis. La décision de non utilisation des biens sacrés par l'Assemblée des Dix-Mille est à l'origine de transformations politiques. Ceux qui ne pouvaient, sans solde, faire partie des éparites doivent se disperser – sans doute pour s'engager comme mercenaires –, tandis que les plus riches entrent dans le corps d'élite. La tendance est nettement oligarchique. Les nouveaux dirigeants font la paix avec les gens d'Élis. Mais ceux qui avaient utilisé les biens sacrés savaient que, s'ils devaient rendre des comptes, ils risquaient la mort. Ils demandent aux Thébains d'envoyer des troupes car, disent-ils, les Arcadiens recommencent à laconiser… « IV. 35 Pendant que les Thébains préparaient leur expédition, ceux qui veillaient le mieux aux intérêts du Péloponnèse 128 persuadèrent la ligue arcadienne d'envoyer des députés pour déclarer aux Thébains de ne pas venir en armes en Arcadie, à moins d'y être invités ; et, tout en faisant porter cet avis aux Thébains, ils s'avisaient qu'ils n'avaient pas besoin de faire la guerre. en effet, la présidence du sanctuaire de Zeus ne leur était en rien nécessaire, pensaient-ils : bien au contraire ils agiraient avec plus de justesse et de piété en la restituant ; quant au dieu, il serait, à leur avis, plus satisfait de cette façon. Comme les gens d'Élis avaient le même désir, les deux partis décidèrent de faire la paix : un traité fut signé. » Xénophon, Helléniques, VII, 4, 35. Haut de page. 364-362. Mort de Pélopidas en Thessalie 129. Épaminondas en Égée. Son but est de détacher Athènes de ses alliés. Mais, seule Byzance abandonne la seconde Confédération athénienne. La défection de Céos est provoquée par la présence des trières d'Épaminondas dans les eaux de l'île : elle passe dans le camp thébain. Chabrias la reprend en 363. Après son bref passage, une nouvelle révolte éclate annulant les accords qui venaient d'être conclus. Elle sera durement réprimée par Aristophon envoyé par Athènes pour rétablir l'ordre. Un autre traité est alors signé en 362. Malgré ces vicissitudes qui annoncent la « guerre des Alliés », pour l'instant l'empire, ou plus exactement la seconde Confédération, garde sa cohésion et assure toujours le ravitaillement d'Athènes et permet surtout de financer la guerre. Le décret suivant, relativement difficile à interpréter, gravé sur une stèle de marbre trouvée sur l'Acropole d'Athènes, concerne la « normalisation » des relations entre Ioulis – une des quatre cités de Céos d'où était partie la dissidence –, et Athènes dont la façon de percevoir les « contributions » devient de plus en plus autoritaire et annonce la « guerre des Alliés ». « Dieux Sous l'archontat de Charicleidès, la tribu Aiantis exerçait la prytanie ; Nicostratos de Pallène était secrétaire, Philittios des Boutades était président ; il a plu au conseil et au peuple, Aristophanès a fait la proposition : attendu que les habitants de Ioulis que les Athéniens ont ramené chez eux ont signalé que la cité des Ioulis devait à la cité des Athéniens trois talents de l'argent compté dans le décret du peuple des Athéniens qu'avait proposé Ménéxénos, plaise au peuple que les gens de Ioulis remettent aux Athéniens cet argent du mois Skiophorion de l'archontat de Charicleidès ; s'ils ne remettent pas cet argent au moment indiqué, que viennent le percevoir chez eux les agents choisis par le peuple pour percevoir, de la façon qu'ils connaissent, l'argent dû, auprès des insulaires, que fassent la perception avec eux les stratèges de Ioulis, Échétimos, Nicoléôs, Satyros, Glaucôn et Héracleidès ; pour que les serments et les accords qu'a établis le stratège Chabrias et qu'il avait jurés aux Céens pour les Athéniens et les Céens que ramenaient les Athéniens soient valides, que les stratèges de Ioulis dont il est dit dans ce décret qu'ils doivent participer à la perception de l'argent, les fassent inscrire sur une stèle de pierre et placer dans le sanctuaire d'Apollon Pythien, comme ils sont gravés à Carthaia et que le secrétaire du conseil les inscrive sur une stèle de la même façon, et la place sur l'Acropole, que le trésorier du peuple donne pour cela 20 drachmes sur les crédits réservés aux décrets. Attendu que les gens de Ioulis qui n'ont pas respecté les serments et les traités, qui ont combattu contre le peuple des Athéniens, les Céens et les autres alliés, qui ont été condamnés à mort, sont allés à Céos et ont renversé les stèles sur lesquelles étaient inscrits les traités avec les Athéniens et les noms de ceux qui ne respectaient pas les serments, et qu'ils ont tué certains des amis des Athéniens que le peuple avait ramenés, condamné d'autres à mort et confisqué les biens de Satyridos, Timoxénos et Miltiade en contravention avec les serments et les traités, parce qu'ils avaient été les accusateurs d'Antipater, lorsque le conseil le condamna à mort pour avoir tué l'hôte officiel des Athéniens A[…]ision en contravention avec les décrets du peuple des Athéniens et n'avoir pas respecté les serments et les accords, qu'ils soient bannis de Céos et d'Athènes et que leurs biens soient confisqués au profit du peuple de Ioulis ; que les stratèges de Ioulis qui séjournent en ce moment à Athènes inscrivent leur noms aussitôt en présence du secrétaire du peuple ; si tel des inscrits conteste faire partie de ces gens-là, qu'il lui soit permis, après avoir fourni des garants, de se présenter dans les trente jours devant les stratèges de Ioulis pour être juger Céos ou devant le conseil appelé à juger à Athènes ; que Satyridès, Timoxénos et Miltiade aillent à Céos recouvrir leur propriété ; que reçoivent l'éloge ceux des gens de Ioulis qui sont venus à Athènes, Démétrios, Héracleidès, Échétimos, Calliphantos, et aussi Satyridès, Timoxénos et Aglokritos, et qu'ils soient invités au prytanée pour le repas de demain. Voici ce qu'ont établi et juré les stratèges des Athéniens et les alliés pour les villes de Céos : je ne garderai pas souvenir, ni ne ferai mémoire des maux causés par quiconque s'est attaqué aux Céens, et je ne tuerai ni n'exilerai aucun des Céens qui restent fidèles aux serments et aux accords, mais je les introduirai dans l'alliance comme les autres alliés ; si quelqu'un agit àCéos de façon à être en contravention avec les serments et les accords, je ne le laisserai pas faire, ni par art, ni par machination aucune, autant que faire se pourra ; si quelqu'un ne veut pas rester à Céos, je le laisserai habiter où il le désire dans les villes alliées, en lui laissant la jouissance de ses propriétés ; je resterai fidèle à ces stipulations, par Zeus,Athéna, Poséidon, Déméter. Si je reste fidèle à mes serments, qu'il m'en advienne beaucoup de bien, sinon des maux. Serments et accords des villes de Céos envers les Athéniens, les alliés et les Céens qu'ont ramenés les Athéniens ; je serai allié des Athéniens et des alliés et n'abandonnerai pas les Athéniens et les alliés, ni de mon propre mouvement, ni en obéissant à quelqu'un d'autre, autant que faire se pourra ; tous les procès publics ou privés qui porteront sur plus de cent drachmes, je les ferai juger selon les traités […]. Si je respecte ce serment [par Zeus, Athéna, Poséidon Déméter], qu'il m'en advienne du bien sinon des maux. [Serment des Céens qu'ont ramenés les Athéniens...] : je ne rappellerai pas quels maux […]. »» Inscription historique grecque. Haut de page.
362. Thèbes ne peut tolérer la paix signée entre les Arcadiens et les Éléens. Une paix séparée est interdite par les accords qui lient les Arcadiens aux Thébains. Thèbes se doit de réagir. Le coup de force du « Thébain » à Tégée, le chef de la garnison,annonce l'expédition d'Épaminondas dans le Péloponnèse.
« IV. 36 Après l'échange des serments 130, jurés par tout le monde et en particulier par les Tégéates et le Thébain lui-même, qui se trouvait à Tégée avec trois cents hoplites de Béotie, tandis que les Arcadiens qui y avaient prolongé leur séjour se trouvaient à un banquet où ils faisaient bonne chère en répandant des libations et en chantant des péans pour célébrer l'établissement de la paix, le Thébain et ceux des magistrats qui craignaient les comptes qu'ils auraient à rendre 131, avec l'aide des Béotiens et ceux des éparites qui partageaient leurs sentiments, ferment les portes du rempart de Tégée, et ils envoient, auprès des dîneurs sous la tente, des gens qui arrêtent les plus notables. Et sans doute, comme il y avait là des Arcadiens venus de toutes les villes, et tous avec la volonté de maintenir la paix, le nombre des gens arrêtés fut forcément grand, si bien qu'il ne leur fallut pas longtemps pour remplir la prison, puis la maison de ville. 37 Beaucoup se trouvaient incarcérés, mais beaucoup s'étaient enfuis en sautant le mur, et il y en avait même qu'on avait laissé passer parles portes de la ville – car personne n'avait de ressentiment contre eux, sinon ceux qui craignaient de subir un mauvais sort – ; mais ce qui déconcerta surtout le Thébain et ceux qui agissaient de concert avec lui, c'est que, des gens de Mantinée, dont ils désiraient particulièrement la capture, un petit nombre seulement était en leur pouvoir ; car, grâce à la proximité de leur ville, presque tous étaient repartis chez eux. 38 Quand le jour vint, et que les gens de Mantinée furent mis au courant de la situation, ils députèrent aussitôt vers les autres cités d'Arcadie, en leur recommandant de se tenir en armes et de garder les passages. Eux-mêmes en firent autant, cependant qu'ils députaient à Tégée pour réclamer tous ceux des gens de Mantinée qui y étaient gardés ; quant aux autres Arcadiens, ils n'admettaient pas, déclarèrent-ils, qu'un seul fût détenu ou exécuté sans procès ; et s'il en avait qui fussent sous le coup d'une accusation, ils annoncèrent solennellement que la cité de Mantinée s'engageait à déférer devant l'Assemblée de la Ligue tous ceux qui y seraient cités. 39 En recevant ce message, le Thébain, ne sachant comment se tirer d'affaire, fait libérer tout le monde. Le lendemain il convoqua les Arcadiens – tous ceux du moins qui acceptèrent de se rassembler –, et il entreprit de se justifier en prétextant qu'il avait été trompé : il avait entendu dire, prétendit-il, que les Lacédémoniens étaient en armes sur la frontière, et que certains Arcadiens étaient prêts à lui livrer Tégée. Après l'avoir entendu, lui, quoiqu'on sût parfaitement qu'il mentait au sujet des Arcadiens, on le laissa partir ; mais on envoya à Thèbes des députés qui l'accusèrent en demandant qu'il fût exécuté. 40 Épaminondas – il se trouvait être alors général –, répondit, à ce qu'on raconte, que l'autre avait beaucoup mieux agi lorsqu'il avait arrêté les gens que lorsqu'il les avait relâchés : "car tandis que nous sommes entrés en guerre à cause de vous,vous avez fait la paix sans notre assentiment 132 : comment n'aurait-on donc pas le droit de vous accuser vous-même de trahison ? Sachez bien, ajouta-t-il, que nous, nous marcherons contre l'Arcadie, et, de plus, nous y ferons la guerre avec ceux de notre parti. » Xénophon, Helléniques, VII, 4, 36-40. Les Arcadiens demandent du secours aux Athéniens. Ils envoient également des députés pour demander aux Lacédémoniens de participer à une défense commune. Or, les Thébains ont des visées de plus en plus évidentes sur le Péloponnèse qu'ils veulent affaiblir pour pouvoir mieux l'asservir. Épaminondas marche sur le Péloponnèse. « V. 4 Pendant que ces négociations 133 avaient lieu, Épaminondas passe la frontière avec toute l'armée béotienne, les gens d'Eubée, beaucoup de Thessaliens envoyés tant par Alexandre que par le parti opposé ; seulement les Phocidiens ne marchaient pas avec lui : ils disaient que les conventions qu'ils avaient avec Thèbes portaient que, si Thèbes était attaquée, ils devaient la secourir, mais que pour faire des expéditions contre d'autres, cela n'était pas dans le traité. 5 Néanmoins Épaminondas calculait que,dans le Péloponnèse aussi, il avait pour lui les Argiens, les Messéniens, et, parmi les Arcadiens, ceux de leur parti, c'est-à-dire les gens de Tégée, de Mégalopolis, d'Aséa, et de Pallantion, sans compter les cités qui, à cause de leur petitesse et de leur situation au milieu des autres, étaient forcées de les suivre. 6 En sortant de Béotie, Épaminondas allait bon train ; mais une fois arrivé à Némée, il s'y arrêta, avec l'espoir de surprendre les Athéniens quand ils passeraient devant lui[…] 7 […] Mais lorsqu'Épaminondas eut appris que les Athéniens avaient renoncé à la route de terre, mais qu'ils se préparaient à aller par voie de mer, en passant par Lacédémone, pour venir au secours des Arcadiens, alors il quitta Némée et arrive à Tégée. […] 9 Mais quand il s'aperçut qu'aucune cité ne venait à lui, tandis que le temps passait, il jugea qu'il fallait faire quelque chose : sinon, à la place de la gloire qu'il possédait jusque-là,il pouvait s'attendre à un grand déshonneur. En apprenant donc que l'ennemi était autour de Mantinée où il faisait bonne garde, et qu'on y faisait venir Agésilas et toute l'armée lacédémonienne, lorsqu'il fut informé qu'Agésilas était sorti de Laconie avec ses troupes et qu'il se trouvait déjà à Pellène, après le repas du soir il fait passer ses ordres et emmène son armée droit sur Sparte. 10 Et, si un Crétois, par une chance vraiment divine, n'était pas venu annoncer à Agésilas l'avance de l'armée, Épaminondas aurait pris la ville, comme une nichée d'oiselets, complètement vide de ses défenseurs. mais comme à cette nouvelle, Agésilas, revenu sur ses pas, arriva avant l'autre dans la ville, les Spartiates, en détachements séparés, montèrent la garde, malgré leur petit nombre : ils avaient toute leur cavalerie en Arcadie, avec les mercenaires et trois compagnies sur douze. » Xénophon, Helléniques, VII, 5, 4-10. Avant l'arrivée d'Archidamos et de ses cent hoplites, Épaminondas, qui craint l'intervention des Arcadiens, se retire à Tégée. Bataille de Mantinée et mort d'Épaminondas. Voici comment Polybe raconte la dernière campagne d'Épaminondas et fait l'éloge du grand stratège thébain. « 8 […] Étant arrivé à Tégée avec les contingents alliés et ayant appris que l'armée lacédémonienne elle-même mobilisée au complet, se trouvait à Mantinée, où s'étaient également rassemblées les forces des cités alliées de Sparte dans l'intention d'affronter les Thébains en bataille rangée, il donna l'ordre à ses troupes de dîner de bonne heure et, aussitôt après la tombée de la nuit, se mit en route avec elles, comme s'il se hâtait, afin d'occuper, en vue de la bataille prochaine, des positions avantageuses. Ayant réussi à donner cette impression à la plupart des gens, il marcha en fait en direction de la Laconie et, arrivant soudainement vers la troisième heure, devant Sparte, trouva la ville vide de défenseurs. Il parvint à se forcer un passage jusqu'à l'agora et occupa le quartier situé du côté du fleuve. Mais un fait accidentel se produisit : un soldat déserta au cours de la nuit et gagna Mantinée, où il informa Agésilas de ce qui se passait. C'est ainsi que du secours arriva juste au moment où la ville allait être prise et qu'Épaminondas fut déçu dans son attente. À la suite de cela, le Thébain fit déjeuner ses hommes sur le bord de l'Eurotas et leur laissa le temps de se refaire, après avoir été ainsi soumis à rude épreuve. Puis il repartit et parcourut en sens inverse la route par laquelle il était venu,calculant que, comme les Lacédémoniens et leurs alliés s'étaient portés au secours de Sparte, Mantinée serait à son tour laissée sans défenseurs, ce qui était effectivement le cas. C'est pourquoi ayant exhorté les Thébains, il avançait à vive allure dans la nuit. Il se présenta ainsi vers le milieu de la journée devant Mantinée et trouva la place complètement dégarnie. Mais à ce moment survinrent les Athéniens, qui, en vertu de leur traité d'alliance, arrivaient pour combattre aux côtés des Lacédémoniens contre les Thébains. À l'heure même où l'avant-garde d'Épaminondas atteignait le sanctuaire de Poséidon, qui se trouve à moins de sept stades de la ville, il advint, comme un fait exprès, que les Athéniens se montrèrent sur la colline qui domine Mantinée. Les ayant vus, les habitants restés dans la place purent reprendre courage pour monter sur les remparts et arrêter l'assaut thébain. C'est donc à juste titre que les historiens déplorent l'aboutissement de ces opérations et nous disent qu'elles ont été en tout point menées de main de maître, mais que si Épaminondas a surpassé ses adversaires, il n'a pu triompher de la Fortune. » Polybe, IX, 8. Polybe, plus loin, s'en prend à Éphore et à son incapacité, selon lui, à relater les batailles terrestres et en particulier celle de Mantinée qui est complexe au plan stratégique et tactique. Polybe, le pragmatique 134, l'historien de la théorie des cycles, a certes la critique facile 135, mais il est utile pour nous de noter ces remarques quand on sait qu'Éphore, dont il ne reste que quelques fragments de ses livres 17 et 18, est la source principale de Diodore de Sicile. « 25 f […] Qu'on songe par exemple à ce qui est arrivé à Éphore en certains endroits de son Histoire. En matière militaire, cet auteur me paraît avoir quelque idée de ce qu'est la guerre sur mer, mais pour ce qui est des opérations sur terre, il est d'une incompétence totale. Ainsi, lorsqu'on étudie les batailles navales de Chypre et de Cnide, que les amiraux du roi de Perse ont livrées,l'une à Évagoras de Salamis et l'autre aux Lacédémoniens, on admire le talent et la compétence de cet historien, et l'on trouve dans son récit beaucoup de renseignements qui peuvent être utiles dans des circonstances analogues. Mais, lorsqu'il relate les batailles de Leuctres, entre les Lacédémoniens et les Thébains, et de Mantinée, où ils s'affrontèrent à nouveau et où périt Épaminondas, on constate, en examinant dans le détail l'ordre de bataille et les évolutions des troupes, que son récit ridicule est l'œuvre d'un homme dénué de toute expérience et qui n'a jamais assisté à une bataille. Pour la bataillede Leuctres, il est vrai que, comme elle fut toute simple et qu'on ne se battit que sur un seul secteur du front, l'incompétence de notre historien n'apparaît pas de façon trop flagrante. Mais la bataille de Mantinée, qui, avec toutes les manœuvres qu'elle comporta, se présente de façon très complexe, est restée inintelligible pour Éphore, qui était absolument incapable de s'y reconnaître.C'est ce qu'on verra clairement si, compte tenu de la disposition des lieux, on mesure exactement les distances parcourues au cours des divers mouvements qu'il a relatés. La même chose est arrivée à Théopompe 136 et surtout à ce Timée dont il est ici question. Quand ces historiens se bornent à relater sommairement de tels événements, on ne remarque rien, mais quand ils veulent insister et entrer dans le détail, ils font apparaître les défauts mêmes qu'on trouve chez Éphore. » Polybe, XII, 25 f. Xénophon termine son œuvre sur la bataille de Mantinée, n'évoquant pas la paix commune qui consacre définitivement la fin de Sparte et l'indépendance de la Messénie. « V. 26 Ces événements eurent un résultat contraire à celui que tout le monde avait attendu. Toute la Grèce presque s'était trouvée rassemblée et affrontée : il n'y avait donc personne qui ne pensât que, s'il y avait une bataille, les vainqueurs seraient les maîtres, et les vaincus deviendraient les sujets ; néanmoins la divinité fit si bien les choses que chacun des deux partis éleva un trophée,comme s'il avait remporté la victoire, sans qu'aucun des deux empêchât ceux qui le dressaient ; que chacun rendit les morts par convention, comme s'il avait remporté la victoire, que chacun les reçut par convention, comme s'il avait subi une défaite ; 27 que,malgré la victoire que chacun prétendait avoir remportée, chacun ne fut visiblement plus riche ni en cités, ni en territoires, ni en autorité, qu'avant la bataille ; et l'incertitude et la confusion furent plus grandes après qu'avant dans toute la Grèce. Pour moi, mon œuvre s'arrêtera ici ; la suite, un autre se chargera peut-être de la traiter. » Xénophon, Helléniques, VII, 5-26-27. Haut de page. 362-361. Nouvelle paix commune, caractérisée par la reconnaissance définitive de l'indépendance de la Messénie. Sparte, on le comprend, refuse de s'y associer. La guerre, depuis la bataille de Leuctres jusqu'à celle de Mantinée, a duré dix ans. Il est intéressant de noter que cette paix commune est la première qui ne soit pas garantie par le Roi. Il ne s'agit pas non plus, comme c'était le cas auparavant, d'un moyen détourné pour légitimer l'hégémonie d'une cité. La lassitude est générale. Le Roi, de son côté, est occupé par une révolte des satrapes des provinces occidentales et d'Arménie, révolte dans laquelle les Grecs n'intervinrent pas, du moins officiellement. On sait pourtant à quel point les affaires des Grecs étaient liées à ce qui se passait sur l'autre rive de la mer Égée et inversement. « LXXXIX. 1 Après la bataille, les Grecs qui voyaient la victoire prêter à contestation et qui, après avoir rivalisé de prouesses, étaient épuisés par les guerres continuelles, se réconcilièrent les uns avec les autres ; ils conclurent une paix commune et une alliance. Ils firent entrer dans l'alliance même les Messéniens. 2 Mais les Lacédémoniens, qui vouaient à ces derniers une inimitié implacable, se refusèrent à cause des Messéniens à être partie dans le traité et furent les seuls Grecs à être exclus de la paix. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 89, 1-2. Les Grecs, comme semble le montrer l'inscription d'une stèle de marbre trouvée àArgos, refusent, officiellement, de soutenir la révolte des satrapes. Mais, en réalité, des mercenaires, conduits par des stratèges comme Agésilas ou Chabrias intervinrent. L'inscription est en dialecte attique et témoigne de la paix commune après Mantinée. « […] participent à la paix commune [koinè eirénè] ; que soit montré à celui qui vient de la part des satrapesque les Grecs, ayant échangé des ambassades, ont réglé leurs différends pour entrer dans une paix commune, de telle sorte qu'ayant mis fin aux guerres qui les opposaient les uns aux autres, ils ont rendu leurs cités plus fortes et plus heureuses, et capables de servir leurs amis ; ils savent que le Roi n'est pas en guerre contre eux, s'il reste tranquille et ne vient pas jeter le trouble parmi les Grecs, s'il n'entreprend pas de ruiner la paix désormais conclue, ni par art ni par ruse, nous resterons en paix avec le Roi ; s'il fait la guerre à l'un de ceux qui ont conclu avec nous des conventions, ou s'il cause des ennuis à certains pour en venir à la dissolution de cette paix, qu'il fasse lui-même quelque chose contre les Grecs qui ont fait cette paix ou si quelqu'un, venant de son domaine, le fait, nous nous défendrons tous en commun d'une façon qui soit digne de la paix désormais conclue et de ce que nous avons fait dans le passé […]. Aux juges qui viennent de […] concernant le territoire[…]. » Inscription historique grecque. Haut de page. 361. Les successeurs de Jason de Phères, mort assassiné en 370 137, poseront des problèmes politiques et militaires aux Thébains. Mais aussi aux Athéniens.Alexandre de Phères est tyran de 369à 358. Il lutta pour imposer son pouvoir absolu sur l'aristocratie locale entant que tagos. Cette dernière le destituera. Il réussit à capturer Pélopidas en 368. Ce dernier périra lors d'un combat pourtant victorieux contre le tyran, à Cynoscéphales, en 364. Il a été aussi l'allié d'Athènes contre les Thébains, mais, après sa réconciliation avec le koinon béotien, il s'attaque aux intérêts athéniens, pillant Ténos et Péparéthos, une des premières cités à entrer dans la seconde Confédération athénienne 138, un élément stratégique capital, avec Sciathos, pour les convois de blé. Il réussitmême un coup de force contre le Pirée, en 362. Pour le combattre, les Athéniens s'allièrent avec ses adversaires en Thessalie même qui avaient organisé une nouvelle communauté dont le magistrat n'était plus un tagos mais un archonte. En effet, comme le précise J.M. Bertrand, Alexandre de Phères a été destitué entant que tagos mais ne peut être remplacé de son vivant. « XCV. 1 Alors que Nicophémos était archonte à Athènes, C. Sulpicius et C. Licinus exercèrent à Rome le pouvoir consulaire. Cette année-là, le tyran Alexandre de Phères envoya des vaisseaux pirates attaquer les Cyclades ; il cerna et prit plusieurs îles où il s'empara de nombreuses personnes, fit débarquer des mercenaires à Péparéthos et mit le siège devant la ville. 2 Quand les Athéniens venus au secours de Péparéthos laissèrent dans l'île le stratège Léosthène, Alexandre lança une attaque contre lui. Les Athéniens surveillaient les soldats d'Alexandre stationnés à Panormos ; les hommes du dynaste les attaquèrent à l'improviste et ce fut pour Alexandre un succès inattendu. Il n'avait pas seulement sauvé d'un terrible danger le détachement envoyé à Panormos ; il avait, de plus, pris cinq trières à Athènes et une à Péparéthos et il s'était emparé de six cents personnes. 3 Les Athéniens, irrités, condamnèrent à mort pour trahison le stratège Léosthène et confisquèrent ses biens. Ils nommèrent Charès stratège et le firent partir à la tête d'une escadre. Ce dernier se montra timoré face aux ennemis, et ne fit que du tort aux alliés. Il débarqua, en effet, à Corcyre, une cité alliée, et y suscita de violents troubles internes, durant lesquels se produisirent de nombreux meurtres et de nombreuses arrestations ; cela rendit le peuple athénien impopulaire chez ses alliés. Ainsi Charès, qui a commis encore d'autres actes contraires à la loi 139, n'a rendu aucun service et il a rapporté à sa patrie l'impopularité. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV,95, 1-3. L'inscription suivante, sur une stèle avec un relief représentant un cavalier, trouvée sur les pentes sud de l'Acropole d'Athènes, relate les conditions de l'alliance d'Athènes avec les Thessaliens, contre Alexandre de Phères, après son raid contre le Pirée. « Dieux. Sous l'archontat de Nicophème. Alliance des Athéniens et des Thessaliens pour l'éternité. Il a plus au conseil et au peuple, la tribu Léontis exerçait la prytanie, Charionfils de Charinautos de Phalère était secrétaire, Archippos d'Amphitropè était épistate, douzième jour de la prytanie, Exékestidès a fait la proposition ; pour répondre aux ambassadeurs des Thessaliens, que le peuple décrète d'accepter l'alliance, à la bonne fortune, aux conditions qu'ont énoncées les Thessaliens, qu'ils soient alliés avec les Thessaliens pour l'éternité ; que les alliés des Athéniens soient tous les alliés des Thessaliens, et les alliés des Thessaliens le soient des Athéniens ; que, parmi les Athéniens, prononcent le serment les stratèges, le conseil, les commandants de cavalerie et les cavaliers, "si quelqu'un s'attaque à la communauté des Thessaliens, ou renverse le magistrat qu'auront choisi les Thessaliens, je viendrai à son secours autant que faire se pourra, avec toute ma force" ; et qu'ils prononcent le serment légal ; pour que les Thessaliens s'engagent par serment envers la cité, que le peuple désigne cinq hommes pris dans l'ensemble des Athéniens, qui se rendront en Thessalie et feront jurer Agélaos, l'archonte, et les responsables militaires et les commandants de cavalerie et les cavaliers et les hiéromnémons et les autres magistrats qui exercent une magistrature pour la communauté des Thessaliens, "si quelqu'un attaque la cité des Athéniens ou cherche à détruire le gouvernement populaire des Athéniens, je viendrai à son secours avec toutes mes forces autant que faire se pourra", que les ambassadeurs des Thessaliens prononcent le même serment devant le conseil durant leur séjour à Athènes ; qu'il ne soit pas permis, ni aux Thessaliens sans les Athéniens, ni aux Athéniens, sans le magistrat et la communauté des Thessaliens, de renoncer à la guerre contre Alexandre ; que reçoivent l'éloge Agélaos, l'archonte, et la communauté des Thessaliens parce qu'ils ont fait bien et volontiers ce que la cité leur avait demandé de faire ; que reçoivent aussi l'éloge les ambassadeurs des Thessaliens qui sont venus et qu'ils soient invités au prytanée pour le repas de demain ; que les trésoriers de la déesse détruisent la stèle de l'alliance avec Alexandre, que le trésorier du peuple donne aux ambassadeurs comme viatique vingt drachmes à chacun ; que cette alliance soit inscrite sur une stèle de pierre et placée sur l'Acropole pour la gravure de la stèle, que le trésorier du peuple donne trente drachmes. Théétète d'Erchia a fait, conformément à ce qu'il lui avait été enjoint de faire, ce qu'il pouvait de bien en paroles et en actes pour le bien du peuple des Athéniens et pour les Thessaliens. » Inscription historique grecque. Haut de page. 360-359. Perdiccas III tombe contre les Illyriens. Philippe devient roi de Macédoine 140. Haut de page. 357-355. « Guerre des Alliés 141 ». La seconde Confédération athénienne luttait contre l'impérialisme lacédémonien. Après Leuctres, on l'a vu, cette alliance devient pesante aux alliés. Les alliés, comme on l'a vu plus haut,supportent de plus en plus difficilement les « contributions », qu'exige Athènes. L'attitude des Athéniens à l'égard de Potidée, de Samos, ou encore de Céos 142, rappelle les comportements des maîtres de la Ligue de Délos. La « Guerre des Alliés » est une véritable lutte de libération contre l'impérialisme athénien. Ce dernier disparaît définitivement en 355. Stèle trouvée sur l'Acropole d'Athènes. Elle est révélatrice des données stratégiques avec lesquelles la politique athénienne doit jouer. Il s'agit d'une alliance entre les Athéniens et le royaume thrace où Athènes a des intérêts essentiels à protéger. Le royaume thrace des Odryses, après l'assassinat de Cotys en 359, est partagé entre plusieurs souverains. Cette inscription est le témoignage d'un traité conclu par le stratège Charès avec les trois rois thraces qui s'engagent à seconder Athènes dans salut te contre les éventuelles sécessions dans la région. Cependant les menaces de Philippe de Macédoine en Chalcidique obligent bientôt Charès à s'intéresser à un autre théâtre d'opérations. Les alliés, et en particulier Byzance et Chios, profitent alors de la situation pour ne pas accepter les contributions imposées par Athènes pour cette nouvelle guerre : c'est le début de la « Guerre des Alliés ». « [… trois lignes…] au sujet de toutes les villes qui sont inscrites sur les stèles comme payant des tributs à Bérisadès, ou Amodocos ou Kersébleptès, et qui sont tributaires d'Athènes, si les villes ne versent pas les tributs aux Athéniens, que Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès fassent la collecte autant que faire se pourra ; et si les villes ne versent pas les tributs à Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès, que les Athéniens, à savoir ceux des magistrats qui seront en charge d'un commandement militaire, les perçoivent autant que faire se pourra ; que les villes grecques de Chersonèse, qui sont tributaires de Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès et leur paient le tribut traditionnel tandis qu'elles versent aux Athéniens la contribution, soient libres et autonomes, puisqu'elles sont alliées des Athéniens en vertu de leur serment, et de Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès ; si l'une des cités se sépare des Athéniens, que Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès viennent à leur secours, comme les Athéniens leur en feront la demande […]. » Inscription historique grecque. La garnison installée par les Athéniens, dans l'île d'Andros, malgré les accords de la seconde Confédération, révèle les enjeux stratégiques que représente l'île la plus au nord des Cyclades. Andros resta fidèle aux Athéniens. « Sous l'archontat d'Agathoclès, sous la prytanie de la tribu Égéïs qui était la neuvième, durant laquelle Dioclès d'Aggélè était secrétaire, huitième jour de la prytanie, au sein du bureau Diotimos d'Oinoée a mis aux voix, il a plu au conseil et au peuple : Hégésandros a fait la proposition, pour que le peuple des Athéniens et le peuple d'Andros conservent Andros, pour que la solde des garnissaires d'Andros soit prise sur les contributions, selon les décrets des alliés, et pour que la garnison ne soit pas dissoute, que l'on choisisse un stratège parmi ceux qui ont été élus, celui qui aura été choisi 143 s'occupera d'Andros ; qu'Archédémos lève les sommes dues par les îles au profit des soldats d'Andros et qu'il les remette au magistrat qui est à Andros pour que les soldats reçoivent leur solde. » Inscription historique grecque. Haut de page. 355-354. Chios, Rhodes, Céos et Byzance sont maintenant autonomes. La puissance de la Macédoine s'annonce menaçante. Paradoxalement, la confiance est revenue à Athènes. Certains pourtant saisissent le danger politique d'une telle situation. Isocrate, par exemple dans l'Aréopagitique, blâme les illusions de ses concitoyens qui se fient aux apparences, et dénonce le mal qui mine la cité, et ce mal – au-delà un état d'esprit particulier comme le manque de civisme, que combattra bientôt Démosthène –, est avant tout d'ordre institutionnel et politique. La constitution est « l'âme de la cité » 144. Isocrate oppose, peut-être d'une manière un peu manichéenne, l'image d'un passé idéalisé – la démocratie de l'époque de Solon et de Clisthène 145 –, à celle de son temps – une démocratie sans aucun frein. Mais la réalité politique et sociale est signe de l'étendue du mal : une populace oisive, inutile et paresseuse – les paysans ont abandonné la campagne pour l'agora –, des hommes politiques opportunistes, pour qui la politique est source de profits, les sycophantes vivent de la multiplication des procès, une justice de moins en moins impartiale, des activités économiques en crise... La solution est, pour Isocrate de restaurer la patrios politeia, de réviser la constitution : pour ce faire, il faut redonner à l'Aréopage, le « gardien des lois », sa fonction de contrôle de la cité et son rôle de modérateur qui a été le sien, avant Éphialte et Périclès 146. Cela en restant fidèle aux principes de la démocratie 147 – du moins en apparence – et en affirmant le droit du démos à établir les magistrats « comme un tyran » : « Or peut-on trouver démocratie [celle de Solon et de Clisthène] plus solide ou plus juste que celle qui charge des affaires les plus capables, mais rend d'eux le peuple maître souverain ? » 148. Isocrate est habile politique. Il est prudent aussi : l'Aréopage est symbole du pouvoir aristocratique… « 3 Je sais donc qu'avec ce raisonnement vous dédaignez mon intervention et que vous espérez dominer toute la Grèce par votre puissance actuelle. Mais, pour moi, c'est cela même qui cause mes craintes ; car, à ce que je vois, ce sont les cités qui se croient les plus prospères qui prennent les plus mauvaises décisions, et celles qui montrent le plus de confiance, qui se trouvent en butte aux plus graves dangers. 4 La cause en est que nul bien ni nul mal ne vient spontanément aux hommes, mais que la richesse 149 et la puissance ont pour alliées et compagnes l'irréflexion et, avec elle, l'indiscipline, tandis que pour la pauvreté et l'humilité ce sont la sagesse et une grande modération. 5 Aussi est-il malaisé de décider quelle part on accepterait de laisser en héritage à ses enfants. En effet nous pouvons voir que celle qui passe pour la moins précieuse fait bien souvent progresser les affaires vers le succès, tandis que celle qui apparaît comme préférable, les fait d'ordinaire décliner vers le mal. 6 Et de cela je puis apporter de très nombreux exemples pris dans les affaires des particuliers (car elles subissent des changements très fréquents), mais d'ailleurs de plus grands et de plus frappants pour les auditeurs dans ce qui nous est arrivé à nous et aux Lacédémoniens. Pour nous, en effet, quand notre ville a été saccagée par les barbares, ce sont nos craintes et l'attention que nous avons donnée aux affaires qui nous ont valu le premier rang parmi les Grecs ; mais, une fois que nous avons cru notre puissance irrésistible, nous avons été bien près d'être réduits en esclavage. 7 Les Lacédémoniens, autrefois, partant de cités faibles et humbles, par suite de leurs habitudes vertueuses et guerrières, ont conquis le Péloponnèse ;puis, quand ils eurent pris plus d'orgueil qu'il ne fallait et qu'ils se furent emparés de l'empire de la terre et de la mer, ils tombèrent dans les mêmes périls que nous. 8 Qui donc, sachant qu'il s'est produit de tels changements et que de si grandes puissances ont été si vite détruites,se fie à la situation actuelle, est trop insensé, surtout alors que notre cité est dans de bien plus grands embarras qu'au temps jadis, et qu'ont reparu la haine des Grecs contre nous et l'hostilité du Grand Roi, choses qui autrefois nous ont fait perdre la guerre 150. 9 Je me demande si je dois croire que vous n'avez nul souci des affaires publiques ou si, tout en y pensant, vous êtes devenus assez insensibles pour ne pas vous apercevoir du désordre établi dans l'État. C'est à de telles gens que vous ressemblez, puisqu'après avoir perdu toutes les villes de Thrace, dépensé sans résultat plus de mille talents pour les mercenaires, 10 après avoir perdu votre réputation chez les Grecs et être entrés en guerre avec le Barbare, après avoir en outre été forcés de sauver les amis des Thébains, et avoir perdu nos propres alliés, devant de tels résultats, nous avons déjà deux fois sacrifié comme pour une heureuse nouvelle et nous mettons moins d'empressement à délibérer à ce sujet que ceux qui obtiennent tout le succès nécessaire. […] 12 Alors que toute la Grèce était tombée sous le pouvoir de notre cité après la victoire de Conon et après la stratégie de Timothée, nous avons pu conserver un moment les fruits de nos succès, et bien vite nous les avons gaspillés et fait disparaître. Car pour une constitution qui puisse traiter logiquement les affaires, nous n'en avons pas et nous ne la cherchons pas bien. 13 Or le succès, nous le savons tous, survient et reste fidèle, non pas aux gens qui sont entourés des murs les plus beaux et les plus grands, ni à ceux qui s'assemblent en un même lieu avec le plus grand nombre d'hommes, mais à ceux qui administrent leur cité le mieux et le plus sagement. 14 Car l'âme de la cité n'est rien d'autre que la constitution, qui a le même pouvoir que dans le corps la pensée : c'est elle qui délibère sur tout, qui conserve les succès et cherche à éviter les malheurs ; c'est elle qui doit servir de modèle aux lois, aux orateurs et aux simples particuliers, et nécessairement on obtient des résultats conformes à la constitution qu'on a. 15 Or la nôtre est corrompue sans que nous en prenions souci et sans que nous songions à la réformer. Assis dans les ateliers, nous accusons l'état des choses et nous disons que jamais sous le régime démocratique, nous n'avons été si mal gouvernés ; mais, dans nos affaires et nos pensées, nous avons pour elle plus d'affection que pour celle que nous ont léguée nos ancêtres. C'est pour parler de celle-là que je vais prononcer mon discours et que je me suis fait inscrire pour intervenir. » Isocrate, Aréopagitique, 3-15, trad. G. Mathieu. Olivier Battistini Haut de page.
Notes de bas de page :
1. Xénophon, Helléniques, II,2, 23, trad. J. Hatzfeld. 2. Isocrate, Panégyrique, 113,trad. G. Mathieu, É. Brémond. 3. Beaucoup d'Athéniens avaient dû en effet, devant les exactions des Trente, se réfugier à Thèbes, à Mégare ou à Chalcis. 4. En effet, après la victoire d'Aigos-Potamos, Lysandre, qui croisait au large des côtes d'Asie mineure, avait détaché une partie de sa flotte vers Samos qui résistait encore. Il vient ensuite mouiller devant le Pirée. 5. Voir Diodore, XIV, 3, 4-7. 6. Xénophon, Helléniques, II, 4, 29. 7. Celui de l'amnistie générale à l'exception des trente. Voir supra Aristote, Constitution d'Athènes, XXXIX. 8. Voir O. Battistini, Platon, « République » livre I, F. Nathan, 1992. 9. Socrate coupable d'impiété envers les dieux (asébéia) ? Voir Xénophon, Mémorables, I, 1 ; Apologie de Socrate, 10-11 ; Platon, Apologie de Socrate, 26 b- 27 e. 10. Lysias, Contre Ératosthène, 89. C'est sans doute la raison pour laquelle il a pu rester à Athènes après la chute des Trente. 11. Les oligarques. 12. Les démocrates. 13. La garnison spartiate. 14. Xénophon publia la première partie de son Anabase sous ce pseudonyme. Il l'abandonna ensuite pour amplifier son rôle dans son récit de l'expédition des « Dix Mille ». 15. Voir Plutarque, Vie d'Artaxerxes, X. 16. Tissapherne avait exigé la soumission des cités grecques d'Ionie comme le prévoyaient les accords. 17. Ce mot est utilisé habituellement pour qualifier une cité, un ethnos, ou un royaume régis par des institutions qui leurs sont propres ou par leurs coutumes traditionnelles.Ainsi, en 386, au moment de la « paix du Roi » les cités « autonomes » d'Ionie se soumettent aux Perses qui se chargent, à la manière des Grecs au sein de leurs symmachies ou de leurs confédérations, de les « protéger » d'une hégémonie autre que la leur. En 357, les cités de Chersonèse récupérées par les Athéniens sont déclarées « libres » et « autonomes »... Cependant, le terme est parfois synonyme d'indépendance, de liberté, en particulier lorsqu'il s'agit de cité en situation d'hégémonie. 18. Voir Diodore, XIV, 39. 19. Il est intéressant de comparer, à ce sujet, les textes de Xénophon (Helléniques, III, 4,21-24), de Diodore (XIV, 80) et celui de l'Anonyme d'Oxyrynchos (VI, 4-6) que l'on peut trouver dans la collection Teubner (Stuttgart, 193). Les versions sont, en effet, différentes. Le texte de l'Anonyme d'Oxyrynchos semble le plus proche de la vérité. 20. Cette réorganisation semble provoquée par la présence de la flotte de Conon dont Xénophon ne parle pas. 21. Affirmation peu vraisemblable. Si on suit la version de l'Anonyme d'Oxyrynchos Épicratès et Képhalos auraient été achetés. 22. Nous employons ce terme « Europe », à la manière des auteurs grecs du IVe siècle, pour qualifier les Balkans et la Grèce en particulier par rapport à l'Asie en général et l'Ionie en particulier. 23. Les Lacédémoniens intentèrent à Pausanias un procès capital. Il était accusé d'être arrivé à Haliartos plus tard que Lysandre, d'avoir conclu une trêve plutôt que de se battre pour reprendre les morts. Il s'enfuit à Tégée où il mourut de maladie. 24. La trière du spartiate Peisandros gravement endommagée par des coups d'éperons doit s'échouer. Le navarque y est tué à son bord en combattant. Arrivé en Béotie, Agésilas y apprend la défaite, avant d'engager la bataille de Coronée. 25. Voir infra. 26. Voir infra. 27. D'autres réussirent à sauver leur vie par une fuite honteuse. 28. Il s'agit du libérateur de 404-403 à distinguer du Thrasybule de Collytos qui sera stratège en 387. 29. En réalité, le renversement des alliances est proche.D'ailleurs, l'attitude de Thrasybule, obligé de lever des taxes, d'imposer des contributions et de piller les campagnes, montre bien que les subsides perses commencent à manquer pour mener à bien les opérations. Comme l'a dit Thucydide « à la guerre, le succès était essentiellement affaire de jugement et de ressources financières » (II, 13, trad. D. Roussel). 30. Il était cependant très populaire. 31. Celle qui a déclaré Ergoclès coupable. 32. Renseignement précieux pour mieux comprendre la politique militaire athénienne et ses problèmes d'ordre économique. 33. Les marchands ne sont que les responsables les plus visibles. Les véritables maîtres du marché sont les importateurs. Ce qui explique peut-être la politique d'un des sitophylaques, Anytos, qui poussait les marchands de blé, les sitopolai, à s'entendre pour lutter contre le monopole des importateurs. Or, la loi interdisait d'acheter plus de cinquante charges de blé (Lysias, Contre les marchands de blé, 6). Anytos, dont le témoignage est utilisé par Lysias, expose que « l'hiver dernier, comme le blé était à un prix élevé et qu'il y avait surenchère et lutte entre les marchands, il leur avait conseillé de mettre un terme à leur concurrence,estiment qu'il était [de l'intérêt des citoyens, leurs clients] qu'ils achetassent au meilleur marché possible : car leur bénéfice devait être seulement d'une obole » (XXII, 8). Le jeu était donc dangereux pour les marchands comme pour les magistrats. 34. La trêve qui a précédé la paix d'Antalcidas. 35. Polybe, IV, 27. 36. Voir Diodore XII, 4, 5. 37. En 405, Lysandre, comme aujourd'hui Antalcidas, menaçait les Détroits. 38. C'est ce que les députés lacédémoniens avaient demandé aux Mantinéens. Leur refus a entraîné l'intervention d'Agésipolis, un des rois de Sparte. 39. Voir supra. 40. Ils voulaient « leur cité asservie aux Lacédémoniens afin d'y être eux-mêmes les maîtres » (Xénophon, Helléniques, V, 4, 1). 41. Pour Xénophon, Amyntas ne joue aucun rôle au début de la guerre. 42. En 392 Gorgias, le fameux sophiste, aurait, dans un discours prononcé à Olympie, déjà traité ce thème. Lysias, en 338, a fait de même, invitant les Grecs à s'unir non seulement contre les Perses, mais aussi contre le tyran de Syracuse, Denys l'Ancien. 43. Comme son Panégyrique ne rencontra pas d'écho favorable il chercha plus tard un homme capable de rassembler les Grecs contre les Perses. Ce fut d'abord le Spartiate Agésilas, puis Denys de Syracuse, Alexandre de Phères, le Thessalien, et peut-être Archidamos III de Sparte. Enfin la tradition raconte qu'il se laissa mourir de faim après les échecs successifs de ses appels à Philippe de Macédoine, son dernier espoir. 44. Nom des gouverneurs que les Lacédémoniens installaient dans les cités et les îles lors de leur hégémonie. C'est aussi le nom d'un gouverneur d'une colonie athénienne. 45. La bataille d'Aigos-Potamos. 46. Certes, mais cette flotte était commandée par le stratège athénien Conon. Par ailleurs c'est la bataille de Cnide, comme on l'a vu, qui mit fin à la domination lacédémonienne en mer Égée. 47. La flotte, l'empire et le tribut étaient les trois éléments de la puissance athénienne. 48. Conséquence, on s'en souvient, de la Paix d'Antalcidas. 49. Voir plus loin la bataille de Leuctres. 50. Voir infra. 51. Polybe, VI, 43. 52. Diodore, Bibliothèque historique, XV, 89. 53. Les Athéniens pour éviter la guerre à tout prix condamnèrent les stratèges qui ont soutenu l'insurrection thébaine. 54. L'initiateur du misthos ekklèsiastikos. 55. Il s'agit de Sphodrias. 56. Timothée est le fils de Conon, le stratège qui avait été à l'origine de la restauration maritime d'Athènes. Après la disgrâce de Callistratos en 366, Timothée engage Athènes dans une politique impérialiste.Il prend Samos en 365, s'implante dans la Chersonèse de Thrace et en Chalcidique. Il échoue, cependant, devant Amphipolis. Il est condamné à une énorme amende de 100 talents pour n'avoir pas aidé Charès à prendre Chios, en356. Il quitte Athènes et meurt en 354. 57. Juste avant ces événements Chabrias avait été engagé par Acoris le roi d'Égypte pour combattre contre les Perses : « Comme il [Acoris] n'avait pas de bon général, il fit venir l'Athénien Chabrias : son jugement et son intelligence faisaient de lui un stratège remarquable et sa valeur l'avait couvert de gloire » (Diodore, XV, 29, 2). Cependant, suite à l'ambassade envoyée par Pharnabaze à Athènes, – Chabrias était accusé « d'avoir, par son commandement en Égypte, fait perdre au peuple la faveur royale » (XV, 29, 3) –, Athènes rappela le stratège et envoya Iphicrate lutter aux côtés des Perses en tant que stratège. 58. Orateur et homme politique, il joue un rôle politique remarquable jusqu'en 361. Il comprend en particulier que la menace de Thèbes est plus importante que celle de Sparte. Après l'affaire d'Oropos (366), un conflit de frontière entre Thèbes et Athènes, il fut poursuivi en justice. Sa défense fut brillante. Elle aurait même donné à Démosthène le goût de l'art oratoire. En 361, il est une nouvelle fois accusé. Il s'enfuit avant que la sentence de mort ne soit prononcée. De retour, plus tard à Athènes, il est exécuté. 59. Voir infra son rôle stratégique lors de la guerre des Alliés. 60. Celle de 446. 61. Voir Eschine, Ambassade, 70. 62. Ne pas confondre avec Oropos, la cité aux limites de l'Attique et de la Béotie. 63. En Thessalie. 64. Voir, supra, la charte de fondation de la seconde Confédération athénienne. 65. Xénophon, Helléniques, V, 4, 61. 66. Voir Xénophon, Helléniques, V, 4, 60. 67. Voir aussi Plutarque, Phocion ,VI, 3 et Polyen, III, 11, 2. 68. Voir supra. La bataille a eu lieu en 394. Conon était le stratège athénien qui avait le commandement. 69. Leurs noms furent ajouter sur la stèle de marbre au fur et à mesure de leurs adhésions. 70. Voir infra texted'Isocrate. 71. Son nom figure en effet sur la charte, après les Pronnoi.Voir supra. 72. Il s'agit de la bataille d'Alyzeia. Voir Polyen, III, 10,4. 73. Voir infra son rôle après la bataille de Leuctres. 74. Voir infra. 75. Voir Pausanias, IX, 1, 5-8. 76. Voir Plutarque, Pélopidas, 25, 7. 77. Voir infra. 78. La décision d'envoyer des secours à Corcyre, voir infra. 79. Il s'agit d'un discours fictif prononcé par un Platéen devant l'Assemblée des Athéniens. 80. La seconde Confédération athénienne. 81. Xénophon, Helléniques, VI, 2, 4. 82. Entre temps se situent les événements de Platées. 83. Sans doute une erreur de Diodore puisque Timothée vient de perdre sa charge de stratège. Même si Diodore prétend que le peuple après s'être repenti la lui a rendue, il semble, même s'il est intéressant de comparer les deux récits, qu'il vaut mieux suivre la version de Xénophon (Helléniques, VI, 2, 13-39). 84. Platées, attaquée par les Thébains en 431, assiégée depuis 429, a capitulé en 427. La population a été massacrée et la ville rasée.Athènes a accueilli ceux qui ont pu fuir dès le début des opérations et leur a octroyé, après une dokimasie, le droit de cité. En 421, ils sont installés en Chalcidique. On peut supposer qu'après Aigos-Potamos ils retrouvèrent l'Attique. 85. Il serait intéressant de comparer avec les arguments du Panégyrique dirigés cette fois-ci contre les Lacédémoniens. 86. Voir infra Polyen, Stratagèmes, II, 3 et l'attitude d'Épaminondas devant Sparte. 87. Xénophon, Helléniques, VI, 3, 12-18. 88. Voir Diodore, XV, 55 et Xénophon, Helléniques, IV, 2, 14. 89. Il faut distinguer les Spartiates – les homoioi -, des Lacédémoniens, c'est-à-dire les Spartiates et les périèques. On estime, en général, le nombre de combattants spartiates aux 2/3 des homoioi. 90. Voir Aristote, Politique, 1270 a 37. 91. Voir Plutarque, Vie d'Agis, V, 1. 92. Voir Hérodote, VII, 234 ; IX, 28. 93. Voir Thucydide, V, 78. 94. Voir Aristote, Politique, 1270 a 16. 95. Surtout que certaines catégories dites intermédiaires, entre les homoioi et les hilotes, étaient armées du fait de leur rôle dans l'armée lacédémonienne. 96. Voir Xénophon, La République des Lacédémoniens, I, 7-9. 97. Une more est à la fois une unité tactique et une classe d'âge de recrutement. 98. Xénophon, Helléniques, VI, 5, 3. 99. Xénophon, Helléniques, VI, 4, 21. 100. Sur les successeurs de Jason et leurs relations avecles Thébains et les Athéniens voir infra. 101. Mais on ne sait pas exactement quels sont les signataires du nouveau trait de paix. 102. Xénophon, Helléniques, VI, 5, 6. 103. Xénophon, Helléniques, VI, 5, 10. 104. Sparte n'avait pas, en effet, de remparts. La cité comptait sur ses hoplites pour empêcher l'ennemi d'approcher. Mais la poliorcétique a fait, au IVe siècles des progrès remarquables. Voir O. Battistini, La Guerre, op. cit. Les remarques d'Aristote (Politique, VII, 11, 1330 a, trad. J. Tricot) sur l'utilité des remparts témoignent des modifications stratégiques et tactiques dont il est le contemporain : « Passons à la question des remparts. Ceux qui viennent dire que les cités ayant des prétentions à la valeur militaire n'ont pas besoin de posséder de remparts, soutiennent une opinion surannée, et cela, tout en constatant que les cités qui s'abandonnent à cette vanité puérile reçoivent des démentis de la part des faits. Assurément, contre un ennemi de valeur égale et légèrement supérieur en nombre, il n'est pas très beau de chercher son propre salut à l'abri des murailles fortifiées. Mais il est possible aussi, et il arrive en fait, que la supériorité des assaillants devienne telle qu'il soit au-dessus des forces humaines et de l'héroïsme d'un petit nombre de résister ; si l'on veut alors que la cité survive et ne subisse ni revers ni outrage, on est bien obligé de penser que les remparts les plus solidement fortifiés constituent la protection militaire la plus sûre, surtout à notre époque où les inventions dans le domaine de la balistique et des engins de siège ont atteint une grande précision. » 105. Ces deux événements, conséquence essentielle de l'expédition d'Épaminondas, sont négligés par Xénophon. Surtout que le refus de reconnaissance de la Messénie par les Lacédémoniens sera un obstacle à la paix générale. 106. Voir Aristote, Politique, II, 9, 1269 b, trad. J. Aubonnet : « Les Laconiens, au contraire, n'ont eu que des ennemis pour voisins : Argiens, Messéniens et Arcadiens ». 107. Voir infra. Le stratège thébain a vu trop grand : ils n'y aura pas assez d'habitants, même au IIIe siècle, pour la peupler. Y naîtront Philopoemen et Polybe. 108. Il s'agit, selon Xénophon, d'Aracos, d'Ocyllos, de Pharax, d'Étymoclès et d'Olontheus. 109. Le parti anti-lacédémonien est toujours aussi puissant à Athènes. Par ailleurs, la décision d'envoyer Iphicrate avait été prise, selon Xénophon, sans « accepter d'entendre les gens d'avis contraire » (VI, 5, 49). 110. Phlious est une des dernières alliées de Sparte avec Corinthe. 111. Xénophon, Helléniques, VII, 1, 14. 112. Xénophon, Helléniques, VII, 1, 19. 113. On le voit la raison de l'échec de la paix commune est, pour Diodore, différente de celle de Xénophon. 114. Voir infra. 115. Voir infra. 116. La première guerre a été marquée par l'expédition carthaginoise en Sicile et la prise de Sélinonte et d'Himère en 409. La deuxième, en 397, se signale par la prise de Motyè, l'échec carthaginois en 396 devant Syracuse, et la campagne de Magon en Sicile. La paix est conclue en 392. La troisième guerre dure de 383 à 373. Crotone est soumise par Denys. 117. Denys l'Ancien a tiré profit de la menace carthaginoisese fit investir des pleins pouvoir par l'assemblée de Syracuse qui le nomma stratège autocrator. Il régna en tyran sur l'ensemble de l'île de 405 à 367. Avec lui la Sicile joua un rôle essentiel en Occident, tint tête aux Carthaginois et aurait pu, par sa puissance, jouer un rôle d'arbitre en mer Égée. Sa mort signifia le retour à l'isolement politique et aux guerres intestines. 118. Sur les poèmes de Denys voir Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XV, 6-7. 119. Il s'agit du temple de Delphes détruit par un tremblement de terre et un incendie. Or, les offrandes envoyées, en 373, par Denys pour sa reconstruction avaient été prises par Iphicrate lors du siège de Corcyre (voir supra). Le stratège athénien a en effet capturé les dix trières avec tout leur équipage – Diodore (XV, 47), à la différence de Xénophon (Helléniques, VI, 2, 33) en compte neuf –, envoyées par Denys pour secourir les Lacédémoniens. 120. Athènes n'octroyait que très rarement le droit de cité à des étrangers, en fonction de ses intérêts vitaux militaires ou économiques.On pense, par exemple, au cas des rameurs de la bataille des Arginuses, ou encore à Leucon, roi du Bosphore Cimmérien. Son père Satyros (393-389) avait accordé aux Athéniens la priorité dans les chargements de blé, ce qui était essentiel en cas de mauvaise récolte ou de famine. Le décret qui honore les fils de Leucon en 347-346 (voir infra) montre bien l'importance, pour l'approvisionnement en blé, des bons rapports avec le Bosphore, surtout après la fin de la seconde Confédération et les problèmes financiers que cela impliquait. De même, en 386, Athènes ne possède plus en Thrace que Lemnos Imbros et Skiros. Une alliance pour protéger les convois devient nécessaire. Or, à l'arrivée de Timothée en Chersonèse, Cotysentre en guerre et occupe Sestos. Nous sommes en 362. Il est assassiné en 359, sans doute à l'instigation d'Athènes. Ses meurtriers seront récompensés par l'octroi du droit de cité. Charès peut alors, en 357, conclure avec les souverains qui se partagent le royaume thrace des Odryses un traité d'alliance. Ce succès diplomatique est cependant acquis en vain. Voir infra. 121. Xénophon, Helléniques, VII, 1, 33. 122. Xénophon, Helléniques, VII, 1, 34. 123. P. Carlier, Le IVe siècle grec jusqu'à la mort d'Alexandre, op. cit., p. 66. 124. Voir infra la « guerre des Alliés ». 125. On ne saisit pas, ici, à propos de la cause de la bataille de Leuctres, la logique d'Isocrate. 126. Voir Xénophon, Helléniques, VII, 1, 37 : « Quand ces clauses furent rédigées et lues aux députés, Léon dit – et le Roi l'entendit : "Pardieu, Athéniens, c'est bien le moment pour vous, à ce qu'il paraît, de chercher un autre allié pour remplacer le Roi". » L'autre ambassadeur, Timagoras, accusé de trahison, est condamné à mort à son retour à Athènes. 127. Ces cités se révolteront contre Athènes lors de la « guerre des alliés » qui mit fin à l'hégémonie athénienne, en 355. 128. Le parti des aristocrates selon Budé. 129. Voir supra. 130. Après la réconciliation au sein de la ligue arcadienne. 131. L'utilisation des richesses du sanctuaire. 132. La paix avec les Éléens. 133. La demande d'aide athénienne par les Arcadiens. 134. Lire, entre autres, le chapitre 1 du livre IX (1-2) où Polybe explique pourquoi il s'est cantonné dans le genre « pragmatique » excluant les autres genres historiques, les chapitre 12 et 14 du livre XII (27a-28a) qu'il consacre respectivement aux compétences indispensables à l'historien et aux qualités qui doivent être celles de l'historien complet. 135. Voir infra ce qu'il dit sur Théopompe, Timée et Callisthène. 136. Voir infra les critiques de Polybe sur la relation de la bataille d'Issos par Théopompe. 137. Voir supra. 138. Voir, supra, la charte de fondation de la seconde Confédération athénienne et Diodore de Sicile, XV, 30, 5. 139. Charès s'est montré particulièrement brutal à l'égard des alliés. Voir Polybe, VII, 23, trad. D. Roussel : « Sous les gouvernements d'Aristide et de Périclès, le gouvernement d'Athènes s'est rarement montré brutal ; on l'a au contraire souvent vu faire preuve de générosité et de noblesse morale. Mais il en alla à l'inverse sous Cléon et Charès. » 140. Voir infra. 141. Voir infra. 142. Voir supra. 143. Timarque fut choisi. Voir Eschine, Contre Timarque, 107. 144. Isocrate, Aréopagitique, 14. Voir aussi le Panathénaïque, 134. 145. Même si les constitutions de Solon et de Clisthène sont différentes à bien des égards, la tradition athénienne les associe. 146. Le Conseil siégeant sur l'Aréopage, la colline d'Arès, est une ancienne institution de caractère aristocratique : elle est composée des archontes sortis de charge. Ses pouvoirs ont été diminués par les progrès de la démocratie. À l'origine c'est un corps politique et un tribunal. « Le Conseil de l'Aréopage avait pour charge de conserver les lois ; mais il prenait en tout la part la plus importante à l'administration de la cité, châtiant souverainement de peines corporelles et pécuniaires tous les délinquants. C'était d'après la noblesse et la richesse qu'on élisait les archontes, desquels provenaient les Aréopagites ; aussi est-ce la seule magistrature qui soit restée viagère et le soit aujourd'hui encore. » (Aristote, Constitution d'Athènes, III). Dracon est le premier à avoir limité ses attributions. Il resta cependant encore le « gardien des lois ». « Le Conseil de l'Aréopage était le gardien des lois et veillait à ce que les magistrats remplissent leurs fonctions conformément aux lois. Tout citoyen qui se prétendait victime d'une injustice pouvait déposer une dénonciation auprès de l'Aréopage en désignant la loi violée. » (Aristote, IV). Solon rendit à l'Aréopage les attributions enlevées par Dracon. Il conserva toutes les autres comme l'affirme Isocrate (Aréopagitique, 46).Affaibli par Clisthène, l'Aréopage redevint après les guerres Médiques le pouvoir dirigeant (Aristote, XLI). Voir Aristote, XXV : « Puis sous l'archontat de Conon, il [Éphialte] enleva au Conseil toutes les fonctions surajoutées qui lui donnaient la garde de la constitution, et il les remit, les unes aux Cinq Cents, les autres au peuple et aux tribunaux ». Au IVe siècle l'Aréopage est un tribunal dont les attributions sont limitées aux affaires de meurtre avec préméditation, d'empoisonnement et d'incendie. Il a la surveillance des oliviers sacrés et se prononce donc sur les affaires d'impiété relatives à la destruction de ces arbres. Il n'a donc plus de rôle politique, mais conserve un grand prestige moral sur lequel joue Isocrate. Voir Isocrate, Aréopagitique, 52. Pendant le siège d'Athènes, si l'on en croit Lysias (Contre Ératosthène, 69) il veille au salut public : « Et vous, Athéniens, vous voyiez l'Aréopage travailler à votre salut […] » trad. L. Gernet et M. Bizos. 147. Il prend la précaution d'opposer la démocratie àl'oligarchie et de critiquer le pouvoir des Trente. 148. Isocrate, Aréopagitique, 26, trad. G. Mathieu. 149. Voir les jugements d'Aristote sur la chrématistique. Voir aussi Isocrate, Trapézitique. 150. La guerre du Péloponnèse. Haut de page. Lundi 25 Mai 2009
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