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Bulletin d'informationRecherche |
L'établissement de la domination macédonienne en GrèceRetour au sommaire du IVème siècle jusqu'à la mort d'Alexandre. Plan : • Introduction (Polybe, XVIII, 14 ; IX, 28-29 ; VIII, 9-10 ; XII, 12 b). • 359-358 (Démosthène, Seconde Olynthienne, 5-6). • 357 (Inscription historique grecque). • 357-351 (Démosthène, Première Philippique, 31-32). • 349 (Démosthène, Première Olynthienne, 2-5). • 347-346 (Inscription historique grecque). • 346 (Démosthène, Sur la Paix,13-14 ; Eschine, Contre Ctésiphon, 54-68 ; Sur l'ambassade, 153-158 ; 71-76 ; Hypéride, Pour Euxénippe, 29-30). • 344-343 (Démosthène, Deuxième Philippiques, 23-25). • 342 (Démosthène, Sur les affaires de la Chersonèse, 21-29 ; 43-45). • 341 (Démosthène, Troisième Philippique, 47-50 ; 53-55). • 340-339 (Démosthène, Discours de la Couronne, 144-153). • 339 (Démosthène, Discours de la Couronne, 169-173 ; 188 ; Eschine, Contre Ctésiphon, 140-141). • 338 (Inscription historique grecque ; Eschine, Contre Ctésiphon, 159). • 336 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, 2, 3 ; 4, 7-9 ; Eschine, Contre Ctésiphon, 160). • 335 (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, 8, 2-9, 6 ; Arrien, Anabase, I, 8-9 ; Eschine, Contre Ctésiphon, 133 ; Inscriptions historiques grecques). • Notes de bas de page. Même s'il faut être prudent dans l'utilisation des discours de Démosthène 1 et d'Eschine comme sources historiques comme pour l'analyse de la succession des faits, nous y trouverons, malgré leur caractère polémique et leur manque parfois d'objectivité dans leur interprétation de la politique intérieure et extérieur d'Athènes, des renseignements précieux pour mieux comprendre la mise en place de la domination macédonienne. Pour se faire une idée de la violence des affrontements et de l'importance de l'enjeu politique et stratégique entre les adversaires et les partisans de Philippe, il faut, en effet, lire et comparer les discours de Démosthène et d'Eschine. Leurs idées et leurs prises de position politique font d'eux des ennemis irréconciliables. Au début des ambitions et des actions de Philippe, Eschine choisit le parti de la paix, fasciné par l'activité dévorante et la force du Macédonien. Il n'y a, pense-t-il,aucune chance pour l'arrêter. Il vaut donc mieux se concilier les bonnes grâces du futur vainqueur. Selon Démosthène, Eschine a trahi et caché à ses concitoyens les véritables intentions de Philippe – on pense en particulier à la fameuse affaire de l'Ambassade. Démosthène veut les forcer à réagir, à secourir, dans leur propre intérêt et pour leur survie politique,leurs voisins les plus menacés. À la Grèce entière il recommande d'oublier les querelles passées et de s'unir contre le péril commun. Le Discours de la Couronne et le Contre Ctésiphon sont révélateurs de cette opposition symbolique et du drame politique qui se joue en Grèce. Après Chéronée, et une fois la paix conclue, un Athénien, Ctésiphon 2, proposa de décerner une couronne à Démosthène pour le rôle qui fut le sien et pour le remercier d'avoir sauvé l'honneur de la cité et de la Grèce. Cette motion pouvait être interprétée comme une attaque contre Eschine et le parti macédonien. Eschine riposta en intentant à Ctésiphon une action d'illégalité, une graphè paranomôn 3. Mais le problème de la légalité passe vite au second plan. L'essentiel est évidemment d'ordre politique. Le procès intenté contre Ctésiphon est dirigé en fait contre la politique menée par Démosthène. C'était en 336, du vivant de Philippe… Démosthène lutta jusqu'au bout pour un monde de cités libres condamné par l'histoire. Avec le recul son opposition à Philippe et Alexandre semble vaine et perdue d'avance. Certes les Macédoniens sont les seuls capables de rassembler les Grecs en une seule unité politique en vue de grandes entreprises. Mais, cette unité des Grecs, sous l'égide macédonienne, est le signe de la fin de leur emprise sur l'histoire et le devenir. Pour Polybe, en tout cas, témoin et admirateur de la domination romaine, il manqua singulièrement de réalisme… « 14 En ce sens, Démosthène, qui fut si admirable à tant d'égards, mérite d'être blâmé pour avoir lancé à la légère et sans discernement les plus cinglantes insultes à l'adresse des hommes les plus remarquables de la Grèce. Il a dit en effet qu'en Arcadie, Kerkidas, Hiéronymos et Eucampidas avaient trahi les Grecs parce qu'ils avaient fait alliance avec Philippe. Pour la Messénie, il a accusé de la même façon les fils de Philiadas, Néon et Thrasylochos ; pour Argos, il s'en est pris àMyrtis, Télédamos et Mnaséas ; pour la Thessalie, à Daochos et à Kinéas ; pour la Béotie, à Théogéiton et à Timolas. Il en a encore énuméré bien d'autres, cité par cité. Et pourtant tous ces hommes pouvaient invoquer,pour justifier leur conduite, des arguments dont la valeur sautait aux yeux, et c'est en particulier le cas pour les dirigeants arcadiens et messéniens. En effet, ayant ainsi attiré Philippe dans le Péloponnèse et abaissé la puissance spartiate 4, ils permirent d'abord à toutes les populations du Péloponnèse de respirer et de retrouver le goût de la liberté, et d'autre part ils purent recouvrer les territoires et les cités que Lacédémone avait, au temps de sa grandeur, arrachés aux Messéniens, aux Mégalopolitains, aux Tégéates et aux Argiens, accroissant ainsi de façon considérable la puissance de leurs patries. Quand de tels avantages étaient en jeu, leur devoir était de ne pas entrer en guerre contre Philippe et les Macédoniens et de mettre toutes leurs énergies dans une entreprise qui leur vaudrait gloire et honneurs. S'ils avaient obtenu ces résultats en laissant Philippe établir des garnisons dans leurs cités, ou s'ils avaient, en abolissant les institutions nationales, ôté aux citoyens leurs droits politiques et leur liberté d'expression pour satisfaire leurs ambitions et s'approprier un pouvoir personnel, les accusations lancées contre eux par Démosthène seraient à coup sûr justifiées. Mais si, en s'attachant à défendre les droits de leurs patries, ils ont apprécié la situation autrement et ont estimé que les intérêts de leurs concitoyens n'étaient pas les mêmes que ceux des Athéniens, Démosthène n'avait pas à les taxer de trahison. Cet homme jugeait toute chose en fonction des intérêts particuliers d'Athènes et il croyait que tous les Grecs devaient avoir les yeux fixés sur les Athéniens, faute de quoi il les accusait d'être des traîtres, ce qui prouve, à mon avis, qu'il méconnaissait les réalités et manquait gravement à la vérité, surtout si l'on considérait que le cours pris par les événements en Grèce a prouvé que ce n'était pas lui qui avait vu clair,mais bien plutôt Eucampidas, Hiéronymos, Kerkidas et les fils de Philiadas. De fait, en s'opposant ainsi à Philippe, les Athéniens ont finalement essuyé le pire des désastres dans la bataille livrée à Chéronée. Et si le roi de Macédoine ne s'était pas montré aussi généreux et aussi soucieux de sa gloire,la politique de Démosthène aurait eu des conséquences encore bien plus graves pour eux. Au contraire, grâce à ces hommes qu'il a accusés, les Arcadiens et les Messéniens purent assurer contre les Lacédémoniens la sécurité de leur pays et la tranquillité pour tous, sans compter de nombreux autres avantages, dont bénéficia chacune de leurs cités en particulier. » Polybe, XVIII, 14. Le même historien, indique pourtant, dans une saisissante synthèse historique, que le monde des cités et son logos finit avec la domination macédonienne. Voici, au temps de Philippe V et de l'intervention romaine en Grèce, le début du discours de l'Aitolien Chlainéas, allié des Romains – un traité d'alliance contre Philippe V et ses alliés a été conclu –, pour demander le concours de Sparte contre Philippe V. Nous sommes en 210 et les idéaux de Démosthène pour la liberté et l'indépendance des cités grecques, déformés par la perspective temporelle et la volonté de propagande de l'orateur aitolien pour inciter les Lacédémoniens à intervenir aux côtés des Romains, paraissent à la fois bien lointains et tragiquement de circonstance, à la lumière des événements contemporains. En réalité, on le sait, la véritable menace est romaine. « 28 Lacédémoniens, c'est avec l'établissement de la domination macédonienne qu'a commencé pour les Grecs le temps de l'esclavage.Cela, je suis bien sûr que personne n'oserait le contester. Voici ce qu'on peut constater : il y avait en bordure de la Thrace une confédération de cités grecques fondées par les Athéniens et les Chalcidiens. Parmi elles, Olynthe était la plus considérable et la plus puissante. Philippe la réduisit en esclavage et, ayant fait cet exemple, non seulement il mit la main sur toutes les cités de la côte thrace, mais il obtint, grâce à la frayeur qu'il inspirait, la soumission des Thessaliens. Ayant peu après défait les Athéniens sur le champ de bataille 5, il se montra magnanime dans la victoire, mais non pas, tant s'en faut, pour ménager les vaincus, mais pour que sa générosité incitât les autres cités à reconnaître volontairement son autorité.Il restait pourtant votre cité avec tout son prestige, et il semblait qu'elle allait, à la première occasion, se faire la championne des Hellènes. Voilà pourquoi tous les prétextes furent bons au Macédonien pour pénétrer dans ce pays avec ses troupes et le saccager, détruisant les récoltes et incendiant les maisons. Finalement il vous arracha une partie de votre territoire et de vos villes et en distribua des lambeaux aux Argiens, aux Tégéates, aux Mégalopolitains et aux Messéniens, car il tenait à se montrer à tous ces gens,fût-ce au mépris du droit, pourvu qu'il vous causât du tort. Alexandre, qui lui succéda sur le trône, s'avisa qu'une petite étincelle de ce qui avait été la Grèce s'était conservée à Thèbes et détruisit cette ville dans des conditions que nul d'entre vous, je suppose, n'ignore. 29 Quant à la politique suivie à l'égard des Grecs par les successeurs d'Alexandre, est-il besoin que je l'expose en détails ? Si indifférent qu'on puisse être aux grandes affaires, on n'a pu manquer d'apprendre comment Antipater, vainqueur des Hellènes à Lamia 6, a traité les infortunés Athéniens ainsi que les autres cités. Cet homme poussa l'arbitraire et la violence au point qu'il institua des agents ayant pour fonction de débusquer les exilés et qu'il les envoya dans les cités pour arrêter ceux qui s'étaient opposés à sa politique ou qui avaient, d'une manière quelconque, offensé la maison royale de Macédoine. Les malheureux, traînés hors des sanctuaires, arrachés parfois aux autels, périssaient dans les supplices. Ceux qui réussissaient à s'enfuir étaient des hors-la-loi dans toute la Grèce. Pour eux il n'y avait aucun refuge si ce n'est le territoire de la Confédération aitolienne. Pour ce qui est de la conduite de Cassandre, de Démétrios, puis d'Antigone Gonatas, est-il quelqu'un qui l'ignore ? Les faits étant récents, le souvenir en est encore très vivant. Pour toutes les cités, dans lesquelles ils installaient des garnisons ou instauraient des tyrannie, la servitude devint le lot commun. Mais je laisserai de côté ces hommes-là pour vous parler du dernier, Antigone Doson, car je crains que certains d'entre vous, examinant sa conduite sans penser à mal, se croient devoir de la reconnaissance aux Macédoniens. […] » Polybe, IX, 28-29. Parmi les historiens des règnes de Philippe et d'Alexandre, il faut distinguer Théopompe, élève d'Isocrate et ami des deux rois macédoniens. Il dut quitter Chios et se réfugier en Égypte à la mort du conquérant. Il ne reste que quelques fragments de ses deux œuvres les plus importantes, les Hellenika – un véritable prolongement de l'ouvrage de Thucydide, de 411 à la bataille de Cnide en 394–, et les Philippika racontant la vie de Philippe II, mais devenues, grâce à de longues digressions, une véritable histoire universelle. Cet historien abuse des effets de rhétorique. Grand admirateur de Philippe II, est pourtant critiqué par Polybe qui cite, lors d'une de ses nombreuses digressions, ses propos jugés venimeux et inconséquents sur les compagnons de Philippe. Ce passage de Polybe est donc doublement intéressant, surtout après la lecture des Harangues de Démosthène. « 9 Et celui qui, dans cet ordre d'idées,mériterait le plus d'être blâmé, n'est-ce pas Théopompe ? C'est lui qui, après avoir, au début de son ouvrage sur Philippe (le père d'Alexandre),affirmé que la raison qui l'avait le plus déterminé à l'écrire était que jamais encore l'Europe n'avait produit un homme aussi considérable que ce Philippe, fils d'Amyntas, insiste aussitôt dès les premiers chapitres et tout au long de son histoire sur le fait que ce même Philippe était irrésistiblement porté sur les femmes, au point que, pour autant qu'il dépendait de lui, la maison dont il était le chef aurait pu être ruinée à cause de cette passion qui le dominait. Il nous peint encore ce roi comme le plus injuste et le plus perfide des hommes dans ses manœuvres pour acquérir des amis et des alliés ; il déclare qu'il a asservi ou traîtreusement pris, par la ruse ou par la violence, un nombre immense de cités ; il nous qu'il s'adonnait aux boissons fortes, au point qu'il lui arrivait souvent d'apparaître en état d'ivresse devant ses "amis" avant même le soir. Quiconque voudrait lire le début le début du quarante-neuvième livre de l'ouvrage de Théopompe, ne pourrait être que profondément stupéfait par l'inconséquence d'un auteur qui, pour ne rien dire du reste, n'a pas hésité à écrire ces mots que nous citons textuellement : "Tout ce qu'il pouvait y avoir, tant chez les Grecs que chez les barbares, en fait de ruffians crapuleux et impudents s'était donné rendez-vous en Macédoine auprès de Philippe et c'étaient ces gens-là qu'on appelait "les Compagnons du roi". D'une façon générale, Philippe n'éprouvait que dédain pour les hommes qui menaient une vie digne et qui prenaient soin de leurs biens. Il n'estimait etne distinguait que les prodigues, les ivrognes et les joueurs. Voilà pourquoi,non content d'entretenir les vices de ses Compagnons, il les amenait à rivaliser entre eux de vilenie et de dépravation. Existait-il en effet quelque forme d'infamie ou quelque genre de forfait qui ne fusent pratiquées par ces gens ? Était-il une seule vertu, une seule inclination honorable qui ne leur fussent étrangères ? Il y avait parmi eux des hommes qui, malgré leur sexe, passaient leur temps à se faire raser et lisser la peau, d'autres qui, restés barbus, se livraient entre eux à des ébats lubriques. Ils étaient accompagnés de deux ou trois mignons et faisaient eux-mêmes fonction de mignons auprès de tel autre. C'est donc à bon droit qu'on aurait pu dire d'eux qu'ils étaient non pas des compagnons, mais des courtisanes, non pas des soldats, mais des putains. Naturellement portés à tuer les hommes, ils recherchaient aussi,par tempérament, leurs étreintes. En un mot, et pour ne pas prolonger encore ce développement – car la matière qui s'offre à nous par ailleurs est fort abondante –, j'estime que ces gens, qu'on appelait les "Amis" et les "Compagnons" de Philippe, étaient de véritables fauves, bien plus dépravés, pour les mœurs, que les centaures du Pélion, que les Laistrigons de la plaine de Léontinoï ou tout autre monstre quel qu'il fût." 10 Qui ne condamnerait ces propos venimeux et cette intempérance de langage ? Et ce n'est pas seulement parce que Théopompe contredit ici ses propres déclarations concernant le sujet choisi par lui qu'il mérite le blâme, mais parce qu'il a calomnié le roi et ses "amis", et surtout parce qu'il l'a fait dans des termes ignobles. Quand on aurait à peindre Sardanapale et sa cour, c'est à peine si on oserait user d'un langage aussi brutal, malgré l'épitaphe gravée sur le tombeau de ce monarque,qui confirme ce que nous savons de sa conduite et de ses stupres : Ils sont à moi tous mes festins, tous mes débordements et tous les délices que l'amour m'a fait goûter. S'agissant de Philippe et de ses "amis", non seulement on doit se garder de parler de mollesse et de couardise et s'abstenir de toute imputation ignominieuse, mais celui-là même qui entreprendrait de faire son éloge ne pourrait trouver de termes assez forts pour peindre le courage, l'activité inlassable et toutes les hautes qualités de ces hommes, qui, par leurs travaux et l'audace de leurs entreprises, ont su, à partir d'un minuscule royaume, constituer pour les Macédoniens le plus glorieux et le plus vaste des empires. » Polybe, VIII, 9-10. Polybe, et c'est utile pour notre approche des prises de position de Démosthène, s'en prend ensuite à Timée, un historien grec, contemporain d'Agathocle et de Hiéron II de Sicile, célèbre pour avoir inaugurer une chronologie fondée sur les Olympiades. Polybe l'accuse de mensonges et de falsifications délibérées. Il ne reste des 38 volumes de son Histoire de la Sicile que quelques rares fragments. « 12 b On doit dénoncer et censurer propos délirants des auteurs qui, dans leurs écrits, s'abandonnent à leur fantaisie et tombent dans l'extravagance. Et ceux qui se sont livrés eux-mêmes à de pareilles élucubrations devraient du moins s'estimer heureux d'échapper à la critique et ne pas s'attaquer par-dessus le marché aux autres, comme c'est le cas de Timée. Ainsi ce dernier déclare que Callisthène 7 n'était qu'un flatteur, pour avoir écrit comme il l'a fait, que nul n'était aussi étranger que lui à l'esprit scientifique, qu'il prêtait attention au vol des corbeaux et à des propos de femmes en proie au délire corybantique, et qu'il a bien mérité le châtiment que lui a fait infliger Alexandre, dont il avait perverti le caractère dans toute la mesure de ses moyens. Timée loue d'autre part Démosthène et les autres orateurs de cette époque qui, selon lui, se montrèrent dignes de la Grèce en s'opposant aux prétentions d'Alexandre, alors que celui-ci réclamait les honneurs divins 8. » Polybe, XII, 12 b. Haut de page.
359-358. Philippe est roi de Macédoine en 359. Il montre rapidement ses ambitions et son génie politique. Pendant l'hiver 359-358 Philippe réorganise la phalange macédonienne 9. Selon Polybe les innovations sont essentielles : on constate, d'une part,au niveau de l'armement lourd, un allongement considérable de la sarisse qui passe de 2 à 7 m, la présence d'un petit bouclier recourbé attaché à l'épaule par une courroie, et, d'autre part, au niveau tactique, la phalange compte 16 rangs sur toute la ligne frontale. Elle triomphera en Asie, voir Quinte-Curce, III, 2.
Ses voisins de Péonie, de Thrace et d'Illyrie sont vaincus. Les Illyriens sont écrasés sur le plan stratégique et tactique : Philippe a lancé de manière combinée l'infanterie et la cavalerie sur les flancs et l'arrière de l'adversaire, ses points faibles. Amphipolis 10, Pydna, Potidée, Méthone tombent. Amphipolis avait été prise par le spartiate Brasidas en 424. Devenue indépendante, elle résista, avec l'aide de Perdiccas III de Macédoine, à toute tentative d'Athènes pour s'y réinstaller. Philippe joue,maintenant, un jeu ambigu et subtil, comme le montre, par exemple, la théorie de l'existence d'un « pacte secret » entre Athènes Philippe qui pourrait expliquer l'attitude athénienne. Ce dernier retire, en 359, les troupes qui protégeaient la cité des menées athéniennes. En 358, il reconnaît aux Athéniens le droit de reprendre leur ancienne colonie. En fait, son but est de s'en emparer pour son propre compte. Il réussit ainsi à tromper les Athéniens qui restent sans réaction lors de l'intervention des troupes macédoniennes. En effet, le Macédonien, montrant son art de la désinformation et la maîtrise d'une forme de guerre nouvelle 11, aurait fait croire aux Athéniens qu'il prendrait Amphipolis pour la leur livrer ensuite. « 5 Mais si je me contentais de l'appeler parjure et déloyal sans vous remettre ses actes sous les yeux, on aurait le droit de m'opposer que ce sont là des injures et rien de plus. Au lieu de cela, passer en revue tout ce qu'il a fait et donner la preuve de toutes mes accusations, c'est l'affaire de peu de mots et j'estime qu'ils sont nécessaires pour deux raisons : d'abord, pour que Philippe vous apparaisse tel qu'il est, c'est-à-dire méprisable ; et aussi pour ceux qui, le croyant invincible, sont terrifiés, apprennent qu'il a épuisé désormais tous les artifices grâce auxquels il est devenu puissant et qu'ainsi sa prospérité touche à sa fin. 6 Certes, moi aussi, Athéniens, je le regarderais comme redoutable et digne d'admiration, si je l'avais vu grandir ainsi par une politique de justice. Mais quoi ? lorsque j'examine et que je réfléchis, voici ce que je découvre. Au début, quand certains d'entre vous nous faisaient chasser d'ici les Olynthiens qui voulaient s'entendre avec vous, c'est en s'engageant à nous remettre Amphipolis et en machinant ce fameux secret dont on a tant parlé, qu'il a leurré votre naïveté. » Démosthène, Seconde Olynthienne, 5-6, trad. M. Croiset. Haut de page. 357. Décret 12 d'Amphipolis après la prise de la cité par Philippe. Ce décret révèle comment, la cité une fois dans les mains de Philippe, les instigateurs de l'appel à Athènes furent bannis. La stèle a été découverte réemployée dans la construction d'une fontaine. L'écriture est en files. « Il a plu au peuple ; que Philon et Stratoclès soient à jamais bannis d'Amphipolis et de la terre d'Amphipolis ; qu'eux-mêmes et leurs enfants, si on les prend, soient traités comme des ennemis et mis à mort impunément, que leurs biens soient confisqués, la dîme en étant consacrée à Apollon et au Strymon ; que leur président inscrive leur nom sur une stèle de pierre ; si quelqu'un propose un décret contraire ou les accueille, par art ou par ruse, que ses biens soient confisqués et qu'il soit banni d'Amphipolis à jamais. » Inscription historique grecque. Haut de page. 357-351. Athènes, après la guerre contre ses alliés (357-355), est affaiblie. La politique de restauration de l'empire athénien semble avoir échoué, car trop ambitieuse. Les Athéniens n'avaient pas les moyens de maintenir leurs communications avec lamer Noire, de reprendre Amphipolis, de tenir Byzance, Lesbos et Chios (364), Cyzique et Corcyre (362-361) et de défendre leur propre territoire 13. Ses troupes terrestres et sa flotte sont mal organisées. Mal financées. En 356, la défaite de la flotte de l'Hellespont commandée par Charès, au large d'Embata, est décisive et significative d'un état des choses.Elles arrivent le plus souvent trop tard sur le théâtre des opérations. Athènes doit reconnaître l'indépendance de leurs anciens alliés. En 355, la confédération athénienne est réduite à quelques bases navales en mer Égée… 355 est le début de la Troisième guerre sacrée. Les Phocidiens, qui ont occupé Delphes par représailles, sont accusés de sacrilège par le conseil des Amphictyons. Sparte et Athènes prennent fait et cause pour les Phocidiens. Le stratège phocidien Onomarchos stoppe les troupes amphictyoniques aux passes menant à Delphes, avant de pénétrer en Thessalie en 353. Il meurt au combat face à Philippe qui venait d'être élu archonte de la ligue thessalienne. 3 000 prisonniers, considérés comme des sacrilèges,sont jetés des falaises… En 352, Philippe est devant les Thermopyles. La flotte athénienne débarque plus de 10 000 hoplites alliés et des Phocidiens commandés par Phayllos, le frère d'Onomarchos. Ils arrivent sur les lieux assez tôt pour tenir les défilés et faire reculer le roi de Macédoine qui est rappelé en Thrace. Philippe n'est peut-être pas invincible. Démosthène prononce la Première Philippique en 351 et tire les enseignements de la Guerre sacrée : l'ennemi est le roi de Macédoine. Mais il ne s'arrêtera pas si on ne lui barre la route. Changer de méthode est, dans ces conditions, une nécessité urgente. Il faudrait constituer des forces capables d'intervenir et de faire face aux attaques foudroyantes de Philippe et de se porter immédiatement sur les points menacés, organiser enfin des corps expéditionnaires pour harceler l'ennemi chez lui… « 31 Laissez-moi vous dire seulement que vos décisions au sujet de la guerre et des armements en général seraient beaucoup meilleures, Athéniens, si vous réfléchissiez à la situation du pays auquel vous avez affaire et si vous remarquiez comment Philippe profite du régime des vents et des saisons pour vous prévenir la plupart du temps et pour réussir. C'est en attendant les vents étésiens ou l'hiver qu'il exécute ses coups de main, alors qu'il nous est impossible d'arriver là-bas ! 32 S'il en est ainsi nous devons renoncer aux expéditions de secours, car nous serons toujours en retard ;il nous faut donc un armement toujours prêt, une armée permanente. Pour l'hivernage de cette armée, nous avons Lemnos, Thasos, Skiathos et les îles des mêmes parages, où ne manquent ni les ports, ni le blé, ni rien de ce qu'il faut. Et dans la saison pendant laquelle il est facile de se tenir près de la terre et où l'on a rien à craindre des vents, rien n'empêchera de stationner dans les eaux du pays, près des débouchés du commerce. » Démosthène, Première Philippique, 31-32. Haut de page. 349. Après une alliance qui dura six ans (356-351) 14, Philippe attaque brusquement Olynthe, cité grecque située en Thrace. Les Olynthiennes de Démosthène contribuèrent, de manière certaine, à stimuler les Athéniens à venir en aide aux Olynthiens. Pour Démosthène, le salut d'Olynthe signifie la sauvegarde d'Athènes : si la cité est prise, les voies d'accès à Athènes sont ouvertes au roi macédonien. Eubule décide cependant de négliger Olynthe qui lui semble bien éloignée et choisit d'intervenir en Eubée où une révolution a éclaté. Ce choix stratégique ne s'avère pas payant. Athènes doit reconnaître l'indépendance de l'Eubée en 348. En Chalcidique, Olynthe tombe, par trahison,après une résistance de un an et malgré les interventions tardives des stratèges Charès 15 et Charidème 16. « 2 Eh bien, justement, Athéniens,voici une occasion qui semble presque parler et qui vous presse d'agir si vous avez à cœur votre salut. De notre état d'esprit, en cette circonstance, je ne sais trop que penser. En tout cas mon avis, à moi, c'est de voter le secours séance tenante, puis de nous apprêter aussi promptement que possible à le faire partir d'ici – en vous gardant surtout de tarder comme précédemment –, enfin d'envoyer des délégués qui feront connaître votre décision et qui verront de près tout ce qui se passe. 3 Ce qui est le plus à craindre, en effet, c'est que cet homme, retors et habile à profiter de tout, soit par des concessions, s'il y a lieu, soit par des menaces, – et il a le moyen d'y faire croire –, ou encore en nous décriant, en alléguant contre nous notre absence, ne détourne, ne fasse dévier le cours des choses. 4 Et pourtant, à le bien prendre, Athéniens, ce qui rend Philippe le plus redoutable est aussi ce qu'il y a de meilleur pour vous. Souverain absolu, il décide seul de ce qu'il faut dire et de ce qu'il faut faire, il est à la fois le général, le maître, le trésorier, il est partout où est son armée, avantage immense pour opérer rapidement et profiter des occasions ; mais, s'il s'agit des arrangements qu'il voudrait bien conclure avec les Olynthiens, rien de plus défavorable. 5 Ceux-ci, en effet, ne voient-ils pas clairement qu'aujourd'hui ce n'est pas pour l'honneur ni pour une portion de territoire qu'ils font la guerre, mais pour prévenir la destruction et l'asservissement de leur patrie ? Et ils savent comment il a traité ceux des Amphipolitains qui lui ont livré leur ville, et ceux des Pydnéens qui l'ont accueilli. D'ailleurs c'est un fait général que toute république est en défiance à l'égard du pouvoir absolu, surtout quand il s'agit de deux États qui se touchent. » Démosthène, Première Olynthienne, 2-5. Haut de page. 347-346. Le ravitaillement en céréales est de plus en plus une question essentielle pour Athènes qui n'a plus les moyens (la seconde Confédération est dissoute)d'assurer totalement la régularité et la sécurité des convois ainsi que leur financement. La lignée des souverains ou dynastes Spartocides 17 est courtisée. On comprend pourquoi : les Athéniens avaient obtenu de Satyros 18 un véritable monopole pour le chargement du blé en cas de pénurie, et son fils Leucon leur avait envoyé du blé lors de la famine de 357. Ici, dans ce décret d'éloge – inscrit sur une stèle de marbre trouvée au Pirée représentant Spartocos avec Pairisadès sur un trône et Apollonios debout –, Athènes honore les fils de Leucon et leur accorde le droit d'enrôler au Pirée des équipages pour la flotte : les Athéniens, par une sorte de troc, offrent leur aide et leur compétence techniques – on le sait depuis Platon la marine est un domaine savant nécessitant formation – pour régler en partie leur solde. « Pour Spartocos, Pairisadès, Apollonios, les fils de Leucon. Sous l'archontat de Thémistoclès, durant la huitième prytanie qui était celle de la tribu Égéïs, Lysimachos fils de Sosidémos d'Acharnes était secrétaire, Théophilos d'Halimonte était président, Androtion fils d'Andros de Gargettos a fait la proposition ; pour répondre à ce qu'ont fait dire Spartocos et Pairisadès et qu'ont transmis les ambassadeurs venus de leur part, qu'il leur soit annoncé que le peuple des Athéniens accorde l'éloge à Spartocos et Pairisadès parce qu'ils se conduisent en hommes de bien et qu'ils promettent au peuple des Athéniens qu'ils en useront, pour l'exportation de céréales, comme leur père le faisait, ils aideront volontiers le peuple à satisfaire ses besoins ; que les ambassadeurs leur signifient que, s'ils agissent ainsi, le peuple des Athéniens ne leur fera aucun tort ; et puisqu'ils ont offert aux Athéniens les mêmes cadeaux que ceux qui avaient déjà été offerts par Satyros et Leucon, qu'on les couronne aux grandes Panathénées d'une couronne d'or de mille drachmes pour chacun d'eux, que les responsables des concours fassent confectionner la couronne l'année prochaine lors des grandes Panathénées, selon le décret pris précédemment pour Leucon, que l'on proclame que le peuple des Athéniens couronne Spartocos et Pairisadès fils de Leucon, pour leur valeur et leur bienveillance à l'égard du peuple des Athéniens ; et puisqu'ils consacrent les couronnes à Athéna Polias, que les responsables des concours déposent les couronnes dans le sanctuaire en y faisant graver l'inscription suivante : "Spartocos, Pairisadès fils de Leucon, couronnés par le peuple des Athéniens,ont consacré ces couronnes à Athéna" ; le trésorier du peuple donnera aux responsables l'argent réservé pour les couronnes sur l'argent réservé pour les décrets, que, présentement, les receveurs donnent pour les couronnes l'argent pris sur les crédits militaires ; que le secrétaire du conseil inscrive ce décret sur une stèle de pierre et la place près de celle pour Satyros et Leucon, que le trésorier du peuple donne trente drachmes pour l'inscription ;que soit accordé l'éloge pour l'ambassadeur Sosis et Théodosios parce qu'ils prennent soin de ceux qui d'Athènes vont au Bosphore et qu'ils soient invités demain au repas du prytanée ; pour le recouvrement de l'argent dû aux fils de Leucon, que les présidents qui ont été désignés pour exercer la présidence soumettent l'affaire à la délibération du peuple le 18 du mois, aussitôt après l'examen des affaires sacrées, afin qu'ayant récupéré leur argent, ils n'aient pas à se plaindre du peuple ; qu'on donnent les rameurs que demandent Spartocos et Pairisadès, mais que les ambassadeurs inscrivent les noms des rameurs qu'ils auront retenus et donnent cette liste au secrétaire du conseil, ceux qui y seront inscrits auront pour instruction de s'employer du mieux qu'ils pourront pour les fils de Leucon. Polyeucte fils de Timocratès du dème de Crioé a fait la proposition : pour tout le reste conformément à la proposition d'Androtion, que l'on couronne aussi Apollonios fils de Leucon de la même façon […]. » Inscriptionhistorique grecque. Haut de page. 346. Avant et après la prise d'Olynthe (348) Philippe propose la paix à Athènes. Sur proposition de Philocrate l'assemblée envoie une ambassade à Pella. Démosthène en fait partie 19. Eubule tente en vain de constituer une alliance contre Philippe avec les cités neutres. Antipater et Parménion, Compagnons de Philippe, sont reçus à Athènes. La paix est signée entre Athènes et Philippe après la seconde ambassade qui reçut les serments du roi. Il n'est donc pas question d'une paix commune. Ces faits sont à l'origine du fameux procès de l'Ambassade et des plaidoyers de Démosthène et d'Eschine. Malgré ces témoignages de première importance, il est difficile de se rendre compte exactement du déroulement des différentes opérations diplomatiques. Les textes des orateurs évoqués plus haut sont, en effet, polémiques. En tout cas, la paix de 346, ou paix de Philocrate, – véritable humiliation pour Athènes qui n'avait pas d'autre solution que de subir la loi du plus fort –, ne peut être qu'une trêve. Il faut donc se méfier. Surtout, il s'agit de ne pas engager une guerre où l'on aurait tout le monde contre soi. Mais Philippe pénètre alors en Grèce centrale : les Athéniens devenus ses « alliés » ne peuvent lui barrer le passage. Au lieu de réduire « l'insolence thébaine », il livre à Thèbes les cités de Béotie, à l'opposé des promesses faites aux Athéniens qui voulaient empêcher la cité de devenir trop puissante. Les Thébains deviennent les alliés du Macédonien. Les Phocidiens, dont la situation n'avait pas été réglée par le traité, sont contraints de livrer les Thermopyles – Phalaicos capitule –, même si les Athéniens dans un dernier sursaut d'orgueil ont refusé de combattre leurs anciens alliés. Delphes est « libérée » par les Macédoniens au nom des Amphictyons… « 13 Avant tout, un principe doit être admis. Quelque proposition qu'on fasse, alliance, contribution, préparatifs quelconques, aucune mesure ne doit entraîner la rupture de la paix qui existe. Non pas que celle-ci soit glorieuse ni digne de vous ; non ; mais,quelle qu'en soit la valeur, s'il eût été plus opportun pour nous qu'elle ne se fît pas, il le serait bien moins aujourd'hui qu'elle fût rompue par notre fait. Combien d'avantages n'avons-nous pas abandonnés qui nous auraient permis, quand nous les possédions, de faire la guerre avec moins de risques et plus de facilités 20. 14 D'ailleurs, il faut prendre garde, Athéniens, de ne pas créer pour ces délégués qui viennent de s'assembler, et qui se disent maintenant les Amphictyons 21, la nécessité ni le prétexte de nous déclarer la guerre au nom de tous ceux qu'ils représentent. » Démosthène, Sur la Paix, 13-14. Les négociations de la paix de Philocrate et le rôle de Démosthène vus par Eschine, son adversaire, sont particulièrement intéressants parce que sa version des faits est, naturellement, différente. « 54 Au contraire, sur les crimes publics de Démosthène, je m'efforcerai de donner un récit plus circonstancié. On me dit en effet que Démosthène, lorsqu'on leur donnera la parole, s'apprête à vous apprendre par une énumération qu'il y a, – à ce qu'il prétend –, quatre périodes durant lesquelles il a pris part au gouvernement. Il compte, me dit-on, comme l'une d'elles et la première de toutes, cette époque où nous étions en guerre avec Philippe pour Amphipolis et en fixe le terme à la paix et au traité d'alliance qu'avait proposés Philocrate d'Hagnonte, et avec lui notre Démosthène en personne, comme je vous le montrerai. 55 Ce qu'il appelle la seconde, c'est la durée de la paix jusqu'au beau jour où ce même orateur détruisit la tranquillité dont jouissait la république et proposa la guerre. La troisième,ce fut le temps des hostilités jusqu'au désastre de Chéronée, la quatrième, l'époque actuelle 22. […] 60 […] S'il en est parmi vous qui soient venus ici avec cette opinion formée d'ancienne date que Démosthène n'a jamais dit un seul mot en faveur de Philippe, de connivence avec Philocrate, eh bien ! si l'un de vous a une telle idée, qu'il se garde d'absoudre ou de condamner avant de m'avoir entendu, car ce serait injustice. Mais si vous m'écoutez rappeler brièvement les circonstances et produire les décrets présentés par Démosthène avec Philocrate, si la seule récapitulation des faits tels qu'ils se sont passés convainc Démosthène d'avoir proposé un plus grand nombre de décrets que Philocrate au sujet de la première paix 23 et de l'alliance, 61 d'avoir flatté plus bassement qu'on ne peut Philippe et ses envoyés, d'avoir par sa faute empêché le peuple de conclure la paix de concert avec l'Assemblée plénière des Grecs, d'avoir livré à Philippe Kersoblepte, roi de Thrace, un ami et allié de la république, – si je vous démontre clairement ces choses,je vous adresserai une modeste requête : au nom des dieux, accordez-moi d'un signe que Démosthène, dans la première des quatre périodes, a fait une mauvaise politique. Je partirai donc du point d'où vous pourrez me suivre le plus facilement. 62 Philocrate avait proposé un décret autorisant Philippe à envoyer ici un héraut et des délégués pour traiter de la paix. Ce décret fut attaqué comme contraire aux lois. Le jour du procès arrive ; Lyconos, auteur de l'accusation, la soutient ; Philocrate est acquitté. Survient alors l'archontat de Thémistocle. Démosthène entre au Conseil sans avoir été désigné par le sort, ni comme membre ni comme suppléant, mais par l'argent et l'intrigue, pour seconder Philocrate en tout, par la parole et par l'action, ainsi que l'événement l'a prouvé. 63 En effet, Philocrate fait passer un second décret ordonnant d'élire dix ambassadeurs pour qu'ils aillent auprès de Philippe lui demander d'envoyer ici des plénipotentiaires pour traiter de la paix. Démosthène était l'un des dix. À son retour, il faisait le panégyrique de la paix et ses rapports ne différaient pas de ceux des autres envoyés ; et seul d'entre les membres du Conseil, il proposa d'accorder un sauf-conduit au héraut et aux ambassadeurs de Philippe, mesures conformes à celles qu'avait proposées Philocrate : l'un rend possible l'envoi dans notre ville d'un héraut et d'ambassadeurs, l'autre procure un sauf-conduit à la délégation. 64 Pour ce qui va suivre, prêtez-moi toute votre attention. Tout fut traité non point avec les autres délégués – qui furent ensuite couverts de calomnies par Démosthène quand il eut changé d'avis –, mais avec Philocrate et Démosthène. Chose naturelle : ils avaient été unis dans l'ambassade, ils s'unissaient pour proposer les décrets Ces négociations avaient pour but, d'abord, de vous empêcher d'attendre le retour des délégués que vous aviez envoyés pour soulever les cités contre Philippe, en sorte que vous concluriez la paix seuls pour votre compte, sans les autres Grecs ; 65 en second lieu, de vous faire décréter non seulement la paix, mais aussi l'alliance avec Philippe, pour que ceux qui se réglaient sur votre peuple tombassent dans un désespoir extrême en vous voyant les appeler à la guerre dans l'instant même où vous veniez, à Athènes, non seulement de décréter la paix, mais encore l'alliance ; en troisième lieu, d'exclure des serments Kersoblepte, roi de Thrace, et de lui interdire de participer à l'alliance et à la paix : on annonçait déjà une expédition contre lui. 66 Mais celui qui achetait ces privilèges n'était pas coupable, on ne pouvait s'indigner qu'il servît ainsi ses intérêts, avant les serments, avant le traité ; non, mais les hommes qui avaient trafiqué, fait marché ces fondements de la cité étaient dignes d'une grande colère. Ce Démosthène, qui aujourd'hui se dit ennemi d'Alexandre,et se proclamait autrefois ennemi de Philippe, cet homme qui me reproche l'amitié d'Alexandre, c'est lui qui fait décréter – soustrayant ainsi à la république les avantages que lui donnaient les circonstances –, 67 que les prytanes convoqueront une assemblée préliminaire des concours, un jour sacré : chose que personne ne se souvient d'avoir vu arriver ; et sous quel prétexte ? Afin,dit-il, que si les ambassadeurs de Philippe sont déjà arrivés, le peuple dé libère en toute diligence sur les négociations avec le roi. Il s'assurait ainsi d'avance de l'Assemblée pour des ambassadeurs qui n'étaient pas encore là, il abrégeait les délais dont vous disposiez, il précipitait les choses, afin que ce ne fût pas ensemble avec les autres Grecs, au retour de vos députés, mais seuls que vous conclussiez la paix. 68 Après cela, citoyens d'Athènes, surviennent les envoyés de Philippe, tandis que les vôtres étaient encore en voyage, occupés à soulever les grecs contre le roi. Démosthène fait alors passer un second décret dans lequel il propose que l'on délibère non point de la paix seulement, mais encore d'une alliance, sans attendre le retour de vos envoyés, mais tout de suite après les Dionysies de la ville, le 18 et le 19 du mois. Pour confirmer ce que je dis, écoutez maintenant la lecture des décrets. » Eschine, Contre Ctésiphon, 54-68, trad. V. Martin et G. de Budé. La première assemblée des alliés proposait la paix et n'évoquait pas d'alliance.Tout cité grecque devait avoir la possibilité, dans les trois mois de s'inscrire aux côtés des Athéniens sur la même stèle. Cette idée d'un congrès panhellénique et d'une paix commune permettrait à Athènes, en cas de non respect des traités et donc de conflit, de ne pas se trouver isolée face à Philippe. Mais, par la faute de Démosthène, toujours selon Eschine, le pire est arrivé. En réalité il n'y a pas intelligence entre Démosthène et Philippe. Démosthène n'ignorait pas les avantages d'un délai de trois mois pour la cause grecque. Face aux Macédoniens qui dictent leurs conditions de la paix – une paix bien provisoire, mais qui leur permet d'avoir les mains libres en Grèce centrale –, il n'y pas d'autre solution, pour éviter la guerre – et la situation n'était guère favorable aux Athéniens –, que de signer la paix et d'accepter la si importante clause d'alliance… « 71 […] La nuit se passe et le lendemain nous retrouve à l'Assemblée. Alors, avant tout le monde, Démosthène s'empare de la tribune, et, sans laisser personne dire un mot, il déclare que les discours de la veille sont choses vaines sans l'adhésion des ambassadeurs de Philippe 24. Il ajoute qu'il ne connaît pas de paix sans alliance. 72 Il ne faut pas, ajoutait-il – et je m'en souviens textuellement, si grande était la rudesse de cette parole et de celui qui la prononçait – il ne faut pas, disait-il, arracher l'alliance de la paix, ni attendre les lenteurs des Grecs ; non, ce qu'il fallait, c'était faire la guerre seuls, ou la paix séparément. En terminant, il appelle Antipater à la tribune et lui pose une question qu'il lui avait déjà communiquée en lui dictant d'avance la réponse, pour le malheur de la cité. Et pour finir, c'est leur avis qui triomphe, Démosthène ayant violenté l'Assemblée avec ses discours et Philocrate ayant proposé le décret. 73 Ce qui leur restait à faire, c'est-à-dire livrer Kersoblepte et le district thrace, ils le firent aussi, le 6 de la dernière décade d'élaphébodion, avant que Démosthène partît pour la seconde ambassade, celle des serments. Car cet homme d'État, ennemi juré d'Alexandre et de Philippe, a par deux fois rempli une ambassade en Macédoine, quand il ne pouvait n'en remplir aucune : et c'est lui qui vient aujourd'hui nous exhorter à couvrir de boue les Macédoniens 25. Dans cette assemblée du 6, où il siégeait comme proèdre – car l'intrigue l'avait fait entrer au Conseil –, il livra Kersoblepte, de complicité avec Philocrate. 74 Car c'est à votre insu que Philocrate glissa au milieu des articles du décret et que Démosthène fit voter la clause suivant laquelle les députés au congrès desalliés devaient le jour même prêter serment entre les mains des envoyés de Philippe. Mais Kersoblepte n'avait aucun représentant au congrès des alliés. Et en prescrivant aux délégués présents au congrès de prêter serment, Démosthène excluait de cet acte Kersoblepte absent. 75 Pour prouver mon dire, lis les noms de l'auteur du décret et de celui qui l'a mis aux voix. Décret. L'admirable institution, citoyens d'Athènes, l'admirable institution des actes publics. Car ils restent immuables et ne suivent pas dans leurs volte-face les transfuges de la politique : ils permettent au peuple, s'il le désire, de reconnaître d'un coup d'œil ces hommes qui, depuis longtemps corrompus, prétendent s'être métamorphosés en citoyens honnêtes. 76 Il me reste à dire la servilité de Démosthène. […] » Eschine, Contre Ctésiphon, 71-76. Philocrate, l'ami d'Eschine, est accusé et convaincu par Hypéride d'être de connivence avec l'ennemi et d'avoir mal conseillé le peuple. « Contre celui-ci [Philocrate d'Hagnonte] je déposai une eisangélie pour les services qu'il rendait à Philippe au préjudice d'Athènes, et je le convainquis dans le tribunal : la plainte, conforme à la justice et à la loi, portait que "Philocrate, étant orateur, ne donnait pas les conseils les plus utiles au peuple athénien, parce qu'il recevait de l'argent et des présents des ennemis d'Athènes". Et je ne me contentai pas de cette formule générale de l'eisangélie ; j'ajoutai un peu plus loin : "Voici ce qu'il conseilla, contrairement à l'intérêt du peuple, parce qu'il avait reçu de l'argent", et au-dessous je citai son décret ; puis encore : "Autre conseil donné par lui contrairement à l'intérêt du peuple, parce qu'il avait reçu de l'argent", et je citai un second décret. Et je recommençai cinq ou six fois, persuadé que la procédure comme la sentence devaient être conformes à la légalité. » Hypéride, Pour Euxénippe, 29-30, trad. L. Bodin. Au moment du procès, Philocrate prit la fuite pour échapper à la mort. Eschine à son tour fut cité devant un tribunal. Les trois principales accusations de Démosthène sont graves : Eschine est accusé d'avoir, par des faux rapports, trompé le peuple sur les véritables intentions de Philippe – ce dernier, présenté comme hostile aux Thébains et ami des Athéniens, a pu ainsi s'emparer des Thermopyles, zone stratégique de première importance pour Athènes, et s'attaquer aux Phocidiens –, d'avoir par ses lenteurs fait perdre à la cité des occasions d'action, d'avoir enfin reçu de l'or pour agir de la sorte. Les conséquences de l'appui d'Eschine à la motion de Philocrate étaient en effet lourdes. Eschine doit expliquer devant les Thesmothètes 26 et tenter de justifier son rôle au cours de la seconde ambassade. Pour Démosthène, Eschine est un traître qui prépare la voie à Philippe. Démosthène avait réclamé la peine de mort ou tout au moins l'atimie 27. Eschine dans sa défense – Sur l'ambassade –, esquive avec habileté les questions essentielles et s'attaque directement à Démosthène. Soutenu par Eubule et Phocion, il fut acquitté à une majorité de trente voix. « Mais je me suis trouvé associé, dans une fonction publique, à un homme fourbe et méprisable au delà de toute expression, qui ne saurait, même involontairement, dire un seul mot de vérité. Quand il ment, il commence parjurer sur ses yeux effrontés ; puis, d'une chose qui n'est pas il affirme qu'elle est : il fait plus, il dit le jour où elle serait arrivée, et il ajoute le nom qu'il invente, d'un témoin qui se serait trouvé là par hasard, contrefaisant le langage de la vérité même. Une seule chose nous sauve, nous les innocents, c'est qu'avec ses manières de charlatan, son art d'arranger les mots, il n'a pas le sens commun. Considérez, en effet, la sottise et la grossièreté de cet homme, qui a forgé contre moi, à propos de la femme d'Olynthe, une si odieuse calomnie, que vous l'avez arraché de la tribune au milieu même de son discours. Celui qu'il accusait ainsi, et devant des auditeurs qui le connaissaient, s'était, en effet, tenu toujours complètement éloigné de pareilles infamies. Et voyez comme il préparait de longue main cette accusation. Il y a parmi les étrangers venus se fixer chez nous un certain Aristophane d'Olynthe. Démosthène lui est présenté par quelques personnes, apprend qu'il sait parler, et alors le comble de politesses, de séductions, pour l'engager à porter contre moi devant vous un faux témoignage : il promet de lui donner, s'il veut paraître devant les juges et leur dire en gémissant que j'ai outragé dans l'ivresse sa propre femme, qui était captive, cinq cents drachmes tout de suite, et cinq cents autres après sa déposition. Aristophane – il le racontait lui-même –, répondit à ce fourbe que sur sa situation d'exilé, sur son dénuement, ses conjectures loin d'être fausses, étaient aussi exactes que possible, mais que, sur son caractère, il s'était absolument trompé : et il lui déclara qu'il ne ferait rien de pareil. Pour prouver ce que je dis, je ferai paraître comme témoin Aristophane lui-même.Appelle-moi donc Aristophane d'Olynthe, et lis sa déposition. Appelle aussi ceux qui lui ont entendu raconter cette histoire et me l'ont rapportée, Derkylos d'Hagnonte, fils d'Autoclès, et Aristide de Képhisia, fils d'Euphilètos. [Témoignages] Vous entendez les serments et les dépositions des témoins. Rappelez-vous maintenant ces abominables artifices de rhéteur qu'il enseigne à la jeunesse, et dont il use aujourd'hui contre moi : comment, par exemple, versant des larmes, gémissant sur la Grèce, et louant l'acteur comique Satyros d'avoir obtenu de Philippe, dans un banquet, la liberté de quelques hôtes à lui, qui étaient prisonniers et travaillaient chargés de fer aux vignes du roi, il est parti de là pour enfler cette voix aigre et impudente qu'on lui connaît, et demander s'il n'était pas inouï qu'un acteur habitué à jouer les Carions et les Xanthias se montrât si noble, si magnanime, et que moi ministre d'une grande cité, moi qui donnais des conseils aux Dix-Mille en Arcadie, je n'aie pas su contenir ma violence,mais que, échauffé par le vin, à la table où nous recevait Xénodochos, l'un des courtisans de Philippe, j'aie traîné par les cheveux et, des lanières à la main, fouetté une captive. Si donc vous aviez ajouté foi à ses paroles, ou si Aristophane avait voulu se faire contre moi le complice de ses calomnies, j'aurais indignement succombé sous le poids d'accusations honteuses. Cet impie, qui attire sur lui le malheur – puisse-t-il ne pas l'attirer sur la cité ! –, souffrirez-vous qu'il demeure au milieu de vous ! Quoi ? vous purifiez l'assemblée du peuple : et c'est en vertu de décrets proposés par cet homme que vous ordonnerez des supplications ou des expéditions sur mer et sur terre ? et cependant, Hésiode le dit : "Souvent une ville entière a partagé le sort d'un mauvais citoyen qui agit mal et médite des projets insensés". » Eschine, Sur l'ambassade, 153-158. Haut de page.
344-343. Pour Démosthène, si Philippe soutient, dans le Péloponnèse, les alliés des Thébains contre les Spartiates, c'est pour se faire des alliés contre Athènes.
«23 "[…] Eh bien, vous, leur disais-je, vous vous extasiez devant les dons et les promesses de Philippe ; mais priez les dieux, si vous êtes prudents, de n'avoir pas à constater ses mensonges et ses fourberies." Et j'ajoutais : "Les cités, certes, ont inventé bien des moyens de se garder et d'assurer leur sécurité, palissades, murs, fossés et le reste. 24 Toutes ces défenses exigent du travail, elles coûtent cher ; mais l'instinct, chez les hommes de sens, possède en lui-même une défense commune, une garantie de sécurité, qui est bonne pour tous, surtout pour les démocraties à l'égard des tyrans. Quelle garantie ? la défiance. Gardez-la donc, tenez vous y attachés. Si vous la conservez, vous n'avez rien à craindre." 25 "Que demandez-vous ?" disais-je encore. "La liberté ? Eh bien, ne voyez-vous pas que les titres mêmes de Philippe en sont justement la négation ? Tout roi, tout tyran est l'ennemi de la liberté, l'adversaire de la loi. Ah ! prenez garde", disais-je, "qu'en cherchant à vous débarrasser d'une guerre, vous ne vous donniez un maître". » Démosthène, Deuxième Philippique, 23-25. Haut de page. 342. Dernières offres de paix de Philippe aux Athéniens. Début de la campagne de Thrace de Philippe. Les progrès que le roi de Macédoine avait faits dans toutes les directions, dans le Péloponnèse, en Eubée, en Thrace notamment, sont source d'inquiétude pour les Athéniens.Son dessein est d'assurer sa suprématie en Grèce et dans la presqu'île de l'Hémos pour rendre possible plus tard son invasion de l'Asie. Pour ce faire,la conquête de tous les royaumes thraces et la soumission des cités grecques de la Propontide et du Bosphore, Périnthe et Byzance – ses futures bases d'opérations –, sont nécessaires. Or, de ce fait, Philippe menaçait directement les routes commerciales et stratégiques d'Athènes et son ravitaillement indispensable : en effet l'essentiel du blé athénien venait du Pont-Euxin par les détroits du Bosphore. C'est pour cette raison qu'Athènes occupait depuis longtemps la Chersonèse de Thrace. Or,selon Démosthène, face à ces dangers, le peuple est sans réaction. Face à l'invasion de la Thrace par Philippe, durant l'hiver 342, Athènes a envoyé Diopithès et des mercenaires 28, mais sans aucun crédit. Et pourtant, comme l'a souligné Démosthène avec énergie, il s'agit d'une zone essentielle pour la survie de la cité. Pour rétribuer ses troupes le stratège est obligé à se livrer à des exactions et à vivre sur le pays. Ainsi il capture des vaisseaux de commerce, lève des tributs… On comprend pourquoi Démosthène prend la défense de Diopithès, comme il le fera encore dans la Troisième Philippique : « 21 Voilà pourquoi je veux maintenant dire toute la vérité sur l'état de nos affaires, examiner à quoi se réduit notre activité et comment nous nous conduisons. Nous nous refusons à tout impôt sur la fortune et à faire campagne nous-mêmes, nous ne pouvons pas renoncer à vivre aux dépens de l'État, nous ne permettons pas à Diopithès de lever des tributs, nous n'approuvons pas non plus qu'il se procure des ressources par lui-même, 22 nous le chicanons, nous demandons ce qu'il va exécuter et avec quoi, et ceci cela ; et, tout en le critiquant ainsi, nous ne voulons rien faire de ce qui est proprement notre devoir à nous. Nous louons, il est vrai, les discours ce ceux qui tiennent un langage digne de la république ; mais, dès qu'il faudrait agir, nous sommes les alliés de leurs adversaires. 23 Vous,chaque fois qu'un orateur monte à la tribune, vous lui demandez : "Que faut-il donc faire ?" Moi, je veux vous demander : "Que faut-il donc dire ?" Car si vous n'êtes disposés ni à contribuer, ni à faire campagne vous-mêmes, ni à renoncer aux distributions d'argent, ni à donner à Diopithèsle produit des taxes, ni à lui permettre de se procurer par lui-même les moyens de vivre, ni à faire ce qui vous regarde, alors je n'ai plus rien à dire. En vérité, quand vous accordez toute licence à ceux qui veulent accuser et calomnier au point qu'ils peuvent prêter à ce général tel projet qu'il leur plaît pour lui en faire un crime par avance, et que vous les écoutez… que voulez-vous que j'en dise. 24 Et pourtant ce qui résulte de là, il est nécessaire de l'apprendre à quelques-uns d'entre vous. Oh ! je dirai tout. Je ne pourrais pas faire autrement. Tous les stratèges qui à un moment quelconque sont partis d'ici avec quelques vaisseaux– et si cela n'est pas exact, j'accepte n'importe quel châtiment –,tous tirent de l'argent de Chios, d'Érythres, d'où ils peuvent, c'est-à-dire des villes d'Asie ; 25 un peu moins, s'ils n'ont qu'un ou deux vaisseaux ; un peu plus, s'ils ont une force plus considérable. Bien entendu, ceux qui versent cet argent ne donnent rien pour rien – ils ne sont pas si dénués de sens –, ils achètent à ce prix la garantie que les marchandises sortant de leurs ports ne seront pas confisquées, qu'ils ne seront pas pillés, que leurs vaisseaux seront escortés et autres avantages analogues. Ce sont, disent-ils, des gages d'amitié ;tel est le nom qu'on donne à ces contributions. 26 Et aujourd'hui encore, si Diopithès a une armée, nul doute qu'ils n'aient tous à lui verser de l'argent. Où prendrait-il de quoi entretenir ses soldats, puisqu'il ne reçoit rien de vous et ne possède pas lui-même les moyens de salarier les mercenaires ? L'argent lui tomberait-il du ciel ?Miracle peu vraisemblable. Donc, c'est avec ce qu'il quête, ce qu'il mendie ou ce qu'il emprunte, qu'il se maintient. […] 29 C'est contre nos ennemis, à l'égard desquels nos lois sont impuissantes, qu'il convient d'entretenir des troupes, d'expédier des flottes, de lever des impôts,et cela est nécessaire : mais, contre nous autres Athéniens, un décret, un acte d'accusation, l'envoi de la Paralos 29, c'en est assez. Et voilà ce que proposeraient des gens raisonnables ; ce qu'on nous suggère est le fait d'hommes qui veulent faire du mal et qui ruinent nos affaires. » Démosthène, Sur les affaires de la Chersonèse, 21-29. L'ennemi est bien Philippe. « 43 Donc, en premier lieu tenez-le [Philippe] pour l'ennemi de notre constitution, pour l'adversaire irréconciliable de la démocratie ; car si cette conviction n'est pas assise au fond de vos âmes, vous ne donnerez pas aux événements toute l'attention qu'ils exigent. En second lieu, soyez certains que tout ce qu'il entreprend,tout ce qu'il prépare, c'est contre notre République qu'il l'entreprend, et que partout où quelqu'un combat contre lui, il combat là pour nous. 44 Car, à coup sûr, il n'est personne ici d'assez naïf pour admettre que Philippe convoite quelques misérables trous en Thrace – comment qualifier autrement Drongilos et Cabylé et Mastira, tout ce qu'il est en train de prendre – et que, pour les posséder, il supporte les fatigues, les hivers, les plus extrêmes dangers, 45 mais que, d'ailleurs, il ne convoite pas les ports d'Athènes, ses chantiers, ses trières, ses mines d'argent,ses gros revenus, et qu'il nous laissera en possession de tout cela, tandis que, pour un peu de millet ou d'épeautre emmagasiné dans les silos de la Thrace, il passe l'hiver au fond de ce gouffre ? Non, cela n'est pas possible. Ce qu'il fait là-bas, c'est pour devenir le maître ici qu'il le fait, et c'est à quoi tend toute sa politique » Démosthène, Sur les affaires de Chersonèse, 43-45. Haut de page. 341. Philippe occupe Cardia, il progresse en Thrace et menace Byzance, pourtant encore son alliée.Il place des tyrans à sa solde en Eubée, aux portes d'Athènes. Les avertissements de Démosthène se font de plus en plus énergiques. Il faut associer tous les Grecs aux efforts de résistance d'Athènes, lutter contre l'aveuglement général qui conduit à choisir la solution la plus facile. Il n'y a plus de choix entre la paix et la guerre : Philippe est déjà en état de guerre contre Athènes, et le but visé n'est pas une hégémonie semblable à celle qu'ont exercée Athènes, Sparte ou Thèbes 30, mais une domination absolue. Par ailleurs, non seulement la vénalité a maintenant une importance essentielle dans la politique, mais les méthodes et les techniques mêmes de la guerre ont changé. Et cela est un atout pour le roi de Macédoine. « 47 Il est vrai qu'on entend tenir des propos naïfs par ceux qui veulent nous rassurer : on nous dit que Philippe n'est pas encore aussi redoutable que l'étaient autrefois les Lacédémoniens, quand ils dominaient sur mer et sur toute la Grèce, quand ils avaient le Roi pour allié et que rien ne leur résistait ; et pourtant,ajoute-t-on, la république leur a tenu tête, elle n'a pas été emportée par l'orage. Sans doute ; mais ne voyons-nous pas combien presque tout a progressé,combien le présent ressemble peu au passé, et que néanmoins c'est dans la guerre, à mon avis qu'il y a plus de changements et de progrès ? 48 D'abord, il paraît qu'en ce temps-là les Lacédémoniens, comme tous les autres Grecs, n'envahissaient un pays que pendant quatre ou cinq mois, dans la belle saison, et qu'après l'avoir dévasté avec leurs hoplites et des armées de citoyens, ils rentraient chez eux. De plus, ils avaient à tel point les sentiments du vieux temps, ou plutôt l'esprit civique, qu'ils n'achetaient aucun service à personne ; ils faisaient la guerre loyalement et ouvertement. 49 Aujourd'hui, vous le voyez, ce sont les traîtres qui ont presque tout ruiné ; ni les armées en ligne ni les batailles n'ont rien fait. Quand vous apprenez que Philippe se porte ici ou là, selon qu'il lui plaît, ce n'est pas en y menant une phalange d'hoplites ; non ; troupes légères, cavalerie, archers,mercenaires, tel est le genre d'armée qui le suit partout. 50 Et quand, en outre, il tombe sur un peuple travaillé par un mal intérieur et que nul n'ose sortir des murs pour la défense du pays, tant il y règne de défiance, il dresse ses machines et investit la ville. Inutile d'ajouter qu'il ne fait aucune différence entre l'hiver et l'été et qu'il n'y a pas pour lui de saison réservée, où il suspende ses opérations. […] 53 Seulement, il ne suffit pas d'adopter ces résolutions ni même de nous défendre avec les armes ordinaires. Il faut encore, par raison et de propos réfléchi, nous décider à haïr ceux qui chez nous parlent dans son intérêt, il faut nous dire, une bonne fois, qu'il n'est pas possible de venir à bout des ennemis du dehors, avant d'avoir puni les hommes qui, ici même, se mettent à leur service. 54 par malheur, j'en atteste Zeus et les autres dieux, c'est justement ce que vous êtes incapables de faire, ce que vous ne voulez pas. À force de sotte crédulité ou de folie, ou par une disposition que je suis impuissant à définir, – car, parfois, il m'est arrivé de craindre que quelque force surnaturelle vous entraîne –, vous en êtes venus au point que, pour le plaisir d'entendre des injures, des calomnies, des railleries, ou pour tout autre cause, vous demandez à ces hommes qui se vendent – il en est parmi eux qui ne feraient pas même difficulté d'en convenir – vous leur demandez de prendre la parole, et vous riez s'ils injurient tel ou tel. 55 Et ce n'est pas encore là ce qui est particulièrement odieux, si odieux que ce soit. Mais à ceux-là vous donnez plus de sécurité pour pratiquer leur politique qu'à ceux qui parlent dans votre intérêt. Ah ! voyez donc quels malheurs, pourtant, on se prépare, quand on consent à écouter les gens de cette espèce. » Démosthène, Troisième Philippique, 47-50, 53-55. Haut de page. 340-339. Prise de la flotte marchande athénienne par les Macédoniens. Philippe lève le siège de Périnthe et de Byzance 31. L'affaire d'Amphissa 32 permet à Philippe de s'avancer jusqu'à Élatée et fait de lui le chef des Amphictyons 33. Philippe est choisi pour mener la Quatrième guerre sacrée. « 144 […] Vous allez voir un plan habilement concerté, et Philippe va vous apparaître dans toute son habileté. 145 Philippe ne pouvait en finir avec la guerre qu'il soutenait contre vous, que s'il vous mettait aux prises avec les Thébains et les Thessaliens. Mais malgré la maladresse et les insuccès de vos généraux, la guerre par elle-même et les corsaires lui causaient beaucoup de difficultés. Il ne pouvait ni exporter aucun des produits de la Macédoine, ni importer ce qui lui était nécessaire. Il était loin de vus valoir sur mer, et il était incapable d'entrer dans l'Attique, si les Thessaliens ne le suivaient, et si les Thébains ne lui livraient passage. 146 Quelle était sa situation ? Il battait les généraux de fortune que vous lui envoyiez (laissons cette question pour le moment), mais dans la nature même du terrain et dans l'inégalité des forces 34 il trouvait un obstacle grave. 147 S'il n'invoquait que sa haine personnelle pour engager les Thébains à marcher contre vous, il le savait bien, personne ne l'écouterait ; mais si, en se donnant pour vengeur de griefs communs à tous, il se faisait élire comme leur chef, il espérait qu'il lui serait facile de tromper d'un côté et de persuader de l'autre. 148 Que fait-il donc ? (admirez son adresse) : il suscite une guerre aux Amphictyons et jette le désarroi dans leurs assemblées, supposant qu'on ferait aussitôt appel à son concours. Mais c'était une des hiéromnémons 35 envoyés par lui, ou quelqu'un de ses alliés, qui engageait l'affaire, il pensait bien que la chose serait éventée, et que les Thébains et les Thessaliens se tiendraient sur leurs gardes ; que si ce rôle était donné à un Athénien, un envoyé de ses ennemis, il lui serait facile de dissimuler. C'est ce qui arriva. 149 Comment s'y prend-il ? Il soudoie Eschine ; personne ne s'en douta et n'y fit la moindre attention : c'est l'habitude chez vous. Voilà donc Eschine nommé pylagore 36 par quatre pelés et un tondu 37. Sitôt revêtu de cette dignité il court auprès des Amphictyons, et toute affaire cessante, il s'emploie à exécuter le coup pour lequel il a été payé. Il prononce de beaux discours, raconte des fables, expose comment la région de Cirrha 38 a été consacrée. Les hiéromnémons n'entendaient rien aux discours et ne se défiaient de rien. Sur sa parole ils décrètent d'aller parcourir la région que les gens d'Amphissa déclaraient leur propriété et qu'ils cultivaient, tandis que lui prétendait qu'elle faisait partie du Territoire sacré.Les Locriens n'avaient intenté contre nous aucune action judiciaire, et le motif qu'il donne pour avoir parlé contre eux est faux. […] 151 Or, pendant que les Amphictyons parcourent le pays suivant ses conseils, les Locriens fondirent sur eux,faillirent les percer de leurs flèches et firent prisonniers quelques hiéromnémons. Ces actes provoquent de nouvelles plaintes ; la guerre est déclarée à Amphissa. L'armée des Amphictyons est commandée d'abord par Cottyphe 39. […] Alors des traîtres appartenant aux Thessaliens et à d'autres États, qui étaient préparés des longtemps à ce rôle, insistèrent pour qu'on élût Philippe comme général de la session suivante. […] Philippe est nommé. Aussitôt, sans perdre de temps, il rassemble une armée ; on le voit paraître, comme s'il allait attaquer Cirrha, puis ayant laissé là les Cirrhéens et les Locriens, il s'empare d'Élatée. Si les Thébains, à cette vue, 153 ne s'étaient ravisés aussitôt, et ne s'étaient joints à nous, les forces de Philippe se seraient abattues comme un torrent sur Athènes. » Démosthène, Discours de la Couronne, 144-153, trad. R. Fleury. Haut de page. 339. Prise d'Élatée. La cité est située sur la route conduisant des Thermopyles à Athènes à travers la Béotie. Son occupation par Philippe, au moment de l'affaire d'Amphissa, cause une profonde émotion à Athènes et amena une réconciliation et une nouvelle alliance entre Thèbes et Athènes. Aucun doute n'est possible, en effet, sur les intentions de Philippe. « 169 C'était le soir. Un messager arrive, annonçant aux prytanes 40 qu'Élatée vient d'être prise. Aussitôt, les uns, se levant au milieu de leur dîner, chassèrent les marchands des boutiques qui se trouvaient dans l'agora et brûlèrent leurs étalages 41 ; les autres mandèrent les stratèges et appelèrent le héraut. Le tumulte régnait dans la ville. Le lendemain au point du jour, les prytanes convoquèrent le Sénat, et vous vous rendîtes à l'assemblée. Avant que le Conseil eût délibéré et préparé un décret,tout le peuple était à sa place sur les hauteurs. 170 Le Sénat arrive à son tour. Les prytanes rapportent la nouvelle et introduisent le messager. Cet homme s'acquitte de sa mission. Le héraut se lève et demande : Qui veut prendre la parole 42 ? Mais personne ne se présente à la tribune. Il renouvelle plusieurs fois la question, personne ne se lève. Et pourtant tous les stratèges, tous les orateurs étaient là ; et la patrie, de cette voix qui est celle de tous, demandait un citoyen dont la parole pût la sauver ; car lorsque le héraut fait entendre sa voix au nom des lois, n'est-il pas juste de la considérer comme la voix de la patrie ? 171 Qui donc devait se présenter ? Tous ceux qui veulent le salut du pays ? Vous tous alors, et les autres Athéniens, vous vous seriez levés, vous seriez montés à la tribune. Car tous, je le sais, vous voulez son salut. – Étaient-ce les riches ? Les Trois-Cents 43 se seraient levés. – Étaient-ce à la fois les citoyens riches et ceux qui sont dévoués à l'État ? Ceux qui dans la suite ont fait de grandes générosités auraient répondu : car c'est leur dévouement autant que leur richesse qui les a fait agir. 172 Mais il est évident qu'en ce jour les circonstances exigeaient non seulement un homme riche et dévoué, mais un homme qui eût suivi les événements dès l'origine, qui eût étudié de près les raisons de la conduite de Philippe et ses desseins. Car celui qui n'aurait pas connu dès longtemps et médité profondément la situation,fût-il dévoué, ou riche, n'aurait pu savoir ce qu'il fallait faire, ce qu'il fallait vous conseiller. 173 Eh bien ! il parut l'homme que réclamait cette journée : ce fut moi. Je m'avançai, je vous parlai ; écoutez avec attention ce que je vous ai dit, écoutez-le pour deux raisons, d'abord pour que vous sachiez que seul de vos orateurs et de vos hommes d'État, je n'ai pas déserté, dans cette crise, ma mission de dévouement, qu'au contraire on m'a vu, par ma parole, par mes propositions, rester fidèle au devoir jusque dans le péril pour vous sauver ; – ensuite parce que, au prix d'un peu de temps, vous serez beaucoup mieux éclairés sur l'avenir de vos affaires. […] » Démosthène, Discours de la Couronne, 169-173. 339. Alliance entre Athènes et Thèbes Démosthène en 181-187 expose les agissements de Philippe. Il s'attaque, dit-il, non plus à des villes barbares mais à des cités grecques. Il est nécessaire, dans ce cas, qu'Athènes et Thèbes oublient leurs discordes et s'unissent au nom de l'intérêt commun. « 188 Tel fut le principe, telles furent les premières bases de nos relations amicales avec Thèbes. Elles succédaient à la haine, aux inimitiés et à la défiance que ces traîtres avaient fait naître entre les deux cités. Grâce à ce décret, le danger qui pesait sur Athènes s'évanouit comme un nuage 44. […] » Démosthène, Discours de la Couronne, 188. « 140 […] lorsqu'enfin, maître d'Élatée, il [Philippe] l'eut fortifiée et munie d'une garnison : ce fut alors que les Thébains, voyant la catastrophe sur eux, appelèrent les Athéniens. Et vous, vous êtes partis, et vous marchiez sur Thèbes en tenue de combat, fantassins et cavaliers, avant que Démosthène n'eût écrit une syllabe au sujet de l'alliance. 141 Et ce furent la circonstance et la crainte et le besoin d'une alliance qui vous introduisirent à Thèbes, et non pas Démosthène. » Eschine, Contre Ctésiphon, 140-141. Haut de page. 338. Prise d'Amphissa. Philippe, envoie une missive à Antipater dans laquelle il dit qu'il doit abandonner le théâtre des opérations pour retourner dans le nord, une révolte des Odryses ayant éclaté en Thrace. Il s'arrange pour faire tomber ce document aux mains de l'ennemi 45. Charès tombe dans le piège. La surprise de l'attaque de Parménion est totale 46. Manœuvres diplomatiques de Philippe auprès des Athéniens et des Thébains. 338. Les alliés prennent position à Chéronée 47. Les forces sont égales. La victoire de Philippe est une victoire du commandement. La fuite simulée des Macédoniens pousse les Athéniens à se porter en avant, désorganisant ainsi leurs rangs. C'est dans cette brèche du dispositif grec que la cavalerie conduite par Alexandre – il a 18 ans –, se précipite. Cette victoire est le résultat combiné de la tactique et de l'entraînement : le combat en retraite, qui a permis l'intervention décisive de la cavalerie, est en effet particulièrement difficile. Paix de Démade. Philippe dans le Péloponnèse. 338. La Ligue de Corinthe. Proclamation de la guerre panhellénique contre les Perses. Serment de ceux qui participent à la Ligue de Corinthe. Stèle de marbre brisé, trouvée sur l'Acropole d'Athènes, écriture en files. « Serment. Je jure par Zeus, Gè, Hélios, Poséidon, Athéna, Arès, tous les dieux et déesses, je resterai dans la paix et ne détruirai pas les traités conclus avec Philippe de Macédoine, je ne porterai pas armes pour nuire à quiconque de ceux qui restent fidèles aux serments, ni sur terre ni sur mer, je ne m'emparerai d'aucune ville, ni d'aucun fort, ni d'aucun port appartenant à ceux qui partagent la paix, en leur faisant la guerre, ni par art ni par ruse, et je ne détruirai pas la royauté de Philippe et de ses descendants, ni les constitutions en usage chez l'un ou l'autre d'entre eux, au moment où ils ont prêté les serments de la paix. Je ne ferai rien de contraire aux traités et ne permettrai à personne de le faire, autant qu'il sera de mon pouvoir ; si quelqu'un fait quelque chose de contraire aux serments et aux traités, j'apporterai toute que demanderont les victimes, je combattrai qui transgressera la paix commune, selon les décisions du conseil commun et les ordres de son chef et je n'obligerai pas […] 5, Corcyréens 2, Thessaliens, 10, Magnètes de Thessalie 2, Achéens de Phtiotide 2, Insulaires 1, Samothrace et Thasos 2, Étoliens 3, Acarnaniens 2, Ambraciotes 1, […] de Thrace et […] de Phocide 3, Locriens 3, Doriens, Otéens, Maliens, Anianes, Agriens, Dolopes 5, Athamanes, et Perrhèbes 2, Zacynthe et Céphallénie 3. » Inscription historique grecque. La nouvelle du désastre de Chéronée provoque une panique à Athènes. Une loi interdit à tout citoyen de quitter la cité. Les contrevenants pouvaient être accusés de trahison 48. Mais, si Démosthène quitta Athènes,c'était en réalité pour une mission officielle 49. « 159 Pour en venir à la quatrième époque et aux événements présents, je veux vous rappeler ceci : Démosthène n'a pas seulement abandonné son poste de soldat, mais encore son poste de citoyen, en s'appropriant une de vos trirèmes et en s'en allant rançonner les Grecs. Le salut inespéré de la cité l'y ramena. Les premiers jours, notre homme était assez craintif. Il vient à demi mort à la tribune et vous demande de l'élire conservateur de la paix. Mais vous, dans les premiers temps, vous ne permettiez même pas que l'on inscrivit le nom de Démosthène sur les décrets, et vous chargiez Nausiclès d'y mettre le sien. Et Démosthène vient aujourd'hui réclamer la couronne ! » Eschine, Contre Ctésiphon, 159. Haut de page. 336. Parménion et Attale en Asie. Assassinat de Philippe sans doute organisé par Olympias, la mère d'Alexandre 50. Elle venait d'être outragée – et non répudiée –, par le mariage de Philippe avec Cléopâtre 51, la nièce d'Attale, une macédonienne à la différence d'Olympias, une Épirote. Le mariage de Philippe et de Cléopâtre est un enjeu politique de première importance 52. Alexandre est menacé dans ses droits à la succession. « […] Ayant d'autre part un compétiteur possible en la personne d'Attale, le frère de cette Cléopâtre que Philippe avait épousée en secondes noces, il décida de lui ôter la vie. C'est qu'il était né de Cléopâtre un petit enfant, qu'elle avait donné à Philippe quelques jours avant la mort du roi. » Diodore, XVII, 2, 3, trad. P. Goukowsky. 336. Avènement d'Alexandre. « 160 Philippe mort et Alexandre devenu roi, il [Démosthène] recommence ses rodomontades, il élève des autels à Pausanias, il attire sur le Conseil l'accusation d'avoir célébré un sacrifice de bonne nouvelle, il donne à Alexandre le surnom de Margitès, il ose dire que le roi ne bougera pas de Macédoine ; il se contentera, disait-il de se promener dans Pella et d'observer les entrailles des victimes. Et cela, ajoute-t-il, il ne le dit point par conjecture, mais il sait bien que les lauriers s'achètent au prix du sang. Ainsi parlait-il, lui qui n'a pas de sang dans les veines et qui pour juger Alexandre se fonde, non sur la nature d'Alexandre,mais sur sa propre lâcheté. » Eschine, Contre Ctésiphon, 160. 336. L'intervention foudroyante d'Alexandre aux Thermopyles lui assure la succession de son père à l'assemblée des Amphictyons. Proclamation d'Alexandre comme hègémôn de la Ligue de Corinthe. « 4 Mais, pour terroriser ceux qui refusaient d'obéir, il prit la tête de l'armée macédonienne en formidable arroi. À marches forcées, il arriva en Béotie et établit son camp à proximité de la Cadmée, jetant la terreur dans Thèbes. 5 Vers le moment, à la nouvelle que le roi s'était avancé jusqu'en Béotie, les Athéniens se départirent du mépris dans lequel ils le tenaient antérieurement. La rapidité du jeune homme et l'énergie qui apparaissait dans ses actes inspirèrent en effet une grande crainte à ceux qui lui étaient hostiles. 6 De ce fait, tout en décrétant de transporter à l'intérieur de la ville les biens qu'ils avaient à la campagne et de consacrer aux remparts tout le soin possible, les Athéniens envoyèrent des députés à Alexandre pour le prier de leur pardonner de lui accorder rapidement le commandement. 7 Démosthène faisait lui aussi partie de l'ambassade. Mais, au lieu de se rendre auprès d'Alexandre avec les autres députés, il revint sur ses pas, sitôt atteint le Cithéron, et regagna Athènes, soit que la politique anti-macédonienne qu'il avait menée lui inspirât des craintes, soit qu'il voulût demeurer irréprochable aux yeux du roides Perses. 8 On dit en effet qu'il avait reçu des Perses beaucoup d'argent pour mener une politique anti-macédonienne. Sur ce point, on dit qu'Eschine lui aussi, reprochant à Démosthène sa corruption, déclara dans un discours : "Présentement, pour sûr, l'or du Roi a noyé ses dettes. Mais cela même ne suffira pas, car jamais fortune n'a contenté l'âme d'un scélérat 53." 9 Alexandre répondit aimablement aux députés athéniens, libérant ainsi le peuple de la grande frayeur qu'il éprouvait. Alexandre ordonna d'autre part aux ambassades et aux délégués de se rendre à Corinthe. Quand les membres ordinaires de l'assemblée furent réunis, le roi s'adressa à eux en termes mesurés et convainquit les Grecs de décréter" qu'Alexandre serait général en chef de la Grèce, muni des pleins pouvoirs, et que l'on engagerait en commun la guerre contre les Perses, en raison des crimes dont ils s'étaient rendus coupables envers les grecs". Après avoir obtenu cette charge, le roi s'en retourna en Macédoine avec son armée. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, 4, 7-9. Haut de page. 335. Après deux campagnes victorieuses en Thrace et en Illyrie, qui le mènent jusqu'au Danube, Thèbes se soulève. En arrière-plan Memnon de Rhodes, au service de Darius III, intervient en Égée orientale, et le Roi, en promettant son aide financière – on pense aux fonds reçus par Démosthène –, pousse les cités grecques à un soulèvement contre les Macédoniens pour se libérer d'Alexandre qui se fait menaçant en Asie. Alexandre fond sur Thèbes. La cité est entièrement détruite, les habitants vendus comme esclaves, massacrés ou déportés. Après avoir terrorisé les Grecs par la destruction de Thèbes, Alexandre fut élu stratègos autocrator de la Grèce. « VIII. 2 Tandis qu'il était occupé à cette tâche [la campagne en Thrace et en Illyrie], on vint lui annoncer qu'une grande partie de la Grèce était en révolution et que beaucoup de cités grecques avaient bougé et fait défection : c'était en particulier le cas des Thébains. Irrité par cette nouvelle, le roi s'en retourna en Macédoine, pressé de mettre un terme aux troubles qui se produisaient en Grèce. 3 Les Thébains, qui s'efforçaient de déloger la garnison macédonienne de la Cadmée 54, étaient entrain d'assiéger la citadelle quand le roi arriva soudain devant la ville et établit son camp à proximité de Thèbes : toute son armée l'accompagnait. 4 Avant l'arrivée du roi, les Thébains avaient entouré la Cadmée de fossés profonds et de palissades serrées si bien que, de l'extérieur, on ne pouvait faire parvenir ni ravitaillement ni secours. 5 Ils avaient envoyé d'autre part des ambassadeurs aux Arcadiens, aux Argiens et aux Éléens, pour leur demander du secours. Ils négocièrent pareillement avec Athènes la conclusion d'une alliance militaire et, comme Démosthène leur avait fait don d'une quantité d'armes, ils armaient ceux qui n'en possédaient pas. 6 parmi les Grecs appelés à la rescousse, les Péloponnésiens firent partir des soldats pour l'Isthme. Puis, comme on s'attendait à l'arrivée du roi, ils tergiversèrent et demeurèrent dans l'expectative. Quant aux Athéniens,ils décrétèrent, à l'instigation de Démosthène, que l'on porterait secours aux Thébains. Toutefois, ils n'envoyèrent pas de troupes et demeurèrent dans l'expectative pour voir en faveur de qui la guerre tournerait. 7 De son côté, le commandant de la garnison macédonienne de la Cadmée, Philotas, apporta d'autant plus de zèle à la mise en état des remparts qu'il voyait les grands préparatifs que faisaient les Thébains en vue du siège, et il apprêta une quantité de projectiles de toutes sortes. IX. 1 Quand le roi fut arrivé de Thrace à l'improviste avec toute son armée, les Thébains purent désormais mettre en doute la venue de leurs alliés, tandis que chacun reconnaissait la supériorité évidente de l'armée ennemie. Les chefs politiques thébains tinrent alors conseil et délibérèrent sur l'opportunité de la guerre : on décida unanimement de lutter jusqu'au bout pour l'indépendance. Le peuple ratifia leur décision, chacun étant plein d'ardeur et prêt à combattre. 2 Demeurant pour l'heure l'arme au pied, le roi donna aux Thébains le temps de se consulter et de changer d'avis. Il croyait en effet qu'une seule cité n'aurait pas l'audace d'affronter sur le terrain une armée aussi considérable que la sienne ! 3 En cette occasion, Alexandre disposait en effet de plus de trente mille fantassins et d'au moins trois mille cavaliers. Tous étaient des gens entraînés aux périls de la guerre, qui avaient fait campagne avec Philippe et qui, dans presque toutes les batailles, étaient demeurés invaincus. C'est précisément la confiance que leur valeur et leur ardeur inspiraient à Alexandre qui avait conduit celui-ci à projeter la destruction de l'empire des Perses. 4 Dans ces conditions, si les Thébains avaient cédé aux circonstances et engagé des négociations avec les Macédoniens pour parvenir à un accord de paix, le roi aurait accueilli avec plaisir leur requête et accordé tout ce qu'on lui aurait demandé : il désirait être débarrassé des troubles qui avaient lieu pour avoir les mains libres dans la guerre contre les Perses. En fait, quand il se rendit compte que les Thébains le méprisaient, il décida d'anéantir la ville et d'arrêter ainsi dans leur élan, par cet acte de terrorisme, les audacieux qui songeaient à la révolte. […] 6 Au comble de la colère, il [Alexandre] décida d'infliger aux Thébains les pires châtiments. C'est ainsi que, dans un accès de sauvagerie, il réunit des machines de siège et prépara tout le reste en vue de la guerre. » Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XVII, 8, 2-9, 6. Trois jours, selon Diodore, suffirent au roi pour achever les préparatifs du siège. Voici l'assaut final raconté par Arrien : « VIII […] Alors Alexandre, voyant que les siens étaient en fuite et que les Thébains, en les poursuivant, avaient perdu leurs formations, les fait charger par la Phalange rangée en bataille : elle refoule les Thébains à l'intérieur des portes. Et ils furent pris d'une telle panique que, poussés dans la ville à travers les portes, ils ne réussirent pas à les fermer à temps : ceux des Macédoniens qui étaient au contact des fuyards se précipitent avec eux à l'intérieur des remparts, lesquels, vu le grand nombre d'avant-postes à pourvoir, étaient vides de défenseurs. Arrivés à proximité de la Cadmée, les uns, avec la garnison de la Cadmée, longent l'Amphéion 55 et se dirigent de la citadelle vers le reste de la ville ; les autres, qui étaient sur les remparts, déjà occupés par ceux des Macédoniens qui s'étaient précipités dans la ville avec les fuyards, les franchissent et se ruent sur l'agora. Pendant un temps assez court, les Thébains en formation de combat résistèrent près de l'Amphéion ;mais lorsque les Macédoniens les pressèrent de toutes parts, Alexandre surgissant tantôt sur un point, tantôt sur un autre, les cavaliers thébains s'échappèrent à travers la ville et se précipitèrent dans la plaine ; quant aux fantassins, c'était le sauve-qui-peut. Alors la fureur s'empara non pas tant des Macédoniens que des Phocidiens, des Platéens et des autres Béotiens, et ils se mirent à tuer sans aucun discernement des Thébains qui ne se défendaient même pas, les uns dans leurs maisons, où ils avaient fait irruption, d'autres qui faisaient front, même des suppliants embrassant les autels, et ils n'épargnaient ni les femmes ni les enfants. IX Cette catastrophe grecque, par la grandeur de la cité prise et par la rapidité de l'action, et encore plus par son caractère inattendu, tant pour ceux qui l'avaient subie que pour ceux qui l'avaient accomplie, frappa de terreur non moins les autres Grecs que ceux qui avaient pris part à l'affaire. Les revers éprouvés en Sicile par les Athéniens, à en juger par le nombre des tués, représentaient pour la cité une catastrophe aussi grande ; mais, du fait que leur armée avait anéantie loin de chez eux, qu'elle était composée d'alliés plus que de nationaux, du fait aussi que leur cité leur était restée, au point qu'ils purent, bien après, tenir bon dans leurs guerres contre les Lacédémoniens et leurs alliés, aussi bien que contre le grand Roi, tout cela faisait que, même eux qui avaient supporté le désastre n'en avaient pas aussi pleinement conscience, et qu'ils n'avaient pas inspiré aux autres Grecs une pareille terreur devant cette épreuve. Et la défaite d'Aïgos-Potamos fut de nouveau une défaite sur mer pour Athènes, mais son humiliation n'alla pas plus loin que la destruction des Longs-Murs, la livraison de la plupart de ses navires et la perte de son empire ; cependant, Athènes conservait ses structures ancestrales et recouvra en peu de temps sa puissance antérieure, au point de pouvoir relever les Longs-Murs, de retrouver sa maîtrise des mers et de sauver à leur tour des derniers périls les Lacédémoniens, qui les avaient terrorisés alors et avaient été si près de rayer leur cité de la carte. Et, d'un autre côté, le désastre de Leuctres et de Mantinée avait frappé d'épouvante les Lacédémoniens plus par la soudaineté du malheur que par le nombre de tués ; même l'attaque de Sparte par les Boétiens et les Arcadiens, sous la conduite d'Épaminondas avait effrayé les Lacédémoniens et leurs alliés d'alors plus par le caractère insolite du spectacle que par ce que représentait exactement le danger. La prise de Platées ne fut pas un grand malheur, du fait du peu d'importance de la ville et du [petit nombre] de Platéens pris à l'intérieur des murs, vu que le plus grand nombre s'était depuis longtemps réfugié à Athènes. Enfin, la prise de Mélos et de Skionè villes insulaires fit plus honte à leurs bourreaux qu'elle ne bouleversa l'ensemble des Grecs. Mais, pour les Thébains, la soudaineté et l'absurdité de leur défection, la prise de leur ville, réalisée rapidement et sans difficulté pour les vainqueurs, l'ampleur du massacre, comme il fallait s'y attendre de la part de gens de même race assouvissant de vieilles haines, l'asservissement totale d'une cité qui se rangeait parmi les toutes premières des cités grecques d'alors par sa puissance et sa réputation militaire, tout cela était sans invraisemblance attribué au courroux divin : les gens disaient que les Thébains expiaient longtemps après leur trahison de la cause grecque dans les Guerres médiques, la prise de Platées en pleine trêve et la réduction en esclavage de tous les habitants, l'égorgement,indigne d'hommes grecs, par les Thébains, de gens qui s'étaient rendus aux Lacédémoniens, le ravage du territoire platéen, sur lequel les Grecs au coude à coude, avaient écarté de l'Hellade le danger perse, le fait que les Thébains avaient voté l'anéantissement d'Athènes lorsque, parmi les alliés de Lacédémone ils avaient proposé de réduire Athènes en esclavage. On disait que d'ailleurs beaucoup de signes venus du ciel avaient annoncé d'avance cette catastrophe : sur le moment, on les avait négligés, mais plus tard leur souvenir avait amené à réfléchir au fait que ces événements avaient été annoncés longtemps à l'avance. Les alliés qui avaient participé à l'action, et à qui Alexandre avait confié le sonde régler le sort de Thèbes, décidèrent d'imposer une garnison à la Cadmée mais de raser la ville et de répartir son territoire entre eux, sauf les emplacements consacrés ; de réduire en esclavage les enfants, les femmes et tous les Thébains survivants, sauf les prêtres, les prêtresses, les hôtes de Philippe et d'Alexandre et les proxènes des Macédoniens. On dit qu'Alexandre, par égard pour Pindare, épargna la maison du poète ainsi que la personne de ses descendants. En outre, les alliés décidèrent de relever Orchomène et Platées et de les fortifier. » Arrien, Anabase, I, 8-9, trad. P. Savinel. « 133 Et Thèbes, Thèbes, la cité voisine, n'a-t-elle pas été, en un seul jour, arrachée du sol de la Grèce ? Juste châtiment, sans doute, d'une ville mal inspirée dans toute sa politique et possédée d'un aveuglement et d'une démence plus prodigieuse qu'humaine! » Eschine, Contre Ctésiphon, 133. 335. La Grèce dominée, Alexandre peut marcher contre l'Asie. Le Conseil de la Ligue de Corinthe, réuni à nouveau, le confirme comme hègémôn des Grecs pour l'expédition contre les Perses, titre accordé précédemment à son père. La contribution de chaque cité y est précisée. Pierre de marbre pentélique trouvée sur le versant nord de l'Acropole. Cette inscription très altérée est un témoignage d'un traité qui règle les modalités de la participation des Athéniens à l'expédition d'Alexandre. « […] […] envoi […] […] à chaque homme […] […] ceux qui viendront […] […] d'où ils pourront trouver du grain […] […] Alexandre […] […] au fantassin lourd, une drachme, et au […] […] par jour ; envoyer […] […] qui auront besoin d'un contingent […] […] […] pour dix jours, en leur fournissant le blé […] […] […] ériger à Pydna et à Athènes […]. » Inscription historique grecque. Mais, comme on le verra, le jeu des cités grecques avec Alexandre est ambigu. Cette inscription, sur une stèle particulièrement abîmée (327/326), honore Memnon de Rhodes, un parent (le fils ?) de Memnon le stratège de la flotte perse mort en 333. Il est remarquable qu'au même moment Alexandre se bat en Inde ou approche des rives de l'Hyphase… « Sous l'archontat d'Hégémon, la tribu d'Hippoponthis exerçait la septième prytanie, Autoclès fils d'Autios d'Acharnes était secrétaire, le deuxième jour avant la fin du mois, vingt-sixième de la prytanie, assemblée principale, […] du bureau a mis aux voix, il a plu au peuple : attendu que Memnon [… 11 lignes…] et que ses ancêtres Pharnabaze et Artabaze n'ont cessé de procurer des bienfaits au peuple des Athéniens et de lui rendre service durant les guerres,que le père de Thymondas, Mentor, a sauvé les soldats grecs faisant campagne en Égypte, quand l'Égypte fut prise par les Perses ; qu'il reçoive l'éloge et qu'il soit couronné d'une couronne d'or […]. » Inscription historique grecque. Haut de page.
Notes de bas de page :
1. Voir infra le jugement de Polybe sur Démosthène. 2. La proposition de Ctésiphon et la réplique d'Eschine ont précédé de peu la mort violente de Philippe. 3. Le procès eut lieu bien plus tard, en 330, au moment de la bataille d'Arbèles. 4. En réalité les Lacédémoniens n'avaient plus les moyens d'une politique impérialiste. 5. La bataille de Chéronée. 6. Voir infra l'oraison funèbre d'Hypéride. 7. Voir infra. 8. En 324, Alexandre aurait demandé de recevoir les honneurs divins dans les cités grecques. Mysticisme ou plutôt simple calcul politique ? 9. Voir Diodore, XVI, 3, 1-2. 10. Port situé sur le golfe Strymonique (mer Égée) fut avec Pydna et Potidée une des premières conquêtes de Philippe. 11. Voir O. Battistini, La Guerre, op. cit., p. 9 et sq. 12. Un décret (psêphisma) est une proposition de loi comportant un effet immédiat. Cette proposition était renvoyée à la Boulè pour exécution. 13. On pense, par exemple, à l'expédition d'Alexandre de Phères contre le Pirée en 361. 14. Après Amphipolis, Philippe rompt avec Athènes et s'empare de Potidée en Chalcidique où Athènes a des intérêts, et livre la place aux Olynthiens. Mais ils comprennent vite que leur puissant allié a des visées territoriales dont ils risquent de faire les frais. Une alliance est donc conclue avec Athènes. 15. Charès mena la première et la troisième expédition. Cette dernière semble ne pas être arrivée à temps. Plus tard il passera au service des Perses contre Alexandre. Il prendra Mitylène en 333. 16. Il passera, lui aussi, au service des Perses. Voir plus loin. Le IVe siècle est caractérisé par ces capitaines grecs qui vendront leurs services à des puissances étrangères. On pense, entre autres, à l'Athénien Athénodoros : il se battit pour Artabaze, Pairisadès le roi de Thrace, et enfin Darius en 334. 17. Spartocos a fondé en 438 le royaume du Bosphore Cimmérien. 18. Voir supra. 19. Il ne s'agit pas d'une volte-face politique. Lire l'analyse de P. Carlier, in Le IVe siècle grec, Seuil,« Points », 1995, p. 101. 20. Il s'agit, sans doute, de la perte d'Amphipolis, des positions stratégiques sur la côte thrace, de l'abandon des Thermopyles et du démantèlement des cités phocidiennes. 21. Démosthène considère comme usurpé le titre que se donnaient Philippe et les Thessaliens. 22. C'est-à-dire jusqu'au moment du procès. 23. La paix de Philocrate par rapport à celle de Démade, après Chéronée. 24. Les Macédoniens sont les maîtres du jeu. C'est ce que Démosthène a compris. 25. Le procès a lieu en 330, au moment de la victoire d'Arbèles. 26. Ils sont six et font partie des neuf archontes. Ils sont choisis par tirage au sort pour un an. Ils forment un collège et sont chargés de la surveillance des lois, de leur révision annuelle, signalant, si nécessaire les contradictions existantes, et de l'inscription des lois nouvelles. Ils président également au tirage au sort des archontes, à l'examen des magistrats – dokimasie –, à la reddition des comptes des stratèges. Ce qui se rapporte à l'exercice du pouvoir législatif – la graphè paranomôn –, ou qui concerne la sécurité de la cité – accusation de trahison, de corruption, d'eisangélie –, est de leur compétence. 27. La privation des droits politiques. 28. Un mercenaire, qui doit, en campagne, vivre sur le pays, revient finalement moins cher à la cité qu'un citoyen-soldat. C'est une des raisons, sans doute, qui explique la tendance, au IVe siècle, de remplacer les citoyens par des mercenaires. Mais si, dans la première moitié du IVe siècle le versement de la solde,grâce aux « contributions » des alliés, est relativement facile (voir Isocrate, Sur la Paix, 46), les choses deviennent ensuite, économiquement, plus difficiles. On comprend mieux,dans ces conditions, les « exactions » de certains stratèges obligés de pallier le manque de crédits. 29. Le nom de la trière qui transmettaient les décisions de l'Assemblée. C'est ainsi que les stratèges pouvaient apprendre leur révocation ou leur mise en accusation. 30. Cité de Béotie. La bataille de Leuctres remportée par Épaminondas sur les Lacédémoniens donna à Thèbes l'hégémonie sur la Grèce. Au moment des entreprises de Philippe, Thèbes et Athènes étaient en désaccord. Les agents de Philippe l'entretenaient. Démosthène, après la prise d'Élatée, comme on le verra plus loin, travailla à un rapprochement entre les deux cités qui se trouvèrent unies à Chéronée, face aux Macédoniens. 31. Elle fut attaquée en 341 par Philippe. Ce dernier, occupé par le siège de Périnthe, apprit que les assiégés recevaient des secours de Byzance. Il marcha sur cette cité avec une partie de ses troupes. L'arrivée de la flotte athénienne le contraignit à se retirer. Ce fait est mis en valeur par Démosthène comme exemple de ce qu'étaient encore capables les Athéniens. 32. La cité des Locriens. 33. Il s'agit des députés des cités grecques réunies en confédération politique et religieuse à Delphes ou aux Thermopyles. Parmi les représentants les plus importants des douze peuples qui forment cette association on compte : les Thessaliens, les Dolopes, les Achéens, les Béotiens, les Doriens, les Locriens, les Phocidiens. Ces derniers furent, en 345, remplacés par les Macédoniens. Depuis le Ve siècle, l'objet de l'assemblée était l'intendance du temple de Delphes et la célébration des Jeux Pythiques. Les Amphictyons sont liés entre eux par des serments. On trouve chez Eschine (Contre Ctésiphon, 109-110). Chaque tribu s'engageait à ne pas détruire les autres cités amphictyoniques et à ne pas intercepter les eaux potables. En principe, les Amphictyons doivent assurer l'exécution d'une sentence des hiéromnémons. S'il le faut ils doivent lever une armée. Dans les faits, les sentences ne sont respectées que quand une cité de grande influence y trouve des intérêts politiques (voir Eschine, Contre Ctésiphon, 108 et 125-130). Les Amphictyons, en appelant Philippe à leur secours contre les Phocidiens accusés de sacrilège, préparèrent l'asservissement de la Grèce. 34. Athènes est, depuis les choix stratégiques de Thémistocle et de Périclès, invulnérable par mer, alors que les côtes macédoniennes sont exposées aux attaques athéniennes. 35. Les représentants envoyés à l'assemblée par chacune des cités amphictyoniques. À cette époque ils ont la garde du territoire, des intérêts matériels du dieu. Lors de leur tournée d'inspection annuelle ilss'assurent que le territoire consacré n'a pas été mis en culture, qu'on n'y a pas construit de maisons ou de moulins à huile ou a blé, qu'on ne lève aucun droit sur les pèlerins : tout cela pour respecter un ancien oracle de la Pythie (voir Eschine, Contre Ctésiphon, 108). 36. Les pylagores (ceux qui parlent à l'assemblée des Thermopyles) sont élus à main levée parleurs concitoyens (voir Eschine, Contre Ctésiphon, 114). Ce sont des orateurs, des hommes politiques. Ils assistent les hiéromnémons désignés, eux, parle sort, pour un an. Les hiéromnémons et les pylagores se réunissent en assemblée ou sunédrion. Les pylagores défendent les intérêts de la cité qu'ils représentent mais n'ont que voix consultative. Ils se retirent pour laisser les hiéromnémons délibérer et voter. 37. Le vote avait sans doute été escamoté. 38. Selon Eschine le territoire de cette cité avait été consacré à Apollon. Il accuse les Amphissiens de l'avoir occupé et cultivé. 39. Personnage qui présidait à ce moment l'assemblée des Amphictyons. 40. Chacune des dix tribus fournissait cinquante prytanes. Les Cinq-Cents formaient la Boulè. Chaque groupe de cinquante administrait les affaires à tour de rôle pendant la dixièmepartie de l'année. Cette période s'appelait une prytanie. 41. Sans doute pour que les flammes fassent office de signal pour les gens à l'extérieur de l'astu. 42. Formule rituelle. 43. Les Trois-Cents plus riches citoyens d'Athènes formaient la première symmorie, classe de citoyens répartis selon leur fortune pour l'établissement de l'impôt sur le capital en temps de guerre. 44. Longin (Traité du Sublime, 29) cite cette phrase comme un modèle. 45. Voir Polyen, IX, 11, 8. 46. Frontin (Stratagèmes,I, 4, 13) attribue cette ruse au même Philippe, mais lors du passage del'Hellespont gardé par les Athéniens. 47. Chéronée est à trois jours de marche d'Athènes. 48. Voir Lycurgue, Contre Léocrate, 53. 49. Voir Démosthène, Sur la Couronne, 248. 50. Voir Diodore, XVI, 94, 4. 51. Olympias, à l'avènement d'Alexandre, fait égorger Cléopâtre et son enfant qui venait de naître. Attale est assassiné. 52. Voir aussi Plutarque, Alexandre, 9 et 10, 8 ; Athénée, 13, 557 e ; Pausanias, 8, 7, 7. 53. Voir Eschine, Contre Ctésiphon, 173. 54. L'acropole de Thèbes 55. Colline au nord de la Cadmée. Haut de page. Vendredi 07 Août 2009
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